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Des élus travaillistes invitent Israël à se joindre aux sanctions contre la Russie

Les députés ont évoqué les meurtres de Boutcha et contesté les propos controversés de Liberman ; des responsables ukrainiens seraient en Israël pour discuter de la question

Cadavre gisant dans une rue à Bucha, au nord-ouest de Kiev, le 2 avril 2022 (Crédit : Ronaldo Schemidt/AFP)
Cadavre gisant dans une rue à Bucha, au nord-ouest de Kiev, le 2 avril 2022 (Crédit : Ronaldo Schemidt/AFP)

Ce mardi, dans le sillage de la condamnation internationale des massacres de civils ukrainiens imputés aux soldats russes, des membres de la Knesset appartenant au parti travailliste de centre-gauche de la coalition ont appelé Israël à se joindre aux sanctions imposées à Moscou pour avoir envahi l’Ukraine.

Dans cet appel, le député Gilad Kariv a semblé faire référence aux propos très controversés du ministre des Finances, partenaire de la coalition, Avigdor Liberman, évoquant lundi des « accusations mutuelles » de la part des autorités ukrainiennes et russes.

« Les images atroces qui nous arrivent d’Ukraine exigent une réponse ferme : dans cette affaire, il n’y a pas d’ ‘accusations mutuelles!’ », s’est exclamé dans un tweet Kariv, président de la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice de la Knesset.

« J’appelle le gouvernement israélien à adopter une position ferme et sans équivoque condamnant la Russie. Nous devons considérablement intensifier notre aide humanitaire, augmenter le quota de réfugiés et envisager d’adhérer au régime de sanctions. »

Plus tôt, la députée travailliste Naama Lazimi avait elle-même indiqué dans un tweet qu’Israël devait être clair dans sa condamnation des crimes de guerre présumés en Ukraine et se joindre aux sanctions.

« Lorsque des crimes de guerre sont commis, on ne peut plus être « prudent » dans le choix de la formulation. On doit le crier à haute voix », s’est écriée Lazmi dans ce tweet.

« Les atrocités décrites et vues de Boutcha et d’autres endroits en Ukraine, le massacre délibéré, les fusillades de masse, les fosses communes et les corps dans les rues sont constitutifs de crimes de guerre. Israël doit faire tout ce qui est en son pouvoir : condamnation claire, sanctions et aide », a détaillé la députée.

Gilad Kariv et Naama Lazimi (Crédit : Flash90)

Des vidéos et photos récemment publiées donnent à voir des rues de la ville de Bucha jonchées de cadavres – apparemment des civils, certains avec les mains attachées dans le dos.

Selon la procureure générale d’Ukraine, Iryna Venediktova, les corps de 410 civils ont été retirés de Boutcha et d’autres villes de la région de Kiev, fraichement reprises aux militaires russes.

Les images ont provoqué une onde de réprobation mondiale et des appels à des sanctions plus sévères contre la Russie.

À l’issue de l’invasion russe de l’Ukraine en février dernier, les pays occidentaux avaient imposé des sanctions économiques lourdes visant les institutions financières de Moscou, y compris sa banque centrale, son industrie du transport maritime et commercial, les secteurs de la technologie et de l’aviation, ainsi que la communauté des riches oligarques et leurs proches.

La Russie a également été mise au ban des systèmes bancaires internationaux, ce qui a fait chuter la valeur du rouble.

Israël s’est gardée de se joindre aux sanctions occidentales contre les oligarques russes, bien que le ministre des Affaires étrangères, Yair Lapid, ait déclaré qu’Israël ne servirait en aucune manière de voie de contournement des sanctions.

Lundi dernier, la radio publique Kan a signalé la présence en Israël de deux hauts responsables ukrainiens – vraisemblablement de proches conseillers du président ukrainien Volodymyr Zelensky -, venus s’entretenir avec des responsables et ministres israéliens de la question des réfugiés et des sanctions.

D’après cette même source d’information, si les responsables ukrainiens ont réitéré leur demande d’aide, en particulier d’équipements défensifs, les pourparlers ont essentiellement tourné autour du programme de réfugiés israélien et sa possible extension, et des sanctions contre la Russie.

Ira Gavriluk serre son chat contre elle alors qu’elle marche parmi les corps de son mari, de son frère et d’un autre homme, tués devant chez elle à Bucha, à la périphérie de Kiev, en Ukraine, le lundi 4 avril 2022. (Crédit : AP Photo/Felipe Dana)

La sous-secrétaire d’État américaine aux Affaires politiques, Victoria Nuland, avait déclaré le mois dernier qu’Israël devait adhérer aux sanctions occidentales et interdire les oligarques russes. « Vous ne voulez pas devenir le dernier refuge de l’argent sale qui alimente les guerres de Poutine », avait asséné Nuland.

Mais Jérusalem ne souhaitait pas imposer de sanctions à Moscou ou aux oligarques russes, avaient à l’époque déclaré de hauts responsables israéliens au Times of Israel.

Parmi les personnes sanctionnées figure l’homme d’affaires israélo-russe Roman Abramovich, le citoyen le plus riche d’Israël. Abramovich a gagné des milliards dans l’industrie pétrolière russe, niant avoir jamais fait partie du cercle intime du président russe, Vladimir Poutine.

Israël joue, depuis le début de la guerre, un numéro d’équilibriste entre la Russie et l’Ukraine.

Les deux pays comptent d’importantes communautés juives et la Russie a une forte présence militaire en Syrie, à la frontière nord d’Israël, où Tsahal entend bien poursuivre ses actions aériennes contre des cibles soutenues par l’Iran. Ce numéro d’équilibriste a permis à Israël de servir de médiateur entre les deux belligérants.

Alors que Lapid condamne de plus en plus ouvertement la Russie, le Premier ministre, Naftali Bennett, a pour sa part toujours pris soin de ne pas accuser publiquement Moscou.

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