Les victimes de l’arnaque aux annuaires se feront rembourser – pas par Israël
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Les victimes de l’arnaque aux annuaires se feront rembourser – pas par Israël

La plus grande partie de l'argent volé à des propriétaires de PME françaises s'est envolé vers Israël mais celui-ci n'a pas aidé à l'enquête, ni gelé les comptes des suspects

Photo d'illustration : Un commercial lors d'une arnaque téléphonique (Crédit : lolostock/iStock)
Photo d'illustration : Un commercial lors d'une arnaque téléphonique (Crédit : lolostock/iStock)

Sept ans après que les forces responsables de l’application de la loi, en France, ont commencé à recevoir des plaintes concernant une fraude publicitaire sophistiquée mise en oeuvre depuis les territoires français et israélien, des centaines de victimes de cette escroquerie d’un montant estimé à une valeur de 20 millions d’euros ont appris de la part des autorités françaises qu’ils bénéficieraient d’un remboursement partiel.

Le 20 octobre, par exemple, La Voix du Nord, un journal local français diffusé à Lille et dans sa région, a fait savoir qu’une fleuriste avait été notifiée que deux des arnaqueurs condamnés lui verseraient une somme totale de 14 000 euros. La fleuriste avait été victime de l’escroquerie en 2013.

Les deux cerveaux de cette fraude qui ont été condamnés, Antoine Ilan Frau et Michael Nedjar, des ressortissants israélo-français, ont écopé d’une peine de deux ans de prison ferme et de trois ans avec sursis devant une cour pénale de Paris.

Selon l’article du journal, d’autres membres de ce groupe criminel ayant ourdi la fraude à la publicité sont encore en fuite et ils se trouveraient en Israël. Vingt-sept personnes ont d’ores et déjà été jugées dans ce dossier.

Si certains fonds ont été retrouvés en Lettonie, la majorité des profits engrangés lors de l’arnaque se sont envolés vers Israël et sont restés depuis introuvables. Les responsables de l’application de la loi, au sein de l’Etat juif, n’ont pas aidé à faire avancer l’enquête dans l’affaire et à retrouver l’argent volé, selon le jugement rendu par la France dans le dossier.

L’escroquerie, connue sous le nom « d’arnaque aux annuaires », a impliqué des individus qui, en France, entraient en contact par téléphone ou par courriel avec des propriétaires de PME, leur offrant l’opportunité de présenter une publicité dans un annuaire prestigieux d’affaires ou sur un site internet au référencement élevé sur Google. S’ils acceptaient, ils découvraient rapidement que la somme qu’ils avaient accepté de payer était devenue un versement mensuel, et non unique. Parfois, les commerciaux escrocs disaient à leurs victimes qu’ils avaient déjà souscrit au service mensuel et que cette transaction était irréversible.

Quand un propriétaire de petite entreprise tentait d’annuler ses versements, il était harcelé par mail et par téléphone par des huissiers, des avocats et même la police – qui tous étaient fictifs. Certaines victimes ont fait savoir que les arnaqueurs étaient même entrés en contact avec des membres de leur famille et des voisins au sujet de leur dette « impayée ».

Cette arnaque aux annuaires est l’une des plus anciennes escroqueries mises en oeuvre par un groupe de criminels Juifs tunisiens qui, pour certains d’entre eux, ont également été à l’origine de la fraude à la TVA sur les quotas de carbone, de triste mémoire (en 2008 et en 2009, des groupes multiples d’escrocs ont profité des dispositions fiscales différentes dans les pays européens pour acheter et pour vendre des ‘crédits carbone’, ou la permission d’émettre du dioxyde de carbone. Les fraudeurs achetaient les ‘crédits’ dans des pays sans taxe à la valeur ajoutée et ils les revendaient rapidement en France ou à d’autres Etats assujettis à la TVA. En général, les commerçants ont 90 jours pour remettre la TVA collectée au gouvernement français. Les fraudeurs profitaient de ce délai pour mettre l’argent off-shore à travers une série de sociétés-écrans jusqu’à ce qu’il se volatilise. Le gouvernement français a estimé avoir perdu 1,6 milliards de dollars en TVA non-payée de cette manière et les pertes des pays européens s’élèveraient à un montant allant de 5 milliards à 10 milliards de dollars). Selon le journaliste français Fabrice Arfi, un certain nombre d’immigrants tunisiens, en France, avait déjà commencé à lancer une version de la fraude à la publicité à la fin des années 1980.

Selon le verdict émis le 16 janvier 2018 dans cette affaire criminelle – et dont le Times of Israel a obtenu une copie – il y a eu 3 000 victimes françaises de la dernière arnaque aux annuaires ainsi que 6 980 actes individuels de fraude, avec un total de pertes d’un montant de 20 millions d’euros.

Les victimes étaient propriétaires de petites entreprises, pâtisseries, garages, plomberies ou églises à travers tout le pays. 27 personnes ont été jugées, certaines par contumace. Plusieurs suspects ayant été condamnés étaient des ressortissants franco-israéliens.

« Israël a échoué à coopérer »

Dans le document légal de 200 pages, le verdict dépeint l’image d’autorités israéliennes peu enclines à coopérer avec leurs homologues français.

Antoine Ilan Frau (alias Ilan Frau) et Michael Nedjar, qui habitaient à l’époque tous deux en Israël, sont décrits comme les cerveaux du plan. Les deux hommes ont été arrêtés par la police française à l’aéroport Roissy Charles de Gaulle au mois d’avril 2016 alors qu’il se préparaient à retourner au sein de l’Etat juif au terme d’un voyage d’affaires en France.

Selon le verdict, Frau et Nedjar ont dirigé l’arnaque depuis Israël tout en effectuant de nombreux voyages en France pour y ouvrir des comptes bancaires multiples dans la mesure où les établissements financiers fermaient fréquemment leurs comptes en raison des chèques en bois des victimes de l’escroquerie. Ils ont ouvert quinze entreprises en France dont un grand nombre était nommément dirigé par des citoyens français vivant au sein de l’Etat juif, qui étaient payés en moyenne 3 000 dollars par mois pour servir de prête-nom. Une femme, Karine Nedjar, a servi de secrétaire pour superviser l’arnaque en Israël et deux hommes, Jacky Freoa et Michael Brakha, selon le verdict, récupéraient le courrier aux sièges des entreprises frauduleuses, en France, et déposaient les chèques sur les multiples comptes bancaires des sociétés.

Plus de 15 millions d’euros sur les 20 millions d’euros volés sont partis à l’étranger, selon le verdict, et en particulier en Israël.

Frau et Nedjar ont établi un réseau de sociétés-écrans qu’ils ont utilisé pour ouvrir des comptes bancaires en Lettonie ainsi qu’au Royaume-Uni, à Chypre, en Allemagne, en Roumanie, en Géorgie et en Slovaquie. L’argent étant alors transféré depuis les comptes bancaires français sur ces comptes à l’étranger, les autorités françaises ont envoyé des demandes officielles d’aide judiciaire dans tous ces pays.

Selon le verdict, les autorités lettones ont fait savoir à leurs homologues français que la destination principale de la majorité des revenus de cette fraude, dans les banques du pays, était Israël et que les principaux bénéficiaires étaient des comptes enregistrés aux noms de Michael Boukhobza, d’Ilan Frau, de son père Eugene Frau, de Michael Nedjar, de Jacky Freoa et de Yohann Lugassy.

Mais quand les autorités françaises ont essayé d’en savoir davantage sur ces comptes bancaires, d’avoir l’adresse de leurs bénéficiaires ou d’obtenir le gel des fonds par les banques israéliennes, elles se sont heurtées à un mur, selon le verdict.

« Il n’a pas été possible d’avoir davantage d’informations ou de saisir les fonds », a écrit dans le verdict le panel de trois magistrats français, avec à sa tête la juge Rose-Marie Hunault. « Les autorités israéliennes ne se sont pas acquittées des demandes de coopération judiciaire qui leur avaient été adressées ».

Immigration criminelle

Selon le journaliste Serge Dumont, à la double nationalité belge et israélienne et auteur d’un livre de 650 pages intitulé La criminalité organisée en Israël publié en 2016, il y a entre 80 000 et 90 000 Juifs français qui vivent en Israël. La vaste majorité d’entre eux est respectueuse de la loi.

Mais il y a toutefois une minorité qui a immigré au sein de l’Etat juif pour fuir des poursuites judiciaires en France et pour pouvoir continuer à mener des activités criminelles depuis Israël, qui s’est avéré être jusqu’à présent un asile sûr pour la majorité des cybercriminels qui opèrent depuis le territoire.

Plusieurs centaines d’entreprises appartenant à des franco-israéliens prennent pour cible des francophones de l’étranger pour des escroqueries via une opération de télémarketing ou internet, dont l’arnaque aux annuaires n’est qu’un exemple. Parmi ces fraudes, celles relatives au Forex, au CEO, aux panneaux solaires, aux diamants, aux équipes sportives et aux cryptodevises. Plusieurs milliers d’immigrants français travailleraient dans de telles sociétés.

Le financier français Nadav Bensoussan, à gauche, avec son avocat Jean Marc Fedida alors qu’il quitte la salle d’audience du palais de justice de Paris, en France, après avoir été condamné à deux ans de prison, le 6 juillet 2017 (Crédit : AP Photo/Francois Mori)

Selon le verdict rendu dans le dossier Frau/Nedjar, les escrocs condamnés ont utilisé les services d’une société célèbre, qui a depuis disparu, connue sous le nom de France Offshore pour établir douze des sociétés fictives qu’ils utilisaient pour ouvrir des comptes bancaires hors de France.

Le propriétaire de France Offshore, Nadav Bensoussan, a été condamné en juillet 2017 à deux ans de prison par un tribunal français pour avoir aidé des évadés fiscaux et des escrocs à blanchir de l’argent à travers la banque Rietumu, en Lettonie, pour des sommes représentant des centaines de millions d’euros.

Parmi les autres clients présumés de Bensoussan, Richard, Mike et Fabrice Touil, des Juifs tunisiens qui auraient été impliqués dans l’arnaque massive à la taxe carbone entre 2007 et 2009. Les frères Touil passent actuellement devant les magistrats dans le cadre d’un procès criminel en France.

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