Des rabbins francophones dénoncent les escrocs de leur communauté en Israël
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Des rabbins francophones dénoncent les escrocs de leur communauté en Israël

Un rabbin de Netanya exhorte les parents à tenir leurs enfants éloignés des centres d'appels, qui, selon lui, embauchent maintenant des enfants dès l'âge de 13 ans

Illustration d'un call center. (Crédit : iStock)
Illustration d'un call center. (Crédit : iStock)

Au cours des 15 dernières années, un grand nombre d’immigrants francophones en Israël, probablement des milliers, ont trouvé un emploi dans des centres d’appels vendant des produits à des francophones à l’étranger. Beaucoup de ces centres d’appels sont frauduleux, comme l’a largement documenté le Times of Israel.

Souvent, ils détournent l’argent de leurs clients sans leur fournir le produit promis, qu’il s’agisse de publicité, de placements en ligne, de diamants, d’assurance, de crypto-monnaies ou d’une pléthore d’autres offres frauduleuses. Les forces de l’ordre israéliennes ne sévissent que rarement contre ces centres d’appels, généralement à la demande du gouvernement français, créant ainsi un vide qui a permis à cette industrie frauduleuse des centres d’appels de prospérer.

Ces derniers mois, cependant, un certain nombre de rabbins et de dirigeants de la communauté francophone d’Israël se sont prononcés contre ces centres d’appels, au soulagement et aux félicitations de nombreuses personnes dans leurs communautés.

Fin mai, un éminent rabbin Habad Loubavitch de Netanya a lancé un appel urgent aux parents pour qu’ils dissuadent leurs enfants de fréquenter les centres d’appels francophones de la ville.

« En ce moment, beaucoup d’adolescents, dès l’âge de 13 ans, travaillent dans des centres d’appels après l’école », a écrit le rabbin qui, a requis l’anonymat auprès du Times of Israël, dans un message WhatsApp qui a circulé dans la ville pendant la dernière semaine de mai.

« S’il vous plaît, faites attention à vos enfants », a-t-il exhorté, soulignant que de nombreuses entreprises étaient impliquées dans des activités non éthiques.

« Beaucoup de ces centres d’appels ne sont pas conformes à la loi juive. Même si le centre d’appel où travaille votre enfant est conforme à la loi juive, il y a toujours le risque qu’il rencontre une mauvaise personne qui constituera pour lui une mauvaise influence. »

Le rabbin a confirmé au Times of Israel qu’il avait envoyé le message, mais a refusé d’être interviewé pour cet article. Il officie auprès des jeunes francophones de la ville côtière sous les auspices du mouvement Habad Loubavitch.

Il a conclu son message WhatsApp en déclarant que bien qu’il ne puisse pas dire aux parents quoi faire, il est préoccupé.

« Ce message est strictement mon opinion personnelle, mais je suis très inquiet pour tous les jeunes de cette ville. C’est mon devoir de vous prévenir. »

La semaine du Travail Casher

En mars dernier, un groupe d’éminents rabbins francophones et de jeunes entrepreneurs a lancé « La semaine du Travail Tasher » avec des conférences données dans toute la France et en Israël sur des sujets comme « Ce que la Torah a à dire sur le monde du travail », « Mensonges et abus de confiance » et « Le sens du commandement ‘Tu ne voleras pas' », une page Facebook pour cette initiative a encouragé ceux qui avaient travaillé pour un call center escroc mais sont partis après s’en être rendu compte à parler. Une page Facebook consacrée à cette initiative a invité les personnes qui avaient travaillé pour un centre d’appels frauduleux mais qui sont parties après avoir réalisé qu’il était immoral à se confier.

Le 10 mars dernier, le site Torah-box.com a contribué à l’initiative en publiant un court métrage en français mettant en scène l’expérience d’un homme qui obtient un emploi dans un centre d’appels, devient de plus en plus habile à escroquer des clients, s’habitue à un style de vie coûteux, et finit par apprendre qu’un de ses clients est mort suite à l’arnaque.

Plusieurs commentaires sur la vidéo ont remercié Torah-Box d’avoir « brisé le tabou » autour de ce sujet dans la communauté française.

« Ce serait mentir que de nier que les communautés françaises de France et d’Israël se nourrissent de cet argent sale », a écrit l’un de ces commentateurs. « Beaucoup de gens prennent leur argent et balaient le scandale sous le tapis en prétendant ne rien savoir. Les organismes de bienfaisance doivent cesser d’accepter de l’argent de toute personne soupçonnée de cette activité. »

Jusqu’à 2 000 shekels pour un cours de Torah

Un autre rabbin francophone éminent, Haim Dynovisz a rappelé au Times of Israël sa propre expérience de dénonciation des centres d’appels francophones il y a cinq ans. Ses efforts pour lutter contre les escroqueries ont fait de lui la cible de multiples menaces de mort.

« Je suis tombé dans leur piège en 2014. Dans mon cas, c’était avec le forex, qui est l’une des nombreuses mauvaises actions perpétrées par les immigrants français. Ces compagnies paieraient des rabbins de 1 000 à 2 000 NIS par cours (250 à 500 euros) pour enseigner la Torah une fois par semaine [dans les bureaux des compagnies]. C’est beaucoup d’argent pour Israël. Nous étions tous naïfs. Une grande entreprise de Tel-Aviv m’a contacté et j’ai accepté l’offre. Cela me paraissait légitime. Tous les employés portaient des kippots. C’étaient des religieux ou du moins des gens qui avaient l’air d’être religieux. »

Le rabbin Haim Dynovisz. (Capture d’écran Facebook)

Dynovisz a dit qu’après avoir donné plusieurs conférences pour la société de forex, quelques-uns de ses étudiants à Jérusalem l’ont pris à part et lui ont expliqué que le forex est une arnaque.

« Comprenez-vous où vous mettez les pieds ? C’est le forex, c’est le forex », répétaient-ils sans cesse.

Dynovisz a finalement été convaincu, et la fois suivante où il est allé à la compagnie forex, il a fait un cours de Torah condamnant le forex comme une arnaque.

« La plupart des gens du cours se sont mis à pleurer. Les managers m’ont lancé des regards de tueur. Finalement, on m’a demandé d’arrêter de parler et on m’a escorté hors du bâtiment. »

Dynowizs a dit qu’il s’est vite rendu compte que cette compagnie de forex n’était qu’une des nombreuses compagnies frauduleuses de ce genre disséminées en Israël.

« J’ai réalisé qu’en dehors de cette entreprise, il y en avait beaucoup d’autres dans tout Israël, partout où vivent les immigrants français. J’étais très contrarié et j’ai posté des vidéos dénonçant le forex sur mon site web. »

De ce fait, M. Dynovisz a déclaré avoir reçu un grand nombre de menaces de mort et de menaces de violence, bien qu’il n’a jamais été agressé physiquement. Dynovisz dit qu’il n’a pas peur parce qu’il est doué en Krav Maga.

De plus, Dynovisz a fait naître des tensions parmi ses confrères rabbins qui continuent d’accepter des offres lucratives pour enseigner la Torah dans les centres forex et autres call-centers. Certains de ceux avec qui il s’est entretenu justifient les activités de ces centres d’appels, a-t-il dit, en citant un passage du Talmud qui dit qu’un juif n’est pas tenu de rendre un objet perdu à un non-juif. Selon cette logique, les victimes des centres d’appels ont « perdu » leur argent, et n’ont pas été escroqués, et comme elles ne sont pas juives, il n’y a aucune obligation de le leur rendre.

« Cette interprétation n’a aucun fondement », a dit M. Dynovisz. « Le passage du Talmud ne se réfère pas aux non-juifs mais aux idolâtres, mais les chrétiens et les musulmans ne sont pas des idolâtres. C’est intéressé parce que ces rabbins veulent gagner de l’argent avec les propriétaires des centres d’appels. »

Dynowisz est également surpris du jeune âge des personnes qui travaillent dans les centres d’appels.

« L’âge moyen des employés du forex est très jeune, 20 ans, et c’est ce qui a soulevé mes premiers doutes. Je me demandais comment quelqu’un d’aussi jeune pouvait gagner 20 000 shekels (5 000 euros) par mois ou plus. »

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