Comment Jared Firestone, la « flèche juive », s’est sélectionné pour les JO d’hiver 2026
Après une dizaine d'années d'efforts, l’athlète de skeleton originaire de Floride représentera Israël sur la scène olympique : « J’aime ce qui est différent »

En 2023, Jared Firestone n’était pas sûr de refaire un jour du skeleton.
Un an plus tôt, il avait manqué de peu de se qualifier pour représenter Israël aux Jeux olympiques de Pékin 2022. Après quoi, il s’était fait une déchirure au biceps, à la salle de sport, ce qui lui avait valu six mois de pause pour se rétablir. « Je ne savais vraiment pas si un jour je reprendrais la glisse », fait-il remarquer.
« C’était sans compter sur le 7-octobre », rappelle Firestone, 35 ans, dans une interview accordée au Times of Israel à Jérusalem, la semaine dernière. « Et là, je me suis dit qu’il fallait absolument que je m’y remette au plus vite pour représenter Israël. »
« Je me suis aussi demandé ce que je pourrais faire d’unique pour aider Israël et le peuple juif, et leur redonner un sentiment de fierté et d’espoir ? Refaire du skeleton », dit-il.
Le 9 octobre, soit deux jours après le massacre, Firestone était de retour à la salle de sport. Le 13 novembre, il glissait sur la piste gelée de Lake Placid, dans l’État de New York.
Deux ans plus tard – en octobre 2025 – il était sur la ligne de départ des qualifications pour les Jeux olympiques d’hiver 2026, plus déterminé que jamais à décrocher une place pour les Jeux.
Un objectif qu’il a poursuivi avec « une confiance inébranlable, au quotidien – en commençant par des déclarations d’intention, une petite prière, en enroulant les tefillin, mais aussi en sachant que j’allais travailler comme jamais », se souvient-il en utilisant le mot qui, en hébreu, désigne les phylactères portés pendant la prière.
« Je savais qu’il était impossible que qui que ce soit travaille plus dur que moi… parce qu’il ne s’agissait pas seulement de participer aux Jeux pour moi mais aussi parce que des centaines de personnes m’avaient aidé, financièrement parlant, pour que j’y arrive. Je ne pouvais pas les décevoir. À chaque fois que j’ai dû faire quelque chose pour m’améliorer, je l’ai fait en me disant que c’était mon devoir. »
Trois mois plus tard, à la mi-janvier, Firestone — surnommé « la flèche juive » sur Internet — est parvenu à se qualifier, décrochant l’une des dernières places en skeleton pour les Jeux de Milan-Cortina, qui débuteront le 6 février prochain.
« Il m’a fallu quelques jours pour réaliser : j’ai encore du mal à y croire », s’exclame-t-il. « Je pense que je n’y croirai pas tant que je ne serai pas à Cortina. »
De la faculté de droit à Lake Placid
Comment un aimable jeune garçon juif de Floride en est-il venu à dévaler une piste glacée pour représenter Israël sur la scène internationale ?
Firestone a grandi près de Miami, dans une famille qu’il décrit lui-même comme sioniste. Enfant, il a fréquenté une école primaire juive. Il a pratiqué l’athlétisme au lycée et à l’université de Tulane, et a « voulu continuer ».
« Je voulais courir pour Israël, je voulais faire partie de l’équipe d’athlétisme. C’était mon rêve depuis le collège », confie-t-il.
Alors qu’il faisait ses études de droit à la Cardozo School of Law de la Yeshiva University, Jared Firestone a été victime d’un mini-AVC. C’était à la fin de l’année 2013 et quelques mois plus tard, alors qu’il se rétablissait en regardant la télévision, il a vu un reportage sur une épreuve de skeleton aux Jeux olympiques de Sotchi, ce qui a éveillé son intérêt.
« J’ai remarqué que les coureurs rapides avaient un avantage », explique Firestone en faisant allusion au sprint de l’épreuve du skeleton, avant que les athlètes ne plongent tête la première sur leur luge.
« Ce n’est pas un sport qu’on commence forcément dans l’enfance et dans lequel on devient expert. Nombre d’athlètes ont commencé à la vingtaine. Je me suis dit « pourquoi pas » ? »
Il a fait ses débuts sur la glace en 2015 et en 2019, il est officiellement devenu citoyen israélien : depuis, il représente son pays dans les compétitions internationales.
« J’aime essayer les choses qui sont différentes », dit-il. « Il n’y a pas beaucoup d’athlètes israéliens aux Jeux olympiques d’hiver, d’où l’idée de prendre une place que personne n’occuperait, de toute façon, si je n’étais pas là… C’est ce qui m’a convaincu de la pertinence de me lancer dans l’aventure du skeleton et de le faire pour Israël. »
Firestone s’est lancé à corps perdu dans la compétition et, en 2022, il a terminé à rois places de la qualification pour les Jeux olympiques d’hiver de Pékin. Le chemin était encore long.
Lorsqu’il est sur la piste, Firestone affiche avec fierté son identité israélienne – même s’il se dit « très prudent » lorsqu’il se rend en Europe – et il retire souvent sa veste de l’équipe d’Israël avant d’entrer dans un restaurant. « Les autres athlètes [des autres pays] sont toujours surpris la première fois, » fait-il remarquer.
Mais Firestone souligne qu’il n’a pas senti beaucoup d’antisémitisme, en tant que Juif et Israélien – même s’il sait que la sécurité sera renforcée pour la délégation israélienne lors des Jeux olympiques du mois prochain.
Vendre du rêve
Le chemin jusqu’à Milan-Cortina n’aura pas été de tout repos, explique Firestone, qui a dû concilier son travail d’avocat avec les entraînements et compétitions en hiver, mais aussi avec la collecte de fonds nécessaire pour financer un sport coûteux comme le skeleton.
« C’est difficile de vendre un sport que beaucoup de gens ne connaissent pas », dit-il en expliquant qu’il s’est financé pour l’essentiel sur fonds propres et des parrainages privés. « En fait, on n’a que soi et son rêve à vendre, sa mission et son objectif : avec ça, on doit donner envie aux gens d’y prendre part. »
Il y a de cela deux ans, il s’est donc à nouveau consacré à son rêve, après le 7-octobre, en engageant un entraîneur personnel.
Au début de la saison, en octobre 2025, « il a dû totalement se concentrer sur son objectif, il le fallait. Les marges sont si faibles : il suffit d’un instant de distraction — c’est un sport dangereux — pour partir dans une mauvaise direction. »
Dans moins de deux semaines, Firestone prendra le départ sur la piste olympique de skeleton avec une étoile de David sur son casque et le drapeau israélien sur sa combinaison. Et ses prochaines courses, sur la plus grande scène mondiale de ce sport, seront aussi ses dernières.
« Ce seront mes dernières descentes », confie-t-il au sujet de ce qui mettra un point final à près de 20 ans de carrière sportive professionnelle.
« J’ai hâte de retrouver la vie civile. »
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