Des cafés de Jérusalem “ouverts pour Shabbat”, mais pas pour les affaires
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Des cafés de Jérusalem “ouverts pour Shabbat”, mais pas pour les affaires

Une nouvelle initiative cherche à rassembler les Hiérosolomytains laïcs et religieux le vendredi soir dans des cafés, sans en servir

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Des juifs orthodoxes marchent dans une rue de Jérusalem pendant Shabbat. Illustration. (Crédit : Corinna Kern/Flash90)
Des juifs orthodoxes marchent dans une rue de Jérusalem pendant Shabbat. Illustration. (Crédit : Corinna Kern/Flash90)

Le week-end, Jérusalem n’est pas la ville la plus vivante pour ceux qui n’observent pas Shabbat. La plupart des restaurants sont fermés, comme les cafés, les magasins, quasiment tous les cinémas, les clubs et les centres commerciaux.

« C’est un peu absurde », a déclaré Matan Hayat, Hiérosolymitain étudiant de 27 ans qui enseigne à Revivim, un programme de formation des professeurs aux études juives de l’université hébraïque. « Il y a une pause totale de la culture pendant Shabbat à Jérusalem. »

En réponse, Hayat et des camarades, jeunes Hiérosolymitains laïcs et religieux, ont créé « Ouvert pour Shabbat », un programme pour ouvrir les cafés le samedi, comme lieu de rencontre et de rassemblement, mais sans commander de nourriture ou quoi que ce soit qui violerait le respect de Shabbat, qui commence le vendredi au coucher du soleil et se termine le samedi soir.

« C’est un fait que les cafés sont un lieu de rencontre pour les gens, et le seul jour où les gens ont du temps libre, ils ne sont pas ouverts, a déclaré Hayat. Notre idée est d’ouvrir ces endroits et de les utiliser uniquement comme lieu de rencontre qui respecte Shabbat, sans utilisation commerciale. Nous utilisons juste l’espace. »

En Israël, les gens s’arrêtent souvent pour boire leur café le matin et manger un croissant au café du coin au lieu de le prendre à emporter, ou utilise le café comme bureau improvisé, pour travailler ou tenir des réunions.

« Le café est comme une extension de nos maisons », a déclaré Hayat.

Mais à Jérusalem, où la majorité des habitants respectent Shabbat et où le rabbinat orthodoxe contrôle presque tous les aspects de l’observance juive, presque tout est fermé, à l’exception de quelques cinémas, du zoo, de certains musées et des quelques cafés et restaurants non casher.

Le logo de "Ouvert pour Shabbat", une nouvelle initiative pluraliste à Jérusalem, qui commence le 25 novembre 2016. (Crédit : autorisation de Ouvert pour Shabbat)
Le logo de « Ouvert pour Shabbat », une nouvelle initiative pluraliste à Jérusalem, qui commence le 25 novembre 2016. (Crédit : autorisation de Ouvert pour Shabbat)

« Ouvert pour Shabbat » propose une alternative créative, a déclaré Hayat. Le projet sera testé vendredi 25 novembre, quand Houmous chel HaTechina, un magasin de houmous du quartier Nachlaot de Jérusalem, proche du marché Mahane Yehuda, restera ouvert vendredi soir.

Il y aura également une conférence de Tomer Persico, a précisé Hayat. Persico est chercheur à l’institut Shalom Hartman, et enseigne également au département de religion comparée de l’université de Tel Aviv.

Chaque semaine, les participants, laïcs et pieux, pourront se rencontrer dans un café et venir avec leur propre repas et leur apport, comme un jeu de plateau, une conférence ou une discussion, ou des journaux à lire et à partager, a déclaré Hayat.

Houmous chel HaTechina est un restaurant de houmous casher, et les organisateurs ont établi une liste de cafés dont les propriétaires sont intéressés par la participation à l’initiative Ouvert pour Shabbat. Le grand projet est d’avoir un lieu de rencontre dans chaque quartier et d’attirer les habitants de chaque communauté.

« Je pense que c’est un geste communautaire très doux », a déclaré le rabbin Aaron Leibowitz, qui appartient au Parti de Jérusalem et a fondé Private Supervision, une organisation de supervision de la casheroute qui compte à présent 28 restaurants à Tel Aviv et Jérusalem, et est une alternative sérieuse au rabbinat gouvernemental.

« Beaucoup d’habitants, qu’ils respectent ou pas Shabbat, apprécieraient un espace partagé, et les cafés sont un endroit logique pour cela, a-t-il déclaré. Je dis souvent que les cafés sont comme les synagogues de la communauté non pieuse, où les gens peuvent se rassembler. »

Des Israéliens dans un café de Tel Aviv. Illustration. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Des Israéliens dans un café de Tel Aviv. Illustration. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

L’initiative n’est cependant pas une révolution de la carte de la certification casher, a déclaré Leibowitz, étant donné que les hôtels israéliens ont toujours été casher et ouverts à Shabbat, et ne violent pas le respect de Shabbat.

« Ils prennent un modèle qui existe, le ‘standard de l’hôtel’, et l’utilisent à Jérusalem, a-t-il déclaré. Ce n’est pas une idée nouvelle, mais c’est une expression agréable de ce qui peut se produite entre juifs laïcs et religieux à Jérusalem. »

Un changement plus important du délicat équilibre religieux de la ville serait de proposer des certifications de casheroute à des restaurants qui resteraient ouverts pendant Shabbat.

Ce n’est cependant pas l’objectif d’Ouvert pour Shabbat, a déclaré Hayat. Le groupe, qui est soutenu par le parti Hitorerut et son dirigeant, l’adjoint au maire Ofer Berkovich, n’a pas contacté le rabbinat, puisque l’évènement ne s’oppose pas à la loi juive. Il ne viole absolument pas le Shabbat.

« Nous ne sommes pas des militants, a-t-il ajouté. Nous sommes des organisateurs communautaires. Nous n’essayons pas d’aller contre quoi que ce soit, nous essayons de travailler dans le cadre existant. »

Ouvert pour Shabbat, le vendredi 25 novembre à 20h30, au Houmous chel HaTechina, 23 rue Nissim Bachar, Nachlaot.

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