Demandeurs d’asile: Israël gèle les expulsions après une contestation judiciaire
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Demandeurs d’asile: Israël gèle les expulsions après une contestation judiciaire

Répondant à la requête de la Haute Cour, l'Etat annonce qu'il remanie le plan pour renvoyer des milliers de migrants africains et qu’il continuera à se préparer pour les expulsions

Des demandeurs d'asile africains attendent pendant des heures à l'extérieur pour tenter de déposer leur demande d'asile au bureau de l'Autorité de l'immigration, de la population et des frontières à Bnei Brak, le 13 février 2018. (Miriam Alster/Flash90)
Des demandeurs d'asile africains attendent pendant des heures à l'extérieur pour tenter de déposer leur demande d'asile au bureau de l'Autorité de l'immigration, de la population et des frontières à Bnei Brak, le 13 février 2018. (Miriam Alster/Flash90)

Israël a déclaré mercredi qu’il gèlerait temporairement l’expulsion prévue de milliers de demandeurs d’asile africains le temps de répondre aux questions juridiques entourant le projet d’expulsion.

Cette annonce fait suite à une requête déposée à la Haute Cour de Justice contre le projet du gouvernement d’expulser les migrants vers des pays tiers en Afrique, projet qui a été critiqué en Israël et à l’étranger.

L’annonce de mercredi a été considérée comme un geste préventif de la part de l’Etat, qui a reconnu après les requêtes déposées à la Haute Cour que son plan d’expulsion actuel n’aurait ostensiblement pas survécu à une contestation judiciaire.

Israël cherche à expulser des dizaines de milliers de migrants entrés en Israël illégalement, qui viennent principalement du Soudan et de l’Érythrée, en les envoyant dans des pays tiers qui seraient, selon les médias, comme étant l’Ouganda et le Rwanda.

Des manifestants érythréens scandent « Des réfugiés, pas des infiltrés » devant l’ambassade du Rwanda, à Herzliya, le 22 janvier 2018 (Melanie Lidman / Times of Israël)

Selon les médias, le gouvernement espère expulser 600 demandeurs d’asile par mois pour la première année. Les personnes ayant un dossier de demande d’asile ouvert ne peuvent pas être expulsées avant que les demandes ne soient étudiées. À ce stade, les femmes et les enfants ne sont pas non plus menacés d’expulsion. Un demandeur d’asile qui refuse l’expulsion sera emprisonné indéfiniment dans la prison de Saharonim.

Les critiques affirment que le plan n’offre pas suffisamment de protection aux demandeurs d’asile et qu’Israël n’a pas fait preuve de transparence quant à l’endroit où les demandeurs d’asile allaient être envoyés.

Des demandeurs d’asile érythréens à l’extérieur du centre de détention de Holot dans le sud d’Israël, 29 janvier 2018 (Crédit : Luke Tress / Times of Israel)

Dans sa réponse à la cour, l’État a précisé que ses procédures administratives en vue des expulsions — qui devraient avoir lieu d’ici le 1er avril — se poursuivront.

En outre, les demandeurs d’asile déjà détenus par Israël ne seront pas libérés et l’État continuera d’organiser des audiences d’expulsion pour les demandeurs d’asile.

Les juges de la Haute Cour devraient statuer dans les prochains jours sur l’opportunité de rendre une ordonnance provisoire qui gèlerait la mise en œuvre de l’ensemble du plan gouvernemental — y compris les préparatifs d’expulsion — le temps de prendre une décision finale sur les requêtes.

Mardi, Israël a fermé le centre de détention de Holot, un centre en plein air où l’État hébergeait des migrants clandestins en grande partie d’Érythrée et du Soudan. Cette décision est considérée comme une étape majeure dans la mise en œuvre du plan d’expulsion.

Lina, demandeuse d’asile du Soudan, avec la mosaïque finie sur le boulevard Rothschild Boulevard de Tel Aviv, le 21 février 2018 (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

Au cours des quatre années qui ont suivi l’ouverture du centre, environ 13 000 immigrants clandestins ont été détenus là-bas. L’installation dans le désert était considérée comme un centre de détention « ouvert », ce qui signifie que les personnes hébergées dans le désert pouvaient sortir du centre pendant la journée.

Après que les organisations de défense des droits de l’Homme ont déposé une requête devant la Haute Cour de justice, les juges ont statué que personne ne pouvait être emprisonné à Holot pendant plus de 12 mois. Le centre était à l’origine envisagé comme un centre de détention pour accueillir les migrants illégaux qui refusaient de quitter le pays.

Selon l’autorité de la Population et de l’Immigration, depuis le début des années 2000, 64 850 personnes ont franchi illégalement la frontière entre l’Égypte et Israël.

Selon le ministère de l’Intérieur, il y a environ 38 000 demandeurs d’asile africains actuellement en Israël. Environ 72 % des migrants sont érythréens et 20 % sont soudanais.

Des migrants érythréens manifestent devant l’ambassade de l’Union européenne à Ramat Gan, près de Tel Aviv, demandant à l’UE de juger les dirigeants érythréens pour crimes contre l’humanité, le 21 juin 2016 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Les demandeurs d’asile érythréens ont fui un dictateur et un service militaire obligatoire pouvant durer 40 ans. Les demandeurs d’asile soudanais ont fui le génocide au Darfour ainsi que les combats entre le Soudan et le Soudan du Sud.

Cependant, les responsables israéliens affirment que les demandeurs d’asile sont des migrants économiques à la recherche de travail et d’un niveau de vie plus élevé.

« Nous ne prenons pas de mesures contre les réfugiés », a déclaré Netanyahu lors d’une réunion du cabinet en janvier. « Nous prenons des mesures contre les immigrants illégaux qui viennent ici pour travailler. Israël continuera d’être un refuge pour de vrais réfugiés et éjectera des infiltrés illégaux. »

La majorité des demandeurs d’asile africains sont arrivés en Israël entre 2006 et 2012. En 2010, à l’apogée de la vague de demandeurs d’asile qui traversaient le Sinaï vers Israël, 1 300 personnes franchissaient illégalement la frontière chaque mois. Une fois qu’ils avaient franchi la frontière, les soldats israéliens les amenaient à des centres de détention coordonnés avec l’autorité de la Population et de l’Immigration. Ensuite, beaucoup recevaient des tickets de bus pour la gare routière de Tel Aviv, mais aucun autre service.

Les habitants du sud de Tel-Aviv, où 90 % des demandeurs d’asile se sont installés selon les statistiques de la police, se plaignent que les nouveaux venus ont transformé le quartier de cols bleus et sont responsables d’une augmentation de la criminalité.

Le sud Tel-Aviv vit sous le « règne du terrorisme des migrants illégaux », a accusé la vice-ministre des Affaires étrangères Tzipi Hotovely (Likud) le mois dernier.

A Sudanese asylum-seeker in Levinsky Park in February (photo credit: Dima Vazinovich/Flash90)
Un demandeur d’asile soudanais au parc Levinsky au mois de février (Crédit : Dima Vazinovich/Flash90)

En 2014, Israël a achevé la construction d’une clôture électronique de 242 kilomètres le long de la frontière avec le Sinaï. L’immigration clandestine à travers le Sinaï est tombée à seulement 11 cas en 2016 et 0 en 2017.

Israël a « volontairement expulsé » environ 4 000 demandeurs d’asile au cours des quatre dernières années, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), qui a exprimé son inquiétude au sujet du programme d’expulsion.

Des demandeurs d’asile africains et des militants pour la défense des droits de l’homme manifestent contre l’expulsion des réfugiés à Tel Aviv, 21 février 2018 (Crédit : Tomer Neuberg / Flash90)

Le HCR est en pourparlers avec un certain nombre de pays pour réinstaller certains demandeurs d’asile d’Israël en échange de quoi Israël donnerait un statut permanent aux réfugiés, qui resteraient alors en Israël.

Ces derniers mois, des groupes de pilotes israéliens, de médecins, d’écrivains, d’anciens ambassadeurs et de survivants de l’Holocauste ont appelé le Premier ministre Benjamin Netanyahu à mettre fin au projet d’expulsion, mettant en garde que cela serait contraire à l’éthique.

Melanie Lidman a contribué à cet article.

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