En Israël, le diplomate en chef irlandais prêt à « repenser » le processus de paix
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En Israël, le diplomate en chef irlandais prêt à « repenser » le processus de paix

Mais Simon Coveney a insisté sur la solution à deux États et indiqué que Dublin a "effectivement bloqué" le projet de loi qui pénaliserait l'importation de biens des implantations

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le ministre irlandais des Affaires étrangères Simon Coveney, (à gauche), rencontre le Premier ministre Netanyahu au cabinet du Premier ministre à Jérusalem, le 2 décembre 2019. (Koby Gideon/GPO)
Le ministre irlandais des Affaires étrangères Simon Coveney, (à gauche), rencontre le Premier ministre Netanyahu au cabinet du Premier ministre à Jérusalem, le 2 décembre 2019. (Koby Gideon/GPO)

Le ministre irlandais des Affaires étrangères s’est déclaré mardi favorable à une « nouvelle réflexion » sur la paix israélo-palestinienne, reconnaissant que les réalités sur le terrain ont changé depuis les accords d’Oslo au milieu des années 1990.

Dans le même temps, Simon Coveney, qui visite la région pour la quatrième fois depuis qu’il est devenu ministre des Affaires étrangères en 2017, a souligné que son gouvernement continue d’appeler au progrès dans le processus de paix et qu’il voit une solution à deux États comme la seule issue possible.

Dans une interview accordée à la chaîne publique Kan, M. Coveney a réitéré l’opposition de Dublin à un projet de loi qui criminaliserait l’importation de produits des implantations en Irlande, affirmant que son gouvernement avait « effectivement empêché » la proposition de se réaliser.

« Nous continuerons à préconiser, effectivement, une nouvelle façon de penser, car je pense que la solution aujourd’hui n’est probablement pas la même que celle d’il y a 20 ans. Beaucoup de choses se sont passées pendant cette période », a déclaré M. Coveney, en réponse à la question de savoir si de nouvelles idées étaient nécessaires étant donné l’impasse dans laquelle se trouve le processus de paix.

« Mais il doit s’agir d’une solution négociée, par opposition à une solution imposée aux Palestiniens parce qu’ils sont dans une position de négociation plus faible, peut-être, qu’Israël », a-t-il ajouté.

Les Palestiniens continuent d’aspirer à leur propre État et aucun accord de paix ne durera « à moins qu’il n’implique deux États qui fonctionnent et vivent côte à côte ».

L’obtention d’un tel résultat, dont il a reconnu qu’il faudra tenir compte des préoccupations israéliennes en matière de sécurité, nécessitera de longues négociations.

Dans une subtile allusion à l’administration américaine, qui a adopté une position clairement pro-israélienne qui lui vaut le boycott de l’Autorité palestinienne, il a appelé à un processus dans lequel les deux parties se sentent partenaires égaux, « par opposition aux personnes qui décident de ce qui est bon pour les Palestiniens et le leur présentent ensuite. Je ne crois pas que c’est ainsi que l’on parvienne à mener à bien un processus de paix », a-t-il ajouté.

« Israël est une superpuissance dans la région. Il bénéficie d’un immense soutien des États-Unis en particulier, mais aussi de nombreux autres amis dans le monde entier », a-t-il décrit. « Les Palestiniens sont dans une situation beaucoup, beaucoup plus faible en termes de pauvreté, de marginalisation, Gaza étant coupée du reste du monde. Pas entièrement, mais certainement dans une large mesure. »

La sénatrice Frances Black lors d’une discussion au Sénat irlandais sur son projet de loi visant à interdire les produits des implantations, le 28 novembre 2018. (Capture d’écran du Sénat irlandais)

Dans l’interview, M. Coveney a fait savoir que son gouvernement avait enterré le projet de loi sur les implantations, présenté par la députée indépendante Frances Black, qui qualifie d’infraction « l’importation ou la tentative d’importation par une personne de biens en provenance des implantations ».

Le projet de loi, qui a déjà été adopté par la chambre haute du Parlement irlandais et qui est passé à la chambre basse, prévoit également des peines d’emprisonnement de cinq ans pour les personnes qui « aident une autre personne à importer ou à tenter d’importer des biens des implantations ».

« Nous ne pensons pas qu’elle soit juridiquement valable parce que les questions commerciales relèvent de la compétence de l’UE plutôt que de la compétence nationale en Irlande. Et parce que nous ne pensons pas qu’il s’agisse d’un projet de loi juridiquement valable, nous avons effectivement empêché le projet de loi d’être adopté par le Parlement comme il aurait dû l’être », a expliqué M. Coveney.

« Le projet est littéralement gelé et ne progresse pas. Je ne m’attends pas à ce qu’il progresse, à moins que le gouvernement ne l’appuie, et ce n’est pas le cas ».

En parallèle, le chef de la diplomatie irlandaise a défendu la démarche de Mme Black comme un « reflet de la frustration » face à l’enlisement du processus de paix. « Ce n’est pas anti-Israël. Elle tente de sensibiliser l’opinion et d’accroître la visibilité du processus de paix au Moyen-Orient en raison de l’absence de progrès que nous avons pu constater », a-t-il expliqué.

En juillet, la sénatrice Black a déclaré qu’elle travaillait avec ses collègues pour « faire en sorte que le gouvernement ne puisse pas utiliser une règle technique connue sous le nom de ‘message d’argent’ pour bloquer le projet de loi pour des raisons de coûts » et a exprimé l’espoir qu’il serait finalement promulgué.

Le ministre irlandais a rencontré lundi soir le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Mardi, il doit se rendre à Ramallah pour s’entretenir avec le président de l’AP, Mahmoud Abbas, et d’autres hauts fonctionnaires.

« Je saisirai cette occasion pour discuter de la manière dont l’Irlande peut soutenir les efforts en faveur d’une solution durable du conflit à deux États et pour exprimer clairement et fermement les préoccupations de l’Irlande concernant l’impact de l’occupation, notamment en ce qui concerne les activités de colonisation et le blocus de Gaza », a-t-il déclaré lundi, avant son arrivée en Israël.

Un bref résumé de sa rencontre avec M. Netanyahu fourni par le Bureau du Premier ministre a indiqué que les deux « ont discuté des questions régionales et des menaces pour l’État d’Israël, en particulier la menace iranienne, et des récents développements concernant la bande de Gaza ».

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