Défiant Abbas, Barghouti et le neveu d’Arafat déposent une liste commune
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Défiant Abbas, Barghouti et le neveu d’Arafat déposent une liste commune

Cette décision surprise pourrait aider ses rivaux du Hamas et renforcer l'éventualité que l’élection soit annulée

Nasser al-Kidwa arrive à la commission électorale de Ramallah pour déposer sa liste pour les législatives de mai 2021. (Crédit : capture d'écran Al-Jazeera)
Nasser al-Kidwa arrive à la commission électorale de Ramallah pour déposer sa liste pour les législatives de mai 2021. (Crédit : capture d'écran Al-Jazeera)

Un terroriste palestinien emprisonné par Israël pour terrorisme a enregistré sa propre liste parlementaire dans un geste surprise de dernière minute qui pourrait affaiblir le Fatah du président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas et accroître les chances de victoire du groupe terroriste du Hamas aux prochaines législatives palestiniennes.

Marwan Barghouti purge cinq peines d’emprisonnement à perpétuité dans une prison israélienne pour avoir organisé des attentats terroristes pendant la deuxième Intifada. Il reste cependant (très) populaire parmi les Palestiniens, dont beaucoup le voient comme un symbole de résistance non entaché de corruption, – certains le surnomment Nelson Mandela, alors qu’il a participé à des attentats qui ont tué des enfants.

Son épouse Fadwa Barghouti, accompagnée du principal dissident du Fatah, Nasser Al-Kidwa, s’est rendue au siège de la commission électorale à Ramallah pour déposer officiellement leur liste.

« Nous espérons obtenir le succès et la liberté pour notre peuple et pour nos prisonniers », a déclaré Fadwa Barghouti aux journalistes devant le quartier général des élections.

Nasser al-Kidwa, membre du Comité central du Fatah et neveu du défunt leader palestinien Yasser Arafat, intervient lors d’une conférence de presse à Ramallah, en Cisjordanie, le 23 janvier 2019, avec pour toile de fond le Dôme du Rocher à Jérusalem, pour commenter la décision d’un tribunal israélien de délivrer un privilège temporaire sur un terrain appartenant à Arafat à Jérusalem-Est. (ABBAS MOMANI / AFP)

Al-Kidwa avait précédemment déclaré au Times of Israel qu’il avait fusionné sa liste tant attendue avec celle de Barghouti.

La liste des candidats, qui s’appelle « Liberté », place Al-Kidwa en tête de liste, tandis que Fadwa prendra la deuxième place.

« Nous sommes vraiment heureux d’exercer notre droit démocratique et de présenter cette liste, cette liste démocratique », a déclaré Al-Kidwa aux journalistes mercredi soir.

Nasser al-Kidwa a récemment été exclu du Fatah, parti laïc du président Mahmoud Abbas, pour avoir critiqué le leadership palestinien et voulu se présenter seul aux législatives du 22 mai, les premières depuis 2006. Ce dissident a mené de longues discussions avec les « associés et partisans » de M. Barghouthi ayant débouché sur des positions communes sur « pratiquement tout », a-t-il dit à l’AFP.

L’annonce est intervenue quelques heures à peine avant l’heure limite de minuit pour déposer les listes des partis pour les élections législatives palestiniennes.

Ensemble, Al-Kidwa – un diplomate expérimenté et le neveu du dirigeant palestinien défunt Yasser Arafat – et Barghouti, représenteront un défi de taille pour Abbas lors des prochaines élections.

Dans un décret promulgué à la mi-janvier, Abbas a fixé la date du vote au 22 mai. De nombreux observateurs ont fait état de leur scepticisme, notant que de nombreuses promesses des dirigeants palestiniens de tenir des élections n’avaient pas été honorées dans le passé. Mais l’anticipation qui verrait les Palestiniens organiser un vote national pour la première fois depuis 2006 a depuis crû de façon constante.

Jibril Rajoub et Mahmoud Abbas (Crédit : Issam Rimawi/Flash90)

Abbas a eu du mal à maintenir l’unité au sein du Fatah dans la préparation du vote. Les électeurs du Fatah choisiront donc désormais entre la liste d’Abbas, Barghouti et celle de son rival en exil, Mohammad Dahlan.

Un haut responsable du Fatah a rejeté les inquiétudes concernant la montée en puissance de Barghouti en s’adressant aux journalistes à Ramallah.

« Même dans le cas de notre prophète Mohammad, il y en a eu certains qui ont perdu la foi », a déclaré le Secrétaire général du Fatah, Jibril Rajoub. « Le Fatah est fort ».

Un sondage récent a révélé que si Barghouti formait une faction politique dissidente au sein du Fatah, ses candidats vaincraient le bloc d’Abbas : 28 % des personnes interrogées ont déclaré qu’elles voteraient pour la liste de Barghouti, tandis que seules 22 % ont déclaré qu’elles voteraient pour la faction d’Abbas.

De nombreux Palestiniens établissent des parallèles défavorables entre Barghouti et Abbas, qui est âgé 86 ans. L’AP est largement considérée comme corrompue et inefficace par de nombreux Palestiniens; Ramallah est également régulièrement attaquée en raison de sa coordination sécuritaire avec Israël. Les sondages d’opinion révèlent systématiquement qu’une majorité de Palestiniens réclament la démission du chef de l’AP.

Al-Kidwa est un diplomate expérimenté très respecté et le neveu de Yasser Arafat. Jusque récemment, il était membre du Comité central du Fatah, l’organe de décision le plus influent du mouvement palestinien.

Al-Kidwa, un homme critique d’Abbas depuis longtemps, a aiguisé sa rhétorique ces derniers mois. Après avoir annoncé qu’il présenterait sa propre liste de candidats contre la liste du Fatah d’Abbas, il a été expulsé du Comité central début février.

Bien qu’Al-Kidwa ait exprimé publiquement son soutien à Barghouti depuis des mois, le prisonnier palestinien a attendu son heure et n’a annoncé qu’il formerait une liste distincte que mardi soir.

Les responsables officiels à Ramallah avaient émis l’hypothèse que Barghouti ne se présenterait pas lui-même aux prochaines élections législatives, et qu’il se concentrerait plutôt sur le scrutin présidentiel prévu par la suite.

Selon un sondage d’opinion, Abbas, le leader vieillissant de l’Autorité palestinienne – qui est le candidat présumé de son mouvement Fatah – serait probablement vaincu par Barghouti s’il lui faisait face.

Jeudi, au lendemain de la date limite du dépôt des candidatures, la commission électorale a indiqué avoir reçu 36 listes. Treize ont été validées et les autres, comme « Liberté » doivent encore être examinées.

Palestinian PM Salam Fayyad (photo credit: Issam Rimawi/Flash90)
Salam Fayyad, ancien Premier ministre de l’Autorité palestinienne, en 2012. (Crédit : Issam Rimawi/Flash90)

L’ancien Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Salam Fayyad, a également présenté sa propre liste de candidats à la législature. Le parti de Fayyad est baptisé « Ensemble, nous le pouvons ».

Fayyad a reçu un soutien international pendant son mandat de Premier ministre entre 2007 et 2013. Technocrate titulaire d’un doctorat en économie de l’Université du Texas à Austin, Fayyad a cherché, en l’absence d’un État palestinien, à faire progresser de manière pragmatique la gouvernance palestinienne sur le terrain.

Mais Fayyad a été vilipendé chez lui pour plusieurs des mêmes qualités qui l’ont rendu populaire à l’étranger. Lors des élections législatives de 2006, une liste qu’il dirigeait a reçu un peu plus de 2 % des voix, et sa popularité ne s’est pas améliorée pendant son mandat.

Dans un entretien accordé début mars au quotidien arabophone Al-Quds, Fayyad a semblé avoir évolué concernant certaines de ses positions antérieures. Il a appelé les Palestiniens à rejeter les prétendues conditions du Quartet pour un nouveau gouvernement palestinien, conditions qui incluent les accords bilatéraux entre Israël et les Palestiniens comme les accords d’Oslo.

« En ce qui concerne les conditions posées par le Quartet, elles doivent être rejetées par tous les Palestiniens…. Et quand je dis rejetées, je veux dire un rejet absolu, sans même une marge de manœuvre pour une formulation ambiguë », a déclaré Fayyad.

Fayyad a expliqué sa position en mentionnant l’intransigeance israélienne, arguant que les Palestiniens n’avaient rien reçu en échange de leurs engagements envers Israël d’après Oslo. Israël et les Palestiniens s’accusent régulièrement de violer les accords.

« Il n’y a aucun gouvernement en Israël qui est prêt à accepter le droit inaliénable des Palestiniens à la pleine souveraineté, pas même s’il s’agit d’un infime morceau de la terre de Palestine », a déclaré Fayyad.

L’AFP a contribué à cet article.

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