Comment les synagogues américaines se protègent
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Comment les synagogues américaines se protègent

Confrontées à deux récentes fusillades meurtrières, les lieux de culte juif hésitent entre les vertus de la prévention, les armes - ou les deux

Le rabbin Raziel Cohen, alias « rabbin d'intervention », s'entretient avec l'AFP lors d'un entretien accordé au Los Angeles Shooting Ranges à Pacoima, Californie, le 20 mai 2019. (Crédit : Agustin Paullier / AFP)
Le rabbin Raziel Cohen, alias « rabbin d'intervention », s'entretient avec l'AFP lors d'un entretien accordé au Los Angeles Shooting Ranges à Pacoima, Californie, le 20 mai 2019. (Crédit : Agustin Paullier / AFP)

Audits de sécurité, gardes armés au portail et même désormais « rabbin d’intervention » pour entraîner les volontaires au maniement du pistolet : confrontées à deux récentes fusillades meurtrières et une hausse constante des actes antisémites, les synagogues américaines ressentent le besoin de se protéger.

Pistolet 9 mm à la ceinture et fusil semi-automatique à l’épaule, c’est sur un stand de tir en plein air, au milieu des collines de Los Angeles, que Raziel Cohen, fondateur de la société National Defensive Firearms Training, rencontre l’AFP.

Il est en train d’effectuer des tests pour voir à quel point les livres sont capables d’arrêter les balles, afin d’éventuellement transformer la bibliothèque d’une synagogue ou d’une école juive en « abri sûr ».

Il faut prendre toutes les mesures de sécurité possibles pour « combler le vide entre le moment où la fusillade éclate et l’arrivée des forces de l’ordre », explique-t-il.

« Et c’est parce qu’on ne peut pas emporter un policier avec soi qu’on porte une arme », affirme l’homme de 22 ans, qui fait oublier son jeune âge par une barbe noire fournie.

Raziel Cohen se surnomme lui-même « The Tactical Rabbi » (« rabbin d’intervention »), référence aux unités spéciales de la police américaine appelées en cas de prise d’otages ou de fusillade.

Il reconnaît être un « passionné d’armes à feu » depuis l’âge de douze ans mais n’a rien d’un Rambo excité de la gâchette. Instructeur certifié, il a également suivi des formations dispensées par des militaires d’élite ou des spécialistes de l’anti-terrorisme, et dit lui-même former à présent des membres des forces de sécurité.

Issu d’une famille très religieuse, Raziel Cohen est aussi un rabbin vrai de vrai, ordonné par le mouvement hassidique Habad-Loubavitch. Le même mouvement que celui de la synagogue de Poway (sud de la Californie), prise pour cible en pleine Pâque juive fin avril par un suprémaciste blanc de 19 ans qui a tué Lori Gilbert-Kaye et blessé trois personnes, avant que son fusil ne s’enraye.

Lori Gilbert-Kaye. (Crédit : Facebook)

Dans un tel cas de figure, Raziel Cohen n’hésiterait pas : « il est de notre devoir de se défendre », arme au poing si besoin. « L’un des Dix commandements est enseigné de manière incorrecte. Ce n’est pas ‘tu ne tueras point’ mais ‘tu ne commettras pas de meurtre' », assure le rabbin.

« La Bible dit que vous n’avez pas le droit d’être une victime ». Cela ne veut pas dire que tous les fidèles doivent se procurer une arme mais si quelqu’un choisit d’en porter une durant les cérémonies, comme c’est de plus en plus souvent le cas selon lui, « alors il doit être formé correctement ».

Ivan Wolkind, haut responsable au sein de la Fédération juive du grand Los Angeles, a quant à lui fondé voici sept ans la « Community Service Initiative » (CSI) pour améliorer la sécurité dans toutes les organisations juives de la région. Aujourd’hui, quelque 500 sites font partie du réseau, échangeant informations et bonnes pratiques, entre elles et avec les forces de l’ordre.

Et si M. Wolkind, lui-même officier de réserve dans la police de Los Angeles, croit beaucoup aux vertus de la prévention, pour lui, armer les fidèles n’est absolument pas un gage de sécurité.

« J’entrevois des situations qui pourraient tourner au désastre », assure-t-il, frissonnant à la perspective de bavures et autres balles perdues tirées par des civils armés mais pas habitués à agir en équipe.

« Au CSI, nous investissons 98 % de notre énergie dans ce qui précède le ‘bang’  » du premier coup de feu, « tout ce qui évite une attaque et diminue son impact », souligne-t-il.

Cela passe bien sûr par de fréquents audits de sécurité effectués gratuitement par les quatre salariés du CSI mais surtout par la vigilance de chacun.

« Quand les gens parlent d’améliorer la sécurité, ils pensent à des caméras, des murs surélevés, des barrières… En réalité, la plupart des recommandations que nous faisons sont liées au comportement », assure le responsable du CSI.

« Mon souci est que quelqu’un qui se sera formé aux techniques de combat risque de se sentir trop sûr de lui et cesse d’être à l’affût des signes » suspects qui permettent de donner l’alerte, poursuit Ivan Wolkind.

L’intérêt des synagogues pour les gardes armés ou les formations dispensées par Raziel Cohen ne fait que croître et s’étend aux autres religions, qui elles aussi ont été la cible d’attaques à travers les Etats-Unis.

A Los Angeles, le CSI fait d’ailleurs maintenant profiter de son expérience des représentants d’églises catholiques, de mosquées, et même la Scientologie, explique M. Wolkind.

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