Dans le nord d’Israël, le lent retour des habitants à la faveur de la trêve avec le Hezbollah
Si le retour est marqué par une certaine euphorie, les incertitudes demeurent sur la stabilité du cessez-le-feu et la reconstruction des communautés touchées

« C’est un sentiment formidable »: Carmela Keren Yakuti vient de retrouver sa maison à Dovev, un petit village isolé du nord d’Israël à la frontière avec le Liban, qu’elle avait dû évacuer le 8 octobre 2023 à cause de la menace du Hezbollah.
La maison d’un étage, située sur une colline verdoyante au bout d’une route sinueuse, fait partie d’un « moshav », une petite communauté agricole distante de quelques mètres seulement d’une première barrière frontalière avec le Liban.
Depuis son salon, Mme Yakuti peut voir les villages libanais qui ont été vidés de leurs habitants à la suite des appels à évacuer lancés par l’armée israélienne en septembre avant le déclenchement de son offensive au sol contre le groupe terroriste islamiste pro-iranien dans le sud du Liban.
« Maintenant que tout le monde est de retour, c’est un sentiment formidable, c’est super ici, notre moshav est très beau, on a une vue magnifique, c’est tout simplement super de revenir à la maison », dit-elle à l’AFP en souriant.
Au lendemain de l’attaque sans précédent du Hamas palestinien sur le sud d’Israël le 7 octobre 2023, le Hezbollah, son allié, avait ouvert un deuxième front en tirant des roquettes sur le nord du pays à partir du sud du Liban.
Comme tous les habitants de la zone frontalière, Carmela Keren Yakuti, 40 ans, avait reçu l’ordre d’évacuer et avait trouvé refuge dans un hôtel de Tibériade, plus au sud.
Au total, les hostilités avec le Hezbollah ont fait 60 000 déplacés en Israël, dont la moitié n’est pas encore rentrée chez elle.

Du côté libanais, plus d’un million de personnes ont fui le sud du pays, dont environ 100 000 sont toujours déplacées, selon l’ONU.
« Espèce d’euphorie »
Un accord de trêve conclu le 27 novembre dernier a mis fin à plus d’un an d’hostilités, dont deux mois de guerre ouverte, entre Israël et le Hezbollah.
Le calme semblant s’installer de ce côté-ci de la frontière, les autorités israéliennes ont autorisé les habitants à revenir chez eux à partir du 1er mars.
Mais Mme Yakuti, qui a suivi une formation d’esthéticienne durant son exil de quinze mois, n’a pas attendu pour préparer ses bagages, dire au revoir au « gentil » personnel de l’hôtel et rentrer à Dovev dès le 27 février.
« Je n’ai pas peur, je ne tremble pas, l’armée a fait son travail », affirme cette mère de trois enfants. « Je suis en paix avec ma décision de revenir, et je ne voudrais pas abandonner ma maison et mon moshav même si la guerre continuait ».
Si Dovev a repris vie, le retour est plus lent dans d’autres villages de la région.
Au kibboutz Hanita, Or Ben Barak estime que seulement 20 à 30 familles sont revenues, sur les 300 qui y vivaient avant le 8 octobre 2023.
« Il y a eu une espèce d’euphorie à l’annonce des autorisations de retour », dit-il à l’AFP. « Mais les gens voient que les conditions de vie au village ne sont pas encore assez bonnes. »

« Comment maintenir ce calme? »
M. Ben Barak, 49 ans et dont les grands-parents faisaient partie des fondateurs du kibboutz il y a 97 ans, montre les multiples impacts des roquettes et des mortiers sur les bâtiments ainsi que les dégâts provoqués par le passage des chars de l’armée vers le Liban.
Les conditions de sécurité se sont améliorées depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, mais il se dit inquiet de « ce qu’il va se passer pour la communauté: qui va revenir, comment, et combien de personnes? »
« Au Liban, l’armée a combattu très violemment et a fait tout ce qu’elle devait faire, mais la vraie question est comment maintenir ce calme? », ajoute-t-il.
« Le défi, c’est de garantir une vie paisible pour les 20-30 prochaines années (…) C’est le défi pour l’Etat et c’est aussi ce qui va déterminer si les gens restent ici. »
En contrebas de Hanita, où les rues restent désespérément vides, la petite ville de Shlomi est plus vivante et une longue file s’est formée devant le restaurant Baleli Falafel.
« Je me sens plus en sécurité qu’avant, mais à 100 % ? Non », admet Ronit Fire, 54 ans.

« Je n’aime pas dire ça, mais je pense que c’est une question de temps », explique-t-elle en référence à une nouvelle guerre contre le Hezbollah. « La prochaine arrivera à un moment ou un autre. »
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