Duda ne verra pas Katz en raison de ses propos sur l’antisémitisme
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Duda ne verra pas Katz en raison de ses propos sur l’antisémitisme

Le ministre israélien des Affaires étrangères avait déclaré que les Polonais "tètent l'antisémitisme avec le lait de leur mère"

Le président polonais, Andrzej Duda, s'exprime lors de la 74e session de l'Assemblée générale des Nations unies le 24 septembre 2019, au siège de l'ONU à New York City. (Don Emmert / AFP)
Le président polonais, Andrzej Duda, s'exprime lors de la 74e session de l'Assemblée générale des Nations unies le 24 septembre 2019, au siège de l'ONU à New York City. (Don Emmert / AFP)

Le président polonais Andrzej Duda a fait savoir lundi qu’il refusera de rencontrer le ministre israélien des Affaires étrangères, Israel Katz, en raison de sa remarque, au début de l’année, selon laquelle les Polonais « tètent l’antisémitisme avec le lait de leur mère », ce dont Katz ne s’est pas excusé, malgré les demandes répétées de Varsovie.

« Il y a des Juifs qui sont nés en Pologne avant la Seconde Guerre mondiale et qui ont survécu à la Shoah qui pensent que les Polonais et la Pologne méritent des excuses pour les paroles prononcées par le ministre Katz », a déclaré M. Duda lors d’une interview accordée à la chaîne publique israélienne Kan.

« Je considère que ces paroles sont très offensantes pour nous, Polonais, et pour notre pays », a-t-il déploré.

Le chef de l’État polonais, qui s’est désisté de l’événement de cette semaine à Jérusalem marquant les 75 ans de la libération d’Auschwitz après que les organisateurs ont invité d’autres dirigeants du monde à prendre la parole, mais pas lui, a soutenu que la principale commémoration de cette année se tiendra non pas à Yad Vashem, mais sur le site de l’ancien camp nazi, situé en Pologne.

A LIRE : Les Juifs de Pologne soutiennent Duda qui n’ira pas au Forum sur la Shoah

« Je pense, et j’ai toujours pensé, que ces événements marquant la Journée internationale de commémoration de la Shoah doivent avoir lieu à Auschwitz, et c’est là qu’il est le plus important d’honorer et de commémorer les victimes de la Shoah », a-t-il ajouté.

« C’est pourquoi cette année, à l’occasion du 75e anniversaire de la libération du camp, ces manifestations internationales – auxquelles participera d’ailleurs le président israélien Reuven Rivlin – se dérouleront à l’intérieur du camp d’Auschwitz-Birkenau ».

Varsovie craint par ailleurs que M. Poutine, qui doit prononcer deux discours en Israël, n’accuse à nouveau la Pologne d’antisémitisme. Et qu’il ne fasse la promotion de sa « politique historique » consistant à faire l’éloge de l’URSS, en faisant oublier son pacte de 1939 avec l’Allemagne nazie.

Le président russe Vladimir Poutine participe à une rencontre des chefs de la Communauté des Etats indépendants CEI à Ashgabat, Turkémistan, le 11 octobre 2019.
(Alexey DRUZHININ / SPUTNIK / AFP)

Un responsable israélien, s’exprimant lundi à Jérusalem sous le couvert de l’anonymat, a paru admettre cette possibilité. « En tant que pays hôte, nous ne censurons personne », a-t-il déclaré à l’AFP. Mais, a-t-il ajouté, « Israël ne veut pas être impliqué dans un différend entre la Pologne et la Russie ».

La semaine précédente, le quotidien de gauche Haaretz avait estimé que cette neutralité désirée n’apparaissait pas évidente. « La décision de laisser parler Poutine, mais non Duda, pourrait être perçue (…) comme un soutien tacite au récit biaisé de Poutine sur le partage de la Pologne au début de la Seconde Guerre mondiale et sur le blanchiment de la poignée de main entre l’URSS et Hitler ».

Milliardaire proche du Kremlin

M. Poutine a récemment soulevé l’indignation en Pologne en accusant le pays de collusion avec Hitler et d’antisémitisme, voire d’avoir contribué au déclenchement du conflit mondial. Et son but est de « brouiller la Pologne avec Israël et par conséquent avec les Etats-Unis », pense l’analyste polonais Marcin Zaborowski.

Le forum à l’Institut Yad Vashem de Jérusalem est organisé et parrainé notamment par Viatcheslav Moshé Kantor, un milliardaire proche du Kremlin, un des leaders de la communauté juive russe et chef de quelques organisations juives internationales, dont le Congrès juif européen.

« Poutine se fait ami d’Israël et des Juifs russes d’Israël, souvent influents, comme Avigdor Liberman (chef du parti nationaliste laïc Yisrael Beytenu ndlr). Si les relations polono-juives se détériorent, les Etats-Unis seront du côté d’Israël », prédit M. Zaborowski, ancien directeur de l’Institut polonais des Affaires internationales (PISM).

« En Israël, la Pologne n’est pas perçue comme une victime » d’Hitler, explique-t-il, et « les sentiments anti-polonais sont toujours forts ». Cela en dépit des concessions de Varsovie pour mettre fin à une crise en 2018: à l’époque, une loi polonaise avait été perçue en Israël comme visant à empêcher les Juifs d’évoquer des crimes de la Pologne à leur égard.

Triangle Moscou-Jérusalem-Varsovie

La Pologne est le pays sur le territoire occupé duquel a eu lieu l’extermination des Juifs au bilan le plus lourd. Sur les six millions de citoyens qu’elle a perdus lors de la Seconde Guerre mondiale, trois millions étaient juifs.

Du côté israélien du triangle Moscou-Jérusalem-Varsovie, « on préfère Poutine à Duda », dit le commentateur polonais Konstanty Gebert dans le quotidien Fakt.

Il l’explique notamment par le besoin du Premier ministre Benjamin Netanyahu de gagner, en vue des élections législatives du 2 mars, la sympathie des nombreux Israéliens qui ont émigré depuis l’URSS et de convaincre Poutine de libérer l’Israélo-américaine Naama Issachar.

Le lundi 27 janvier à Auschwitz, les Etats-Unis doivent être représentés par le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin, la France par le Premier ministre Edouard Philippe et l’Allemagne par le président Frank-Walter Steinmeier. Israël prévoit d’envoyer le président Reuven Rivlin, et la Russie son ambassadeur à Varsovie, Sergueï Andreïev.

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