Des start-up israéliennes dévoilent leurs innovations au Blue Tech Summit de Haïfa
De la protection des étangs piscicoles aux capteurs pour nageurs, en passant par l’enfouissement du CO₂, le sommet met en lumière des technologies durables de l’économie bleue
Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

Le troisième Blue Tech Summit IL.25 s’est tenu mardi 16 septembre 2025 à Haïfa, dans le nord d’Israël. Organisé par le Israeli National Center of Blue Economy, il a réuni start-up, chercheurs et investisseurs autour de solutions marines et aquatiques durables. Au programme : protection des étangs piscicoles, technologies d’entraînement pour nageurs et nouvelles méthodes de stockage du CO₂.
Parmi les exposants, Nobify a montré sa technique pour éloigner les oiseaux des étangs piscicoles, une méthode qui semble simple : installer des rangées de tuyaux semblables à ceux utilisés pour l’irrigation goutte à goutte et projeter de l’air comprimé sur tout oiseau qui s’approche.
En réalité, le système repose sur une connaissance approfondie du comportement aviaire, un système de caméras de détection haute résolution localisant les oiseaux en temps réel, l’analyse avancée de données et un dispositif qui envoie de l’air comprimé dans de fins tuyaux noirs suspendus aux tuyaux. Ceux-ci fouettent exactement à l’endroit où se trouvent les oiseaux, les effrayant sans toutefois les toucher.
L’objectif est d’empêcher les oiseaux de manger les poissons, de transmettre des maladies aux bassins piscicoles et de salir les panneaux solaires, réduisant leur rendement énergétique.
Après six années de développement, le système est déjà utilisé dans des étangs du nord-est d’Israël et dans des réservoirs exploités par la compagnie nationale des eaux Mekorot. Il figurait mardi parmi les innovations présentées lors du troisième Blue Tech Summit annuel à Haïfa.
Le PDG Ofir Tessler a expliqué que ses connaissances des risques liés aux oiseaux remontaient à son service militaire dans l’armée de l’air israélienne.
Il a expliqué que le système Nobify était plus résistant, plus efficace et plus durable que les filets, difficiles à déployer et qui piègent souvent les oiseaux.
Basée dans le sud d’Israël, Nobify effectue actuellement son premier tour de table et espère lever 2 millions de dollars.
Un entraîneur de natation virtuel
Également tournée vers l’eau, la société SenpAI développe un entraîneur virtuel pour nageurs, basé sur des capteurs, des algorithmes et une application, afin d’aider professionnels et amateurs à améliorer leur technique et à réduire les blessures.
Déjà brevetée en Israël, aux États-Unis, en Italie et au Royaume-Uni, et en attente d’homologation ailleurs, cette technologie alimentée par l’IA fournit bien plus d’informations que les trackers classiques portés au poignet ou sur le corps, a indiqué la PDG Limor Finish. Comme son directeur technique Effi Pinhasov, Finish a travaillé pendant vingt ans dans l’industrie de la défense israélienne.
Les capteurs, de la taille de piles d’appareils auditifs, analysent le style de nage et fournissent des retours sur l’angle du corps, la vitesse, l’accélération ou encore la prévention des blessures. L’application propose une version animée de l’utilisateur en train de nager, accompagnée de conseils personnalisés.
Encore en phase de développement, une version filaire des capteurs a déjà été testée avec succès sur une nageuse, Keren Ayzbruch. La version finale sera sans fil.
Autofinancé jusqu’ici, le projet cherche un premier financement. Le nom SenpAI, souligne Finish, signifie « enseignant » en japonais.
Enterrer le CO₂
La start-up Rewind explore des moyens d’enfouir la biomasse (bois et autres matières organiques) pour empêcher le dioxyde de carbone absorbé par les plantes lors de leur croissance de s’échapper dans l’atmosphère lorsqu’elles meurent et se décomposent.
L’entreprise s’est fait connaître pour ses expériences visant à enfouir la biomasse végétale dans les profondeurs de la mer Noire, où l’absence d’oxygène permet sa conservation pendant des millénaires.
Mais, en raison de la lenteur et de la prudence des avancées dans ce domaine, l’entreprise s’oriente désormais vers des solutions terrestres pour l’enfouissement de la biomasse.
Depuis mai, elle collabore avec une mine de charbon en Géorgie pour enfouir de la sciure et d’autres déchets de scieries dans des galeries souterraines vidées de leur charbon. La mine devait de toute façon remblayer ces cavités pour éviter leur effondrement et dispose déjà des autorisations nécessaires.
La sciure est mélangée à de la boue et de l’eau pour former une pâte visqueuse, injectée ensuite dans les cavités, comme pour « rembobiner » le processus qui a transformé les végétaux en charbon au fil des millions d’années.
La société passe de la phase pilote à la phase commerciale et cherche des partenaires miniers dans le monde entier, a indiqué son PDG Ram Amar, militant de longue date pour le climat et membre du conseil d’administration du Fonds israélien pour l’action climatique, qui réunit des philanthropes pour financer des projets de réduction des émissions de carbone.
« Aujourd’hui, nous pouvons enfouir environ 1 000 tonnes par mois, mais nous visons 100 000 tonnes par an d’ici 2027 », a déclaré Amar.
Le financement pour charger et transporter la sciure, créer la boue, l’injecter dans le sol et générer des profits proviendra des crédits carbone.
Aujourd’hui, le cadre de leur quête de neutralité carbone, de nombreuses entreprises investissent déjà dans de projets environnementaux, tels que le reboisement, pour compenser ou atténuer les émissions de carbone générées par leurs activités.







