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Deux Israéliennes et Maggie Gyllenhaal adaptent un roman majeur d’Elena Ferrante

Talia Kleinhendler et Osnat Handelsman-Keren ont transformé l'actrice juive en réalisatrice et le roman Poupée Volée en long-métrage

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Olivia livia Colman dans le rôle de Leda dans 'The Lost Daughter', un film réalisé par Maggie Gyllenhaal et produit par deux Israéliennes, Talia Kleinhendler et Osnat Handelsman-Keren, de Pie Films. (Autorisation : Netflix)
Olivia livia Colman dans le rôle de Leda dans 'The Lost Daughter', un film réalisé par Maggie Gyllenhaal et produit par deux Israéliennes, Talia Kleinhendler et Osnat Handelsman-Keren, de Pie Films. (Autorisation : Netflix)

Il a fallu deux productrices israéliennes et une actrice, Maggie Gyllanhaal, en tant que réalisatrice et scénariste – sans oublier un casting fabuleux – pour adapter Poupée Volée, un roman écrit par l’Italienne Elena Ferrante et pour transformer ce récit évoluant autour d’une histoire compliquée de maternité en film à la fois captivant et dérangeant.

Le film est actuellement projeté dans les salles en Israël et il sera à découvrir sur Netflix en date du 31 décembre.

La merveilleuse Olivia Colman — la même qui interprétait la reine Elizabeth à la cinquantaine dans « The Queen », entre autres – est Leda, une professeure d’anglais en vacances en Grèce et qui apprécie à sa juste valeur sa liberté pendant un voyage de travail.

Ce séjour paisible est perturbé par l’arrivée d’un clan grec bruyant et intimidant arrivant du Queens. Malgré son agacement manifeste, Leda s’intéresse avec curiosité à certains de ses membres et particulièrement à Nina (Dakota Johnson, tout feu tout flamme), une mère sexy mais attentive d’une vingtaine d’années allongée sur une chaise longue alors que sa petite fille joue à proximité.

Maggie Gyllenhaal réalise ‘The Lost Daughter,’ un film produit par Talia Kleinhendler et par Osnat Handelsman-Keren de Pie Films (Autorisation : PR)

Les moments passés par Nina auprès de sa fillette ramènent Leda dans le passé lorsque, devenue mère à un âge précoce (elle est alors interprétée par – l’excellente – Jessie Buckley), elle luttait pour tenter de trouver l’équilibre entre les demandes de deux jeunes enfants et ses rêves et ses ambitions universitaires.

Le film prend des directions inattendues, Leda se trouvant mêlée de plus près à Nina et à sa famille, et il nous emmène sur le chemin précaire, compliqué, qu’avait connu l’héroïne quand elle était une jeune mère.

Pas facile de transformer le roman écrit par Ferrante en 2006 en long-métrage – mais c’était le défi que s’étaient néanmoins fixées Gyllanhaal ainsi que les productrices Talia Kleinhendler et Osnat Handelsman-Keren, de Pie Films.

Les trois femmes s’étaient rencontrées lorsqu’elles travaillaient sur « The Kindergarten Teacher, » film lauréat qui avait été écrit par le réalisateur israélien Nadav Lapid et que Kleinhandler avait alors voulu réadapter dans le décor de New York avec Gyllanhaal dans le premier rôle – ce que l’actrice avait rapidement accepté.

Dakota Johnson dans le rôle de Nina dans ‘The Lost Daughter,’ un film réalisé par Maggie Gyllenhaal et produit par les Israéliennes Talia Kleinhendler et Osnat Handelsman-Keren de Pie Films. (Autorisation : NETFLIX)

« Si nous n’avions pas rencontré Maggie dans ‘The Kindergarten Teacher’ et si nous n’avions pas eu un lien aussi fort, ce ne serait pas arrivé », s’exclame Kleinhandler, née aux États-Unis. « Nous avons rencontré une personnalité dans laquelle nous avons cru et c’est ce lien qui a permis de donner naissance à ce film ».

Lors d’un déjeuner, les deux productrices avaient demandé à Gyllanhaal si elle avait jamais réfléchi à réaliser un film.

En réponse, l’actrice s’était rendue dans une librairie locale de Greenwich Village et elle leur avait acheté I giorni dell’abbandono – traduit en anglais sous le nom de Days of Abandonment. Cela avait été le premier livre que les productrices avaient lu de l’autrice.

Après avoir adoré le roman, il avait fallu du temps pour retrouver l’éditeur italien. Ce dernier avait été enthousiaste, mais pas au sujet de Days of Abandonment, dont les droits d’adaptation étaient compliqués. Il avait recommandé à ses interlocutrices de lire The Lost Daughter, un livre précédent – et moins connu – de Ferrante considéré comme la base de tout son travail ultérieur d’écriture.

« On a adoré », explique Handelsman-Keren. « On a toutes eu le sentiment que c’était un bon livre à adapter, avec ce genre de vérité sur l’expérience des femmes apporté par Ferrante et qui est très présent dans ‘The Lost Daughter’. »

Ceci dit, l’ouvrage n’a pas été aisé à adapter, continue Handelsman-Keren.

« C’est une partie du génie de Maggie en tant que scénariste d’être parvenue à en faire un script si émouvant, et d’avoir vraiment réussi à construire là-dessus », ajoute Handelsman-Keren.

Un avis qui, selon elle, a été partagé par de nombreux acteurs de premier plan – Colman a immédiatement signé pour le film, suivie par Johnson et le reste du casting. Colman et Johnson ont toutes les deux évoqué leur désir de se rendre en Israël – « Elles crèvent d’envie de venir », dit Handelsman-Keren.

Jessie Buckley (Leda jeune) dans ‘The Lost Daughter’, un film réalisé par Maggie Gyllenhaal et produit par deux Israéliennes, Talia Kleinhendler et Osnat Handelsman-Keren, de Pie Films. (Autorisation : Netflix)

Pour les deux productrices dont les films comprennent « Synonymes » de Lapid, « Le Genou d’Ahed » ainsi que « Bethléem » ou « The Women’s Balcony, » « The Lost Daughter » est un film de plus dans leur liste croissante de réalisations anglophones – ce qui nécessite de développer les idées « en partant de zéro », note Kleinhandler, plutôt que de se laisser séduire et guider totalement par l’idée d’un scénariste ou d’un réalisateur, ce qui a tendance à être la manière israélienne de réaliser des films.

« C’est notre nature de travailler de manière très prenante et on tente de réaliser des projets qui nous tiennent à cœur », explique-t-elle. « On veut s’assurer qu’on fera partie du processus créatif et qu’on aidera chaque film à devenir ce qu’on adorerait qu’il soit ».

Elles se passionnent pour les projets qu’elles entreprennent, dit Handelsman-Keren – et elles partagent en général les mêmes goûts.

Une passion qui peut entraîner parfois de longs délais pour certains films, comme leur nouveau projet sous forme de trio féminin « My Happy Ending » avec en tête d’affiche Andie MacDowell, – une série basée sur une pièce israélienne d’Anat Gov, Sof Tov – et plus récemment « Maid » sur Netflix avec la fille d’Andie MacDowell, Margaret Qualley.

Andie Macdowell et Margaret Qualley (d) (Crédit : capture d’écran YouTube)

L’icône MacDowell joue une star de Hollywood qui se retrouve dans la chambre d’un hôpital britannique en compagnie de trois autres femmes dans ce long-métrage réalisé par un duo israélien, Sharon Maymon et Tal Granit.

Il a fallu huit ans pour mener le projet à son terme, explique Handelsman-Keren, les productrices ayant pris la décision de transformer la pièce en film anglophone avec deux réalisateurs israéliens à la barre.

« J’aime me dire que ce que nous pouvons apporter, c’est beaucoup d’expérience en termes de production acquise dans différents projets qui ont été difficiles à démarrer », déclare Kleinhandler. « D’une certaine manière, nous avions été préparées par la façon dont on fait des films en Israël. Nous offrons un soutien qui est favorable à la création et nous construisons toujours les choses sur la base des relations humaines ».

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