Coronavirus : les hôpitaux d’Israël se préparent à l’arrivée massive de patients
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Coronavirus : les hôpitaux d’Israël se préparent à l’arrivée massive de patients

De la désignation d'hôpitaux spéciaux réservés au virus au recours à des robots, les professionnels étudient divers moyens de maintenir le système de santé sans nuire aux soignants

Des employés de l'hôpital Sheba-Tel HaShomer devant un bâtiment transformé en unité de confinement pour le coronavirus, le 20 février 2020. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)
Des employés de l'hôpital Sheba-Tel HaShomer devant un bâtiment transformé en unité de confinement pour le coronavirus, le 20 février 2020. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Avec un afflux de patients atteints du Covid-19, les hôpitaux israéliens s’efforcent de se préparer au pire, tout en veillant à ce que les procédures en place et les enseignements tirés d’autres pays évitent que le système de santé du pays ne soit débordé.

Jusqu’à présent, Israël recense 109 cas, dont deux personnes dans un état grave, et aucun décès. Mais le nombre de personnes atteintes du nouveau coronavirus a augmenté de manière exponentielle ces derniers jours, et les experts s’attendent à ce que des dizaines de milliers de personnes, voire plus, finissent par être contaminées.

Jeudi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a averti que le nombre potentiel de décès dus au coronavirus « est très élevé », ordonnant la fermeture des écoles et exhortant les gens à se tenir à distance les uns des autres pour éviter que le virus ne se propage.

Craignant de devenir la prochaine Italie, où le système de santé a été désastreusement mis à rude épreuve par la contagion qui se propage rapidement, les responsables des hôpitaux en Israël explorent différentes options pour faire face à la montée en puissance attendue, des unités d’isolement aux procédures de triage en passant par les méthodes permettant de protéger le personnel contre les infections,

Khetam Hussein, chef de l’unité de contrôle des infections au centre hospitalier universitaire Rambam à Haïfa, a déclaré que cela signifie que les hôpitaux se préparent à la possibilité d’avoir à allouer les ressources liées à d’autres besoins au traitement du Covid-19.

« Si le nombre de patients augmente, les procédures facultatives seront annulées, et presque toutes nos ressources iront aux coronavirus », a-t-elle expliqué.

Un Israélien rentré d’Italie et testé positif au coronavirus arrive à l’hôpital Tel HaShomer, transformé pour recevoir les patients atteints de coronavirus, le 27 février 2020. (Crédit : Flash90)

Cela signifie que tous les efforts seront faits pour libérer des lits, et que des parties croissantes de l’hôpital seront adaptées et converties en salles isolées où les patients atteints du coronavirus pourront être traités à l’écart des autres.

Empêcher les patients de devoir se rendre à l’hôpital est également prévu.

Le service de secours du Magen David Adom a fait savoir que les opérateurs de ses centres d’appel commenceront bientôt à diriger de nombreux patients vers des médecins disponibles en ligne lorsque cela sera approprié, réduisant ainsi d’un tiers le nombre de patients non atteints du Covid-19 qui se rendent aux urgences.

De nouvelles procédures de triage sont déjà en place, ce qui signifie que chaque patient des urgences est évalué en fonction de son niveau de risque d’infection par le coronavirus.

« La semaine dernière, nous avons complètement changé le processus d’urgence », a indiqué Eyal Leshem, spécialiste des maladies infectieuses au centre médical Sheba à Ramat Gan, près de Tel-Aviv.

Toutes les personnes qui arrivent à Sheba pour des soins d’urgence sont emmenées dans un lieu à part en fonction de la probabilité qu’elles soient atteintes de la maladie, et sont séparées des personnes appartenant à d’autres catégories. De nombreux tests de dépistage sont effectués et, selon Eyal Leshem, « les laboratoires sont débordés en ce moment ».

Un employé du centre hospitalier Rambam à Haïfa déplace des équipements vers une aile spéciale destinée au traitement du coronavirus, le 29 février 2019. (Capture écran : Twitter)

Le médecin explique que la raison d’être de cette séparation est de minimiser le risque que des personnes n’étant pas atteintes par la maladie l’attrapent à l’hôpital. Il a dit : « Par exemple, si vous avez un patient qui est censé être mis en quarantaine, mais qu’il s’est cassé la jambe et a besoin d’un plâtre, le risque est relativement faible, et nous n’avons pas besoin de le mélanger avec des personnes à haut risque ».

Les catégories les moins à risque renvoient aux personnes qui ne sont pas susceptibles de contracter la maladie, et les personnes arrivant de quarantaine pour des problèmes non liés à des symptômes de type coronavirus. Les catégories à risque sont les personnes présentant des symptômes respiratoires ou de la fièvre ; et les personnes arrivant à l’hôpital après une quarantaine pour des troubles respiratoires ou de la fièvre.

Les personnes considérées comme à haut risque sont accueillies sous une tente à l’extérieur des urgences, où elles sont prises en charge par un médecin en masque et blouse qui prend leur tension artérielle, leur rythme cardiaque et leur température. Si le médecin suspecte un coronavirus, des analyses en laboratoire sont ordonnées.

Une idée plus radicale envisagée par le ministère de la Santé consisterait à désigner un ou deux hôpitaux comme centres médicaux spécialisés dans les coronavirus uniquement, selon le Dr Eyal Leshem.

« C’est quelque chose qui a été testé à Singapour, et nous devrions vraiment apprendre des expériences des autres nations », estime-t-il.

Du personnel médical en tenue de protection est vu emmenant un patient de son appartement suspecté d’être infecté par le virus à Wuhan, dans la province chinoise de Hubei, le 30 janvier 2020. (Photo de Hector RETAMAL / AFP)

Mais tout le monde n’est pas d’accord avec cette idée, qui fait encore l’objet d’un débat.

« Si nous arrivons à un stade où il y a des milliers de patients, un seul hôpital n’est pas suffisant », commente la Dr Hussein. « Le personnel sera fatigué et démoralisé ; tout le monde doit partager la pression. Il n’est pas juste qu’un seul hôpital ait toute la pression ».

Le moral est actuellement bon parmi le personnel de Rambam, rapporte-t-elle.

« Nous avons beaucoup de médecins et d’infirmières qui se sont portés volontaires pour travailler dans le département coronavirus. C’est incroyable, le personnel n’a pas peur ».

Au centre médical Sourasky de Tel-Aviv, cependant, le personnel a écrit à la direction pour se plaindre que les précautions prises pour les protéger sont trop laxistes, selon les informations de la Treizième chaîne.

Ils ont été alarmés après qu’un patient y a été traité dimanche pour des symptômes de type grippal, libéré le lendemain sans avoir été testé pour le virus, puis réadmis mardi et diagnostiqué porteur du coronavirus.

« Nous commençons à craindre pour notre santé », ont ainsi écrit les médecins.

Des employés de l’hôpital Tel HaShomer attendent des Israéliens revenant de leur quarantaine sur le bateau de croisière Diamond Princess, au Japon, le 20 février 2020. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

A Sheba, le premier hôpital israélien à recevoir des patients atteints du coronavirus, les médecins ne se plaignent pas des normes d’hygiène, mais ils sont sous le choc de la révélation, jeudi, du diagnostic de la maladie d’un de leurs collègues.

Le médecin est rentré de France le 2 mars et a travaillé en équipe ce jour-là aux urgences avant d’être mis en quarantaine. Israël n’a ordonné la mise en quarantaine des personnes revenant de France que le 4 mars.

La professeure israélienne Galia Rahavm, cheffe su service des maladies infectieuses, montre l’une des chambres où seront accueillis, en quarantaine, les passagers du Diamond Princess au centre médical Chaim Sheba de Tel Hashomer à Ramat Gan, le 19 février 2020 (Crédit : Heidi Levine/Pool via AP).

Le traitement des patients atteints du Covid-19 comme ce médecin – qui a été admis dans l’unité isolée de Sheba – fait partie du défi que doivent relever les hôpitaux.

Cinq patients atteints du coronavirus se trouvent actuellement à Rambam dans un service isolé avec des salles à pression négative pouvant accueillir jusqu’à 30 personnes, où les médecins ne s’aventurent que pour de courtes périodes, et toujours protégés par des combinaisons de protection contre les matières dangereuses.

« Nous avons notre service de coronavigilance, et nous avons déjà des projets pour transformer d’autres services en unités spécialisées dans la coronavigilance », fait savoir Khetam Hussein.

Dans la zone isolée de Sheba, d’une capacité de 35 personnes, les robots se déplacent en trottinant, prenant ainsi le relais des médecins pour une grande partie du temps passé au chevet des patients.

Les médecins de Sheba minimisent leurs risques d’infection en évitant largement les contacts face à face, et en passant plutôt de longs moments dans une tente près de l’unité, à parler aux patients via des écrans sur les robots, ou parfois en utilisant des applications téléphoniques ou des écrans de télévision.

« Le seul moment où les médecins entrent vraiment en contact avec les patients est lorsqu’ils font des prélèvements, sinon la plupart du travail se fait à distance », décrit le porte-parole de l’hôpital, Steve Walz, expliquant qu’ils s’appuient souvent sur des robots pour effectuer des tâches ou donner des instructions aux patients pour qu’ils effectuent eux-mêmes leurs tests et regardent en direct.

« Les médecins peuvent voir comment les patients effectuent les tests, si la gorge est rouge et s’ils ont de la fièvre. Tout cela est fait à distance », indique le porte-parole.

Le Dr Gadi Segal s’adresse à un patient à distance, depuis l’hôpital Sheba-Tel HaShomer. (Autorisation : Sheba)

L’entretien des zones isolées est difficile, à cause de la nécessité de disposer d’équipes de nettoyage en combinaisons protégées et de maintenir un calendrier pour les visites des patients dans le jardin, un à la fois. Mais ce n’est que la partie visible de l’iceberg que représente le défi auquel sont confrontés les hôpitaux israéliens.

Les patients des unités de coronavirus y sont actuellement en raison de leurs symptômes de Covid-19, mais avec le temps, les médecins s’attendent à avoir des patients qui sont sur la voie de la guérison, mais qui présentent un problème de santé non lié.

Rambam a déjà aménagé une salle d’accouchement dans son unité d’isolement, s’attendant à devoir accueillir une patiente contaminée enceinte.

M. Walz a laissé entendre qu’une planification minutieuse avait permis à l’hôpital Sheba d’être sur des bases solides. « Nous avons fait un exercice complet un mois avant que le premier patient atteint de coronavirus ne soit diagnostiqué en Israël », a-t-il assuré.

Malgré les défis, Khetam Hussein pense aussi que son hôpital peut faire face à la crise.

« Je suis une optimiste », dit-elle. « Il y a eu des épidémies dans le passé, et il y en aura à l’avenir. La phase la plus difficile est encore devant nous, nous le savons, mais nous sommes prêts ».

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