Comment une mère célibataire a révolutionné la communauté juive moldave
Rechercher
'J'ai proposé que nous nous entraidions et nous avons commencé à organiser des dîners de famille tous ensemble'

Comment une mère célibataire a révolutionné la communauté juive moldave

Pour survivre avec ses trois fils, Olga Levus, au bord de la misère, a formé un petit groupe de soutien, qui est alors devenu le Service familial juif local

Olga Levus a fondé un club de mère célibataires qui est finalement devenu le service familial juif en Modavie. (Autorisation de JDC/via JTA)
Olga Levus a fondé un club de mère célibataires qui est finalement devenu le service familial juif en Modavie. (Autorisation de JDC/via JTA)

RSHAD, Ukraine (JTA) — Olga Levus n’avait pas prévu de révolutionner la communauté juive de sa ville de Moldavie quand elle a ouvert son tout premier groupe de soutien pour mères célibataires.

Au chômage, habitant dans la ville de Chisinau, elle s’inquiétait surtout, il y a 17 ans, de pouvoir nourrir et vêtir ses trois garçons dans l’un des pays les plus pauvres d’Europe. Avec le club qu’elle a établi en l’an 2000  « son objectif principal était de survivre », a-t-elle déclaré à JTA dans une interview accordée peu avant la Journée internationale des Droits des femmes.

Son initiative, commencée par un cercle de soutien formé de six femmes, a évolué depuis, devenant le Service familial juif de Moldavie (une organisation financée par le Comité américano-juif mixte de distribution ou JDC, essentiel à la viabilité de la communauté). L’organisation, qui s’occupe de 331 familles, offre une assistance financière et matérielle, des activités après l’école pour les enfants et des événements qui visent à consolider les liens intracommunautaires pour les parents.

Pour les pays à court de liquidités de l’ancienne Union soviétique, un tel soutien aide les Juifs à joindre les deux bouts. En Moldavie en particulier, il sert à souder la communauté. Cette aide supplémentaire permet aux familles de ne pas devoir émigrer définitivement – un phénomène qui s’est propagé dans ce pays enclavé, pris en sandwich entre la Roumanie et l’Ukraine.

La Moldavie présente un fort taux de chômage, un salaire mensuel moyen de 300 dollars et l’aide sociale de la part du gouvernement est limitée. Quand Levus et son époux ont divorcé en 2001, elle a dû se battre pour acheter du lait maternisé pour ses jumeaux, alors âgés de un an, raconte-t-elle. Elle a eu recours à l’aide alimentaire qui était distribuée par la JDC.

« Là-bas, j’ai rencontré des familles dans des situations similaires et j’ai proposé que nous nous entraidions et nous avons commencé à organiser des dîners de famille tous ensemble où nous partagions les ingrédients. Nous échangions aussi nos vêtements pour faire des économies », se souvient-elle.

Irina Shlaeva, travailleuse sociale du Service aux Familles juives de Moldova, et ses élèves éclairant des bougies pour Hanoukka à Chisinau le 24 décembre 2016 (Autorisation : JDC/via JTA)
Irina Shlaeva, travailleuse sociale du Service aux Familles juives de Moldova, et ses élèves éclairant des bougies pour Hanoukka à Chisinau le 24 décembre 2016 (Autorisation : JDC/via JTA)

Le groupe s’est rencontré presque quotidiennement pour partager des repas dans les anciens bureaux de l’organisation caritative Hesed mise en place par le JDC.

“Nous nous sommes soutenus les uns les autres au cours de ces repas très juifs et cela nous a aidés matériellement mais aussi psychologiquement », explique-t-elle.

‘Nous nous sommes soutenus les uns les autres au cours de ces repas très juifs et cela nous a aidés matériellement mais aussi psychologiquement’

Approximativement 1,2 million de citoyens de Moldavie, l’un des pays européens les plus pauvres dont la population s’élève à 3,5 millions d’habitants, vit à l’étranger, selon une étude réalisée en 2015 par la German Economic Team et consacrée au problème d’émigration du pays. Sur ce nombre, un demi-million de travailleurs font parvenir leurs salaires chez eux pour soutenir leurs proches.

La majorité des Juifs moldaves sont partis en Israël ou en Amérique du nord après la chute de l’Union soviétique, raconte Levus. Cette vague d’émigration a considérablement réduit la communauté, qui est passée de 80 000 à 20 000 membres.

Levus aurait pu suivre ce mouvement. Mais ayant découvert son identité judéo-moldave en 1991 seulement – identité cachée par ses parents pendant les années du communisme – elle a décidé de tenter de rester.

Levus indique s’être sentie liée au devoir qu’elle avait envers sa grand-mère, qui éclairait clandestinement des bougies pour le Shabbat durant le communisme et qui a plus tard enseigné au reste de la famille les traditions juives. Elle a également trois enfants qui sont allés dans une école juive du pays et s’est sentie connectée à cette communauté qui avait presque disparu.

« J’ai voulu rester et les élever ici », dit-elle.

Grâce à son soutien, « les enfants juifs de parents qui seraient dans l’obligation d’émigrer sortent du cycle de la toxicomanie et des crimes, si nombreux chez les enfants qui grandissent sans leurs parents, et qui sont placés chez des grand-parents malades ou des parents pauvres qui ont eux-mêmes des enfants à éduquer ».

Participants of the American Jewish Joint Distribution Committee's (JDC) Second International Women's Leadership Workshop in Israel this week (photo credit: Ofir Ben Natan, JDC Israel)
Les participants de l’organisation caritative juive américaine-JDC lors du second sommet international consacré au leadership des femmes en Israël (Crédit : Ofir Ben Natan, JDC Israel)

Les enfants qui vivent sans parents en Moldavie sont souvent envoyés dans les rues pour mendier, ou vendre aux côtés des plus âgés sur les marchés. Rien n’est considéré comme trop usé pour être revendu, de robinets rouillés à des jeans en lambeaux.

La majorité des enfants en Moldavie est élevée par au moins un parent, selon Levus. Ils peuvent également se rendre à des activités organisées après l’école cinq jours par semaine, dont des cours de soutien fournis par le Service familial juif. L’organisation prend en charge environ 1 000 enfants. D’autres programmes du JDC s’occupent de 3 000 personnes âgées, ce qui signifie qu’approximativement un cinquième de la communauté juive locale reçoit une aide sous une forme ou une autre.

Igor et Tatiana Bekker, parents au chômage de la ville de Bender, à moins de 60 kilomètres de Chisinau – municipalité également connue sous le nom de Kishinev – expliquait dans une vidéo de JDC, l’année dernière, qu’ils n’auraient pas pu nourrir leur cinq enfants si le Service familial juif n’avait pas existé. Et l’organisation a également apporté une autre forme d’aide cruciale – celle de l’espoir.

Le ghetto juif de Chisinau, en Moldavie, en août 1941 (Crédit :CC BY-SA wikimedia commons)
Le ghetto juif de Chisinau, en Moldavie, en août 1941 (Crédit :CC BY-SA wikimedia commons)

Igor indique vivre avec sa famille dans un deux pièces. Ils partagent une cuisine communautaire et une douche avec les autres occupants de l’immeuble aux appartements délabrés qu’ils appellent leur maison.

« Je veux leur donner tout ce que je n’ai jamais eu : une éducation au collège et un avenir plus digne », dit-il.

‘Je veux leur donner tout ce que je n’ai jamais eu : une éducation au collège et un avenir plus digne’

Levus a pu inscrire son fils aîné, qui a maintenant 24 ans, dans une formation professionnelle à ORT Herzl, l’un des deux lycées juifs de Chisinau. Il travaille maintenant comme chef dans un restaurant local. Ses jumeaux, âgés de 16 ans, vont à l’école, qui est considérée comme l’une des meilleures de Moldavie.

A travers le club pour mères célibataires qu’elle a lancé, Levus a également trouvé sa voie. Elle s’est impliquée de plus en plus dans le travail social communautaire et, en 2003, JDC l’a embauchée au sein du Service familial juif dont elle a pris la tête en 2007.

Irina Zborovskaya, directrice de projet de la JDC dans l’ex-Union soviétique, déclare que les 14 programmes offerts par le Service familial juif dirigé par Levus sont parmi les plus réussis sur ce modèle en Moldavie.

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman, né en Moldavie, à Ashdod, le 17 novembre 2016. (Crédit : Flash90)
Le ministre de la Défense Avigdor Liberman, né en Moldavie, à Ashdod, le 17 novembre 2016. (Crédit : Flash90)

Levus, l’année dernière, a rencontré un ancien bénéficiaire de l’aide apportée par le Service familial juif dans le centre-ville de Chisinau. Trois années auparavant, la femme et son mari, dans l’incapacité de trouver du travail, avaient des difficultés à nourrir et à vêtir leurs enfants. Ils étaient sur le point de quitter le pays lorsqu’ils se sont tournés en dernier recours vers le groupe de Levus. Ce dernier les a aidés à sortir de cette mauvaise passe et le couple a finalement trouvé du travail. La femme est à présent manager d’un hôtel.

Cette dernière, reconnaissante, a obtenu la permission de la part du propriétaire de l’hôtel d’offrir un rabais de 50 % au Service familial juif – et l’organisation y a organisé un séminaire l’année dernière.

« Cela nous a agréablement rappelés que peu importe ce que vous donniez, vous obtiendrez en retour », dit Levus.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...