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Décès d’Anne Beaumanoir, ancienne résistante et Juste parmi les nations

Engagée activement dans la Résistance, elle a ramené dans le café-restaurant de ses parents, en Bretagne, deux adolescents juifs, leur permettant d'échapper à une rafle

Anne Beaumanoir en 2015 au micro d’Europe 1. (Crédit : Capture d’écran YouTube / Europe 1)
Anne Beaumanoir en 2015 au micro d’Europe 1. (Crédit : Capture d’écran YouTube / Europe 1)

Anne Beaumanoir, ancienne résistante et Juste parmi les nations, est décédée le 4 mars dernier à Quimper (Finistère), a rapporté Le Monde.

Née le 30 octobre 1923 dans les Côtes-d’Armor, cette femme de 98 ans s’était engagée à 17 ans dans le combat contre le nazisme, puis dans la lutte anticolonialiste pendant la guerre d’Algérie.

À l’hiver 1944, en pleine Seconde Guerre mondiale, alors étudiante en médecine à Paris et engagée activement dans la Résistance auprès du Parti communiste, elle a ramené dans le café-restaurant de ses parents, en Bretagne, deux adolescents juifs : Daniel et Simone Lisopravski.

Ils ont ainsi pu être sauvés d’une rafle qui devait survenir le lendemain dans le 13e arrondissement, et ont été protégés par la famille. Anne et ses parents ont, pour cette action, reçu le titre de Juste parmi les nations décerné par le mémorial de Yad Vashem en 1996. Elle affirmait que ce sauvetage était ce dont elle était « la plus fière ».

Elle a ensuite été une militante active contre la guerre d’Algérie dès le début des années 1950, et a apporté son soutien au Front de libération nationale (FLN), notamment en servant de chauffeur à l’un des responsables de la zone sud de la fédération de France du FLN.

Établie à Marseille avec son mari, le médecin Jo Roger, elle a été arrêtée pour ces actions en faveur du FLN en 1959, avant d’être emprisonnée à la prison des Baumettes, d’être assignée à résidence et de s’échapper en Tunisie.

Docteure et médecin neurophysiologiste mais déclarée persona non grata en France après une condamnation par contumace à dix ans de prison, elle a exercée en Tunisie, soignant les soldats algériens de l’armée des frontières.

Elle a gagné Alger après l’indépendance de l’Algérie en 1962, et a été nommée directrice de la formation médicale et paramédicale par le ministère de la Santé – tout était alors à créer.

Elle a ensuite dirigé l’équipe d’épileptologie des hôpitaux universitaires de Genève de 1970 à 1990, avant de regagner la France.

Elle n’a cessé de témoigner de son passé dans les écoles et a publié un livre autobiographique, Le Feu de la mémoire. La Résistance, le communisme et l’Algérie. 1940-1965 (Ed. Bouchène), en 2009.

L’écrivaine Anne Weber a raconté son histoire dans Annette, une épopée (Le Seuil, 2020) et les réalisateurs Denis et Nina Robert lui ont consacré un film, « Une vie d’Annette », en 2018.

Anne Beaumanoir et Jo Roger ont eu trois enfants.

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