Crise avec la Russie : les députés demandent une implication des USA en Syrie
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Un ancien chef du Mossad avertit d’une crise avec la Russie

Crise avec la Russie : les députés demandent une implication des USA en Syrie

"Netanyahu est fier de sa relation avec Poutine, mais le dirigeant russe est beaucoup moins romantique", met en garde Ofer Shelah, député de Yesh Atid

La députée de l'Union sioniste Tzipi Livni assiste à une réunion de sa faction à la Knesset, le 21 mai 2018. (Miriam Alster/FLASH90)
La députée de l'Union sioniste Tzipi Livni assiste à une réunion de sa faction à la Knesset, le 21 mai 2018. (Miriam Alster/FLASH90)

La chef de l’opposition, Tzipi Livni, et le député de Yesh Atid, Ofer Shelah, ont appelé dimanche à une plus grande implication des Américains en Syrie dans un contexte de conflit naissant entre Israël et la Russie.

Accusant le Premier ministre Benjamin Netanyahu d’avoir prétendument poursuivi une coordination « tactique » limitée avec la Russie en Syrie, les législateurs ont exhorté le gouvernement à faire son possible afin que les États-Unis s’engagent plus activement sur la scène syrienne de sorte à mieux maîtriser l’armement militaire iranien présent dans le pays.

Le gouvernement israélien n’a pas réagi immédiatement à la condamnation officielle d’Israël par la Russie dimanche, suite à la perte de son avion.

Dans un communiqué, Livni a déclaré que l’armée de l’air israélienne « travaillait à éviter que l’Iran ne s’implante en Syrie. C’est un intérêt commun d’Israël et de la Russie, qui ont réussi jusqu’à présent à maintenir un dialogue respectueux et d’importants mécanismes de coopération militaire qui permettent à l’armée israélienne de maintenir sa liberté d’action en Syrie dans la poursuite des intérêts des deux pays. »

La position russe sur les opérations aériennes israéliennes en Syrie ayant apparemment évolué, a-t-elle ajouté, il est temps « d’aller au-delà de la protection de nos capacités militaires tactiques » dans le pays.

« Nous devons définir un objectif stratégique commun, y compris avec les États-Unis ; une initiative internationale qui empêchera l’État terroriste d’Iran de transformer la Syrie en une base avancée afin de déstabiliser la région. »

Danny Yatom, ancien directeur du Mossad. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash 90)

L’ancien député travailliste et ancien directeur du Mossad, Danny Yatom, a laissé entendre que la crise avec la Russie pourrait s’aggraver, affirmant dans une interview à la radio militaire dimanche qu’il s’agissait du « début d’une crise très grave avec la Russie ».

« L’armée russe peut entreprendre toute une série d’actions, allant jusqu’à envisager de tirer des missiles anti-aériens sur nos avions », a-t-il averti.

Ces commentaires ont été exprimés peu après la publication d’un rapport russe concernant l’incident de lundi.

Dans le document, Moscou a reproché de nouveau à Israël d’avoir abattu l’un de ses avions et accusé l’armée israélienne de l’avoir trompé concernant la localisation prévue de la frappe aérienne.

Lors d’un point presse, le ministère russe de la Défense a rejeté les conclusions de l’armée israélienne sur l’incident et a insisté sur le fait que les pilotes israéliens qui ont mené le raid sur une installation militaire syrienne de Lattaquié ont utilisé l’appareil de reconnaissance russe comme un bouclier lors de leur attaque – ce qu’Israël a nié à plusieurs reprises.

Israël a imputé l’incident à l’armée et à son utilisation « imprudente » de ses défenses aériennes. Selon l’armée israélienne, les tirs syriens ont continué longtemps après le retour des avions de combat israéliens F-16 dans l’espace aérien israélien.

L’annonce faite dimanche par le ministère russe de la Défense indiquait que Moscou se rangeait du côté de son proche allié syrien – une décision qui, selon les analystes israéliens, pourrait limiter considérablement la capacité d’Israël à mener des opérations contre l’Iran et ses mandataires en Syrie.

Shelah, député de Yesh Atid et membre de longue date de la Commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, a répondu aux accusations russes en condamnant Netanyahu pour avoir simplement poursuivi une « coordination tactique » avec les Russes, et a rejoint Livni sur la nécessité d’impliquer davantage les Américains.

Ofer Shelah, député de Yesh Atid. (Crédit : Flash90)

« Israël n’est pas responsable de la destruction de l’avion russe et le ministère de la Défense russe le sait », a-t-il déclaré dans un communiqué dimanche.

« Alors, pourquoi nous blâme-t-il ? Afin de signaler que la Syrie ne nous est plus ouverte et que les règles du jeu changent. »

« Netanyahu est fier de sa relation avec Poutine, mais le [dirigeant] russe est beaucoup moins romantique : il a des intérêts et il agit en conséquence », a ajouté Shelah.

« Tant que le Premier ministre ne pense qu’à la coordination tactique et ne pousse pas une initiative plus large qui impliquerait les Américains, alors Poutine continuera à prendre des photos avec lui, mais sur le terrain, les employés [de Poutine] seront ceux qui décideront [des conditions pour les opérations israéliennes]. »

Plus tôt dans la journée, peu de temps avant la publication du rapport russe, le ministre de la Défense Avigdor Liberman a déclaré que la politique israélienne en Syrie restait inchangée malgré la colère de Moscou concernant la destruction de l’avion.

« Nous agissons avec discrétion et responsabilité », a déclaré Liberman à Israël Radio dans une interview. « Rien n’a changé et rien ne changera. C’est notre politique. »

Les avions de combat israéliens ont mené une frappe aérienne lundi soir dans une installation d’armement dans la ville côtière de Lattaquié. Un avion espion russe, qui comptait 15 membres d’équipage à bord, a été abattu par les forces aériennes syriennes dans une contre-attaque contre les avions israéliens.

« Nous n’avons pas l’intention de discuter publiquement avec la Russie via les médias », a ajouté Liberman.

« Nous avons agi comme nous l’avons toujours fait, selon le même système de coordination [avec la Russie], et nous continuerons à agir de la sorte à l’avenir. La responsabilité de cet incident tragique incombe à la Syrie, à l’armée [du président syrien Bashar] al-Assad… Ce sont les faits. »

Un avion militaire russe Ilyushin IL-20 atterrit sur la base aérienne de Kubinka, le 3 juin 2011. (Crédit : Artyom Anikeev/iStock/Getty Images)

Le ministre de la Défense a ajouté que « la situation était sous contrôle. Nous sommes en dialogue continu » avec les Russes.

Il a également déclaré que l’incident avait été exagéré, à la fois par les médias et par la rhétorique officielle, ce qui ne reflétait pas les discussions et les réunions tenues ces derniers jours.

« Nous avons clairement indiqué que nous ne permettrions pas que le territoire syrien devienne un front pour l’Iran contre l’État d’Israël », a-t-il déclaré. « Nous continuerons d’agir pour empêcher cela et nous disposons de tous les moyens et toutes les possibilités. »

Bien que les responsables israéliens aient déclaré que l’armée menait de manière générale des opérations en Syrie contre des cibles iraniennes et du Hezbollah, les troupes israéliennes ont rarement reconnu des frappes aériennes spécifiques, préférant adopter une politique formelle consistant à ne pas confirmer ni infirmer les attaques. Ainsi, l’admission de l’attaque de la semaine dernière en a fait exception.

Dans son rapport publié dimanche, le ministère russe de la Défense a déclaré qu’Israël avait « induit en erreur » l’armée russe concernant le lieu de l’attaque, affirmant qu’elle devait se dérouler dans le nord de la Syrie, alors que Lattaquié est située sur la côte ouest. (La ville portuaire est située dans le nord-ouest du pays.)

Malgré l’insistance d’Israël sur son innocence, l’incident a initialement menacé les efforts de coordination entre Israël avec la Russie – connu sous le nom de mécanisme de déconfliction – qui visent à empêcher de tels affrontements et des pertes par inadvertance.

Une photo avant/après d’un entrepôt de munitions détruit lors d’une frappe aérienne israélienne sur une base syrienne à Lattaquié, le 18 septembre 2018. (ImageSat International (ISI / Ynet)

Toutefois, sous couvert de l’anonymat, un haut responsable israélien a déclaré que la ligne téléphonique entre les forces armées israéliennes et russes continuait à fonctionner normalement, bien que certaines « améliorations » puissent être apportées à l’avenir.

Pour l’instant, « le mécanisme de déconfliction n’a subi aucun changement », a déclaré l’officier dimanche, ajoutant que « les deux parties profiteront de cette occasion pour faire des ajustements ».

Selon l’officier, le mécanisme de déconfliction a été utilisé encore vendredi après-midi. Il a refusé de commenter la nature de l’opération qui a nécessité une coordination, affirmant seulement qu’il ne s’agissait pas d’une frappe aérienne.

Judah Ari Gross a contribué à cet article.

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