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En Israël, les bâtiments sont exposés à un risque sismique très élevé

600 000 maisons et de nombreux autres bâtiments ne seraient pas résistants aux tremblements de terre, les experts préconisent des mesures plus vastes - et vite

Sharon Wrobel est journaliste spécialisée dans l'immobilier pour le Times of Israel.

Un bâtiment ayant fait l'objet d'une rénovation et d'une extension par le biais de TAMA 38 à côté d'un bâtiment qui ne l'a pas été. (Crédit : Capture d'écran/YouTube)
Un bâtiment ayant fait l'objet d'une rénovation et d'une extension par le biais de TAMA 38 à côté d'un bâtiment qui ne l'a pas été. (Crédit : Capture d'écran/YouTube)

Cela fait des années que les experts avertissent qu’un important tremblement de terre centré sur Israël endommagerait des centaines de milliers de maisons dans le pays, en dépit du fait qu’un programme visant à renforcer les bâtiments résidentiels pour les rendre parasismiques est en place depuis 2005.

C’est en effet à cette date que le plan TAMA 38 est entré en vigueur. Il visait à créer un cadre dans lequel la résistance aux tremblements de terre serait confiée au secteur privé. En contrepartie du renforcement des immeubles d’habitation plus anciens et de la rénovation des appartements existants, les promoteurs recevraient des droits de construction supplémentaires précieux, ainsi que des exonérations fiscales, censés les inciter à investir.

La norme de construction parasismique – connue sous le nom de norme 413 – est obligatoire depuis 1980. Il est très peu probable que la majorité des bâtiments construits avant cette date aient été construits de manière à résister à un tremblement de terre, les bâtiments les plus élevés étant plus vulnérables aux chocs. TAMA 38 a donc été désigné pour les bâtiments de plus de deux étages et construits avant 1980, sans toutefois viser des régions géographiques particulières.

La zone la plus vulnérable en Israël se situe le long du rift syro-africain, qui traverse la vallée du Jourdain et descend le long de la partie orientale du pays. Les principales agglomérations à risque sont Tibériade, Beit Shean, Safed, Kiryat Shmona et Hatzor HaGlilit, qui comptent toutes un grand nombre de bâtiments construits avant 1980.

Et malgré cela, la grande majorité des projets TAMA 38 ont été réalisés à Tel Aviv et dans ses environs, ainsi qu’à Jérusalem, où l’ajout de penthouse s’est avéré très lucratif. Les villes où les besoins en renforcement parasismique étaient les plus importants ont été négligées, car la valeur des biens immobiliers n’y était pas assez élevée pour que les droits de construction supplémentaires attirent les promoteurs.

Il faut en outre compter entre trois et cinq ans pour qu’un projet individuel TAMA 38 soit approuvé, et la demande même d’approbation requiert la signature de la majorité des résidents des immeubles existants, une exigence qui finit par être un frein à la démarche TAMA 38.

Reconnaissant les déficiences de la réglementation TAMA 38, de nombreuses modifications y ont été apportées au fil des ans – dont l’autorisation de démolir et de reconstruire des immeubles d’habitation individuels. Ces dispositions devaient prendre fin à l’automne 2022, mais aucun remplacement n’étant en vue, elles ont été prolongées d’un an.

Selon des informations publiées le mois dernier, près d’un million de maisons en Israël risqueraient de s’effondrer si un tremblement de terre suffisamment puissant frappait le pays. Le contrôleur d’État estime ce nombre à 600 000. Près de la moitié des bâtiments de Tibériade ne seraient pas résistants aux tremblements de terre, et des secousses beaucoup plus faibles le mois dernier ont provoqué des fissures à une soixantaine d’endroits, selon les habitants.

Fissures apparues dans un bâtiment de Tibériade à la suite d’un tremblement de terre, entraînant l’évacuation des résidents, le 23 janvier 2022. (Crédit : Capture d’écran/Twitter)

Raul Srugo, président de la Israeli Builders Association, a déclaré au Times of Israel lundi : « La seule façon de se préparer est de supprimer les barrières qui empêchent le renouvellement urbain en général et dans la périphérie en particulier. Nous avons présenté au dernier gouvernement un plan qui faciliterait cette démarche, prévoyant notamment des avantages fiscaux, une simplification de la bureaucratie et un soutien de l’État à la budgétisation des infrastructures. Le gouvernement précédent avait décidé de supprimer le programme TAMA 38, qui est aujourd’hui la meilleure option pour appliquer à grande échelle les mesures de protection antisismique des habitations. TAMA 38 doit être prolongé, parallèlement à la mise en œuvre de nos propositions. »

ָָָUn panneau déclare la destruction et un projet de construction à venir dans le quartier Gonen de Jérusalem, janvier 2020. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Mais TAMA 38 ne prévoit rien pour résoudre les problèmes liés aux bâtiments non résidentiels, dont beaucoup ont été construits avant 1980, et parmi lesquels on compte un grand nombre d’écoles et d’hôpitaux.

En 2018, il avait été prévu de consacrer 5 milliards de shekels entre 2019 et 2030 au renforcement des bâtiments pour qu’ils résistent aux tremblements de terre. À ce jour, seuls 7 millions de shekels ont été alloués pour des projets dans la région nord du pays.

Interrogé sur la résistance aux séismes des bâtiments utilisés à des fins éducatives, le ministère de l’Éducation a déclaré au Times of Israel lundi que des plans sont en place pour des mises à niveau progressives au cours des 12 prochaines années, qui seront financées par un budget spécialement alloué. Le programme ne cible pas les zones les plus à risque, mais un processus visant à remédier aux problèmes est en cours dans environ 1 100 des 1 600 bâtiments construits avant 1980.

Le ministère de la Santé a déclaré lundi que les bâtiments construits après 1980 étaient résistants aux tremblements de terre, une décision de 2018 prévoyant qu’une somme annuelle de 18 millions de shekels serait consacrée à des renforcements supplémentaires.

La priorité a été donnée aux hôpitaux proches du rift africain syrien, parmi lesquels l’hôpital Ziv de Safed (nord) et les hôpitaux Rambam et Bnei Zion de Haïfa. Le fonds de santé Clalit a financé les travaux de renforcement de l’hôpital Yoseftal à Eilat, à la pointe sud d’Israël.

Selon un porte-parole du ministère, les hôpitaux se préparent en permanence aux tremblements de terre par le biais de directives, d’exercices et de la disponibilité d’équipements tels que les téléphones satellites.

La protection contre les tremblements de terre peut être réalisée de plusieurs manières. Toutefois, le béton non armé traditionnel, autrefois très utilisé dans la construction israélienne, expose les bâtiments à des risques.

Le béton armé, le bois et l’acier, ainsi que de nouveaux matériaux en cours de développement, permettent au contraire à un bâtiment de réagir aux ondes horizontales qui le frappent lors d’un tremblement de terre. Au lieu de s’effondrer sous la pression de l’activité sismique, un bâtiment antisismique a la capacité de vibrer sans s’effondrer.

Vue d’ensemble du projet « Between the cities », un gratte-ciel de 100 étages à Tel Aviv, construit en acier (Crédit : Autorisation/Miloslavsky Architects)

Une option populaire pour le renforcement antisismique est l’utilisation d’amortisseurs de chocs. Il peut s’agir de simples blocs de caoutchouc, d’une épaisseur de 30 à 50 centimètres, placés sous la charpente du bâtiment et qui font partie des fondations. Un bâtiment entier peut également être construit sur une base de blocs d’acier, de caoutchouc et de plomb, qui se déplacent lors d’un tremblement de terre tout en garantissant la stabilité du bâtiment.

Lors de la construction d’un gratte-ciel, les ingénieurs déploient une technique connue sous le nom de « puissance du pendule ». Une grosse boule est suspendue à des câbles en acier qui sont reliés à un système hydraulique situé au sommet du bâtiment. Si le bâtiment tangue, la boule agit comme un pendule et se déplace dans la direction opposée pour le stabiliser. Certains utilisent également des contreforts en acier dans les murs, afin de contrebalancer la pression.

La technologie est utilisée pour développer des composants qui conserveront leur forme sous la pression. Un film plastique renforcé par des fibres peut ajouter 38 % de résistance supplémentaire lorsqu’il est enroulé autour des colonnes. La start-up Seevix, basée à Jérusalem, fabrique un matériau bio-polymère à base de soie d’araignée, exceptionnellement solide et flexible, tandis que d’autres travaillent sur des fibres de moules et de bambou.

Illustration du biopolymère Seevix, semblable à une éponge, qui imite les propriétés de la soie d’araignée (Crédit : Autorisation/Seevix)

Au kibboutz Lotan, dans le Neguev, le Center for Creative Ecology a également réalisé des expériences concluantes avec des bâtiments en terre et en paille. Dérivée des pratiques de construction traditionnelles népalaises, cette combinaison semble offrir un modèle de résistance aux tremblements de terre à la fois écologique et de faible technicité.

Il y a trois ans, des chercheurs sondant le lit de la mer Morte ont prédit qu’un tremblement de terre d’une magnitude d’au moins 6,5 sur l’échelle de Richter (plus faible que celui de la Turquie) frapperait presque certainement Israël au cours des prochaines années, causant des dégâts considérables.

Une commission interministérielle de pilotage est chargée de la préparation aux tremblements de terre. Prenant la parole lundi, le contrôleur de l’État Matanyahu Englman a souligné les travaux antérieurs de son bureau soulignant le manque de préparation d’Israël aux tremblements de terre. S’adressant à des lycéens de Rehovot et utilisant une analogie avec le football, il a déclaré :  » Nous sommes sans doute à la 90e minute pour faire les préparatifs adéquats afin d’éviter une catastrophe de cette ampleur ici. Au lieu d’attendre une commission d’enquête après une catastrophe, le gouvernement devrait agir pour se préparer avant une telle catastrophe. »

Sue Surkes a contribué à cet article.

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