Depuis Israël, une nouvelle arnaque aux agents de joueurs de football français
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Depuis Israël, une nouvelle arnaque aux agents de joueurs de football français

Selon Hélène Morton, procureur au parquet de la JIRS de Nancy, "le donneur d'ordre est israélien" et les suspects sont impliqués dans des arnaques aux diamants et aux bitcoins

Journaliste Société-Reportage

Logo du club de football phocéen (Crédit: capture d'écran Olympique de Marseille)
Logo du club de football phocéen (Crédit: capture d'écran Olympique de Marseille)

« On a eu de la chance que les équipes soient basées en France, » souffle Hélène Morton, procureur au parquet de Nancy, aujourd’hui en charge de mener l’instruction de cette arnaque à deux millions d’euros. Une arnaque aux faux agents de joueurs de football apparemment nouvelle, dont les similarités avec l’arnaque au président sont pourtant frappantes.

Cette même équipe, majoritairement marseillaise et parisienne dont les neuf membres ont été arrêtés par une quarantaine de policiers le 11 avril dernier, est soupçonnée d’avoir participé à plusieurs autres escroqueries: aux diamants d’investissements et à la vente de bitcoin, dont les victimes ont espéré – en vain – de toucher les gains annoncés.

L’enquête et les arrestations ont été menées par les agents de la police judiciaire de Marseille, de Dijon, et d’Angers et le groupement d’intervention régional (GIR) Pays de la Loire, après que la fédération française de football (FFF) a commencé à entendre parler de ces demandes de transferts frauduleux. Prévenant les clubs, la FFF est ainsi parvenue à empêcher d’autres escroqueries.

Les clubs de Dijon Football Cote d’Or (DFCO) du Toulouse Football Club, d’Angers SCO, du Stade Rennais, FC Nantes, Stade Brestois, l’Olympique de Marseille, FCL Lorient, Football Club Sochaux, ont été victimes d’escroqueries ou de tentatives d’escroqueries.

La bande de l’arnaque à la taxe carbone à l’écran (Crédit: Mika Cotellon- Les films Manuel Munz-Europacord-Nexus Factory-Media)

Selon Hélène Morton, et d’après les témoignages obtenus auprès des neuf personnes interpellées, le donneur d’ordre se trouve aujourd’hui en Israël. « Nous commençons juste à collaborer avec la police israélienne, » ajoute le procureur.

Parmi les entreprises frauduleuses dans le viseur de la JRIS de Nancy se trouvent les sites de Blue Diams, Shop Diams, Infinite Diamond, Diamond Privilege Ltd, Always Diamond. Et pour l’arnaque au bitcoin, Bit Market coin. Certaines d’entre elles ont déjà été signalées par l’Autorité des marchés financiers dans sa « liste noire des sites proposant d’investir dans des biens divers », ou ont fait l’objet d’une enquête de l’ADC Lorraine, une association de victimes de fraudes.

Le 11 avril, la diversité et la complémentarité des membres de l’équipe appréhendés à leur domicile laisse entrevoir un professionnalisme que l’on retrouve dans une dizaine d’autres arnaques, des « coups » qu’il a fallu renouveler au fur et à mesure que la justice progressait : les mêmes personnes passant de l’arnaque au président, à la fausse publicité, les options binaires, les terre rares, les fausses assurances et bien d’autres escroqueries encore.

Un reportage du Times of Israël avait mis en lumière qu’un même local, situé non loin du boulevard Rothschild à Tel Aviv, avait conservé les mêmes dirigeants et les mêmes bureaux. Mais l’activité principale de l’entreprise est passée de l’arnaque aux options binaires à celle des bitcoins, en passant par la vente de diamants d’investissement, proposant également sur ce dernier produit une franchise à d’autres escrocs sur laquelle elle prélève un pourcentage.

Israël est devenu l’un des plus grands exportateurs d’arnaque aux investissements, dérobant, selon les estimations, 5 milliards à 10 milliards de dollars par an à des victimes dans le monde entier (Stock)

Mise à mal par une longue enquête du Times of Israel qui déboucha sur une loi interdisant leur vente depuis Israël en octobre 2017, l’industrie majoritairement frauduleuse des options binaires, d’une partie du Forex, puis celle des diamants d’investissement a dû trouver un nouveau produit d’appel.

Employant environ 10 000 employés (il est difficile d’estimer plus rigoureusement leur nombre), et générant entre 5 et 10 milliards de dollars par an, ce secteur possède un savoir-faire précieux pour les barons du crime israélien.

Cette machine à cash, rodée par des années de pratique, et inscrite au sein d’un éco-système complexe fait de vendeurs de leads (des fichiers de clients intéressés par les produits), de développeurs informatique, de professionnels du marketing et qui puise ses vendeurs dans une immigration qualifiée provenant des quatre coins du monde, possède une valeur inestimable pour les barons du crime israéliens.

Cette équipe répartie entre Marseille et Paris était composée, précise Hélène Morton de deux informaticiens, (créateur des sites internet et web designer), un coordinateur en lien avec un donneur d’ordre israélien (logistique en France et plus particulièrement sur Marseille, recrutement des différents intervenants, recherche d’un local, acquisition de bureaux et de matériel informatique et de téléphonie, donneur d’ordres), un juriste (création de sociétés, préparation de documents comptables, démarches administratives, et/ou bancaires..) de deux personnes en charge du blanchiment des sommes issues des escroqueries et d’un homme à tout faire (exécutant, chauffeur, gérant de paille, prête nom…)

Capture d’écran du site Signal-arnaque

« A compter du mois d’août 2017, plusieurs services comptables de clubs de football ont reçu des appels téléphoniques de personnes se présentant comme agents de joueurs, » détaille-t-elle. Ils indiquent alors « un changement de comptes bancaires sur lequel faire virer le salaire du joueur ».

« L’escroc donnait des informations précises démontrant une parfaite information des organes dirigeants du club et de son fonctionnement renforçant ainsi l’apparente authenticité et légitimité de sa demande. Ils fournissent la véritable identité du joueur et de son agent mais avec un faux Relevé d’Identité Bancaire. L’escroc rappelait plusieurs fois le comptable du club, sur une période très courte (48h ou 72h) le pressant et vérifiant la bonne réception du RIB, » continue la magistrate.

« Une fois l’argent viré sur le compte désigné par l’escroc (compte Nickel, Compte Qonto ou Carrefour), les sommes étaient rapidement transférées sur des comptes maltais ou bulgares. Une quinzaine de clubs de football ont été contactés par ces escrocs entre août 2017 et novembre 2017, soit pendant le mercato ».

De nombreuses saisies immobilières, et de comptes bancaires en France et en Europe sont en cours, conclut Hélène Morton.

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