Israël en guerre - Jour 233

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Interview"Le pire c'est l'ambiguïté."

Depuis le 7 octobre, le socialiste Jérôme Guedj pris entre deux feux

L'ancien "disciple" du leader de La France Insoumise affirme avoir toujours refusé "d'être le Juif de service" ou d'être "essentialisé"

Le député socialiste français Jérôme Guedj s'adressant à l'Assemblée nationale, chambre basse du Parlement français, lors d'une session sur le budget de la sécurité sociale française pour 2023, à Paris, le 21 novembre 2022. (Crédit : Geoffroy Van Der Hasselt/AFP)
Le député socialiste français Jérôme Guedj s'adressant à l'Assemblée nationale, chambre basse du Parlement français, lors d'une session sur le budget de la sécurité sociale française pour 2023, à Paris, le 21 novembre 2022. (Crédit : Geoffroy Van Der Hasselt/AFP)

Jérôme Guedj l’avoue sans ambages : il a « le cul entre deux chaises ». D’un côté, quand il participe à des rassemblements pour la libération des otages israéliens, il est hué, en tant qu’élu de gauche. De l’autre, le mouvement de gauche radicale La France Insoumise (LFI), largement accusé de flirter avec l’antisémitisme, a fait de lui son « punching-ball » depuis le 7 octobre.

Le député socialiste de l’Essonne, 52 ans, est un ancien protégé de Jean-Luc Mélenchon (LFI) – de 20 ans son ainé – quand ce dernier était membre du parti socialiste. (PS)

L’ancien candidat à la présidentielle aime à raconter comment, quand il était ministre délégué à l’Enseignement professionnel, le jeune Guedj révisait les concours de l’ENA dans son bureau, où il entrait sans frapper.

En 2008, quand Mélenchon quitte le PS pour fonder le Parti de gauche, les deux hommes perdent le contact pour les quinze années suivantes.

Avant de se retrouver brièvement avec l’alliance de gauche Nupes. Puis de rompre définitivement après l’assaut barbare et sadique du groupe terroriste palestinien du Hamas sur le sud d’Israël le 7 octobre, quand les LFI refusent de désigner le Hamas comme « terroriste », Guedj les qualifiant alors « d’idiots utiles » du Hamas.

Sur la situation au Proche-Orient, il rappelle qu’il s’est rendu à Gaza en 2009 et développe sa position, en contradiction avec la ligne LFI : « Je récuse les termes ‘d’État colonial, ‘d’apartheid’ et de ‘génocide’ parce que trois points, ça fait une ligne et si on laisse s’installer durablement ces termes, après, c’est la question même de la légitimité de l’État d’Israël qui est posée. »

Le fondateur du parti La France Insoumise (LFI) Jean-Luc Melenchon prononçant un discours à côté du député français LFI Jean-François Coulomme (à droite) lors d’une manifestation pour un cessez-le-feu à Gaza et en solidarité avec le peuple palestinien devant l’Office des Nations unies, à Genève, le 3 février 2024. (Crédit : Fabrice Coffrini/AFP)

Depuis l’automne, les LFI lui en veulent. Ils l’accusent notamment d’avoir été à l’origine de la double annulation d’une conférence sur le Proche-Orient que leur leader, Mélenchon devait donner à Lille en avril.

Ce dernier l’a même qualifié de « lâche de cette variété humaine que l’on connaît tous, les délateurs, ceux qui aiment aller susurrer à l’oreille du maître ».

« L’intéressant est de le voir s’agiter autour du piquet où le retient la laisse de ses adhésions », a-t-il ajouté.

« Quelles sont mes adhésions ? Est-ce que c’est parce que je suis socialiste, parce que je suis républicain, parce que je suis … « , interroge Guedj, sans finir sa phrase.

Dans son entourage, assure-t-il, certaines personnes voient ces attaques comme antisémites.

« Moi je ne veux pas le voir parce que ça vient percuter trop d’histoires communes », dit-il. « Le pire c’est l’ambiguïté. »

Sur X, le député a fustigé « la fange où se complaît désormais » Mélenchon, qui l’a accusé de « renier les principes les plus constants de la gauche du judaïsme en France ».

« Banquette » entre deux chaises

L’activiste très controversée franco-palestinienne Rima Hassan s’adressant à la foule lors d’un rassemblement « contre la criminalisation des voix de la paix » organisé par LFI, suite à une convocation de la police contre Hassan et une autre membre du parti, à Paris le 30 avril 2024. (Crédit : Geoffroy Van Der Hasselt/AFP)

Sur son rapport à sa « judéité », et non son « judaïsme » précise-t-il, Guedj dit avoir toujours refusé « d’être le Juif de service » ou d’être « essentialisé ».

« Il n’y a rien de juif en moi dans les positions que j’exprime », explique-t-il, se définissant « comme Français d’abord, républicain, de gauche, et socialiste », mais il reconnaît avoir vécu les attaques du 7 octobre « dans [sa] chair ».

« Il y a plein d’endroits où j’ai entendu ça, y compris dans ma propre famille politique : ‘Jérôme, il réagit comme ça parce qu’il est Juif' », regrette-t-il.

De sa famille socialiste justement, il constate avoir « connu des soutiens plus tonitruants » en cette période « peu confortable ».

Car Guedj n’est pas attaqué seulement sur sa gauche.

Lors d’un rassemblement au Trocadéro en soutien aux otages israéliens, six mois après le 7 octobre, où il était le seul représentant de gauche, il se fait copieusement siffler par la foule et invectiver par le député Meyer Habib.

« Pour les gens qui sont là, qui sont plus des gens de droite et d’extrême-droite, un mec de gauche est infréquentable parce qu’il est directement ou indirectement lié aux Insoumis », déplore-t-il.

« Ils voudraient que je me verse un tombereau de cendres sur la tête et que je dise ‘la gauche c’est mal’. »

Mais s’il estime s’être « trompé » sur le rôle que Mélenchon aurait pu jouer dans le rassemblement des gauches, Guedj dit ne pas vouloir « jeter le bébé avec l’eau du bain ». Marqué à la gauche du PS, il demeure « attaché au programme de rupture écologique et sociale ».

Et, entre les deux chaises au-dessus desquelles il est inconfortablement assis, il y a « une banquette », assure-t-il. « Le courage de la nuance, qui n’est pas un positionnement mou. »

Puis le secrétaire national à la laïcité du PS développe : « Vous pouvez être authentiquement de gauche et totalement clean, et même pro-actif, sur les questions républicaines et sur les questions de laïcité. »

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