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Eisenkot critique les implantations, en porte-à-faux avec le flanc droit de son parti

L’ex-chef de Tsahal s’est publiquement réjoui du démantèlement de l’avant-poste illégal de Homesh, affirmant que les députés d’extrême droite menaient Israël au "désastre"

L'ancien chef d'état-major de Tsahal, Gadi Eisenkot, s'exprimant lors d'une conférence à l'université Reichman de Herzliya, le 17 mai 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90) 
L'ancien chef d'état-major de Tsahal, Gadi Eisenkot, s'exprimant lors d'une conférence à l'université Reichman de Herzliya, le 17 mai 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90) 

L’ex-chef d’état-major de Tsahal, Gadi Eisenkot, numéro trois du nouveau parti de centre-droit HaMahane HaMamlahti, a déclaré mercredi que les militants et sympathisants des implantations, promoteurs de constructions « partout » en Cisjordanie, qu’ils conduisaient Israël au  « désastre ».

Ces propos, tenus lors du premier événement officiel de HaMahane HaMamlahti à Metula, dans le nord du pays, le mettent en porte-à-faux avec plusieurs membres importants de la coalition – dont le n° 2, Gideon Saar et le n° 7 Zeev Elkin – fervents partisans du mouvement des implantations et de l’annexion de grandes parties de la Cisjordanie.

C’est également l’une des toutes premières fois qu’Eisenkot s’exprime sur cette question depuis son entrée en politique le mois dernier. Cette franchise pourrait s’expliquer par le fait que l’événement n’était pas ouvert à la presse. Toutefois, le quotidien Israel Hayom a obtenu un enregistrement de son allocution.

« Les gens qui ne comprennent pas… [nous] conduisent tout droit vers un État binational », a indiqué Eisenkot, rejoignant la longue liste d’anciens généraux israéliens qui mettent en garde contre l’expansion illimitée des implantations et le contrôle sur des millions de Palestiniens, qui, selon eux, menacent la capacité d’Israël à rester un État majoritairement juif et démocratique.

Il a ajouté que les députés d’extrême droite de HaTzionout HaDatit, Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich, et « certains membres du Likud » dirigé par Benjamin Netanyahu, étaient responsables de la direction prise par Israël.

Eisenkot, qui a été chef militaire de 2015 à 2019 sous des gouvernements Netanyahu, a expliqué que certains de ces députés ne croyaient pas vraiment en l’expansion des implantations, mais que « la réalité politique les amenait à avoir des opinions contraires aux intérêts de l’État d’Israël ».

Il s’en est pris spécifiquement à Ben Gvir, auquel il reproche de radicaliser la jeunesse israélienne en offrant des réponses simplistes et populistes aux questions de sécurité nationale. Il a déploré que des individus comme lui, qui ont consacré des dizaines d’années à la sécurité de l’État, soient moins écoutés par les jeunes que des personnes comme Ben Gvir, « qui passent leur vie dans les studios de télévision … et utilisent les réseaux sociaux » pour promouvoir des positions extrémistes. « Pour moi, c’est clairement un problème », a déploré Eisenkot.

Le président de Tikva Hadasha, Gideon Saar (à gauche) et le ministre du Logement, Zeev Elkin, discutent lors d’une réunion de parti à la Knesset le 20 juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dans des propos qui le mettent en porte-à-faux au sein de l’alliance avec le parti Tikva Hadasha de Saar, Eisenkot a exprimé son opposition à l’annulation de la loi de désengagement de 2005, qui interdit aux Israéliens de retourner dans les quatre implantations qu’il a accepté de démanteler, aux côtés de 22 autres implantations dans la bande de Gaza.

Saar et Elkin ont tous deux exprimé leur soutien à l’annulation de cette loi et Saar a même précisé cette année encore que si elle était mise sur la table par le gouvernement, il voterait contre le démantèlement d’un avant-poste illégal établi sur le terrain de Homesh, évacué en 2005.

Dans l’esprit d’Eisenkot, ne pas démanteler la yeshiva illégale – que le gouvernement actuel a laissée à Homesh après l’avoir rasée des dizaines de fois au cours des 15 dernières années – est une violation de la loi israélienne.

Le co-fondateur de HaMahane HaMamlahti, le ministre de la Défense Benny Gantz, s’était lui-même déclaré favorable à la démolition de la yeshiva Homesh, mais des membres de l’aile droite de la coalition sont parvenus à empêcher sa destruction, suite à une fusillade terroriste qui a tué l’un de ses étudiants en 2021.

Le chef du parti Sionisme religieux, Bezalel Smotrich, vote aux Primaires du parti dans un bureau de Jérusalem, le 23 août 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Eisenkot a regretté l’instrumentalisation de Homesh, rappelant que la décision de démolir ou non la yeshiva incombait aux militaires, et non aux membres du gouvernement.

Il a ajouté que sa position était conforme au programme de HaMahane HaMamlahti, qui appelle à « l’application de la loi » en Israël et en Cisjordanie.

L’ex-chef d’état-major de Tsahal s’est qualifié d’ « expert de la question palestinienne », se déclarant favorable à l’achèvement et à la fermeture de la barrière de sécurité en Cisjordanie, à la création d’hôpitaux et de zones d’activités industrielles en Cisjordanie pour le développement économique et l’indépendance énergétique des Palestiniens.

Smotrich, chef du parti d’extrême droite HaTzionout HaDatit, a critiqué les propos d’Eisenkot, affirmant que l’ancien chef de Tsahal avait des opinions politiques de gauche, même s’il faisait partie d’une faction de centre-droit.

« S’il fait tout comme la gauche et ses charlatans, c’est qu’il est de gauche (même si Gantz et Eisenkot donnent à leurs [idées de] gauche des allures religieuses ou de droite pour mieux tromper les électeurs de droite et leur voler leurs suffrages) », a écrit Smotrich sur Twitter.

Yossi Dagan, chef du Conseil régional de Samarie, a déclaré dans un communiqué qu’Eisenkot était le « nouveau porte-parole de La Paix Maintenant », évoquant l’ONG de gauche. « Cette envie de déraciner les implantations est en train de tourner à l’obsession », a déclaré Dagan. « À l’exception de l’extrême gauche, tout le monde dans ce pays a compris depuis longtemps que seules les implantations étaient gages de sécurité et empêchaient les attentats terroristes », a-t-il conclu.

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