En Italie, les skis donnent un nouvel élan aux vétérans de Tsahal blessés, victimes d’attentats
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En Italie, les skis donnent un nouvel élan aux vétérans de Tsahal blessés, victimes d’attentats

De la cure de désintoxication aux sports d'hiver : comment un groupe d'anciens combattants alpins israéliens aident leurs camarades handicapés à conquérir les montagnes et tellement plus

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

Des Israéliens handicapés participent au programme de ski et snowboard de la Fondation Erez (Crédit : Erez Foundation)
Des Israéliens handicapés participent au programme de ski et snowboard de la Fondation Erez (Crédit : Erez Foundation)

Canazei, Italie – Si les anciens combattants de Tsahal et victimes du terrorisme sont nerveux avant de partir à la conquête des sommets escarpés des Dolomites, ils ne le montrent pas. Et sur la montagne – la plupart d’entre eux équipés de skis et d’équipements spéciaux de snowboard, mais aussi leurs prothèses et des fauteuils roulants – ils descendent les pentes avec désinvolture, en compagnie de leurs instructeurs, slalomant autour des débutants maladroits (comme votre journaliste), et affrontent gracieusement la route de la Sella Ronda, tout comme les chemins autour de la majestueuse Marmolada – la reine des Dolomites.

Alors qu’elle évolue sur un chemin tranquille, Tzippy Bloomberg, 29 ans, commence à chanter.

« Cette semaine, il y avait une pente qui était tranquille, et je me suis soudain mise à chanter. Je n’avais pas ressenti cela depuis bien longtemps », a déclaré Bloomberg. On lui a tiré dans le dos lors d’un attentat terroriste lorsqu’elle avait quinze ans, depuis elle est restée paralysée.

En 2001, un terroriste palestinien a ouvert le feu sur la voiture de la famille de Bloomberg près de l’implantation cisjordanienne de Karnei Shomron, tuant sa mère, Techiya. Son père, comme elle, se déplace désormais en fauteuil roulant.

Il y a quinze jours, cette femme israélienne à la voix douce était en voyage organisé, avec la Fondation à but non lucratif Erez, qui est gérée principalement par les vétérans de Tsahal de l’unité de ski alpin et entièrement gérée par des bénévoles. L’objectif : l’autonomisation des handicapés israéliens – cas essentiellement graves, y compris les amputés, les paraplégiques et les aveugles – par le biais des sports d’hiver, au travers d’un programme de formation rigoureux, suivant les préceptes de l’armée.

Tzippi Bloomberg participe au programme de ski et de snowboard de la Fondation Erez (Crédit : Erez Foundation)
Tzippi Bloomberg participe au programme de ski et de snowboard de la Fondation Erez (Crédit : Erez Foundation)

Bloomberg, qui se décrit comme « très athlétique » avant sa blessure, a participé à plusieurs voyages organisés par la Fondation Erez, y compris en France, il y a quelques semaines. Il y a deux ans, elle a brièvement considéré la compétition professionnelle, mais a finalement abandonné cette idée car l’entraînement l’obligerait à passer plusieurs mois à l’étranger chaque année.

Mais quand elle a commencé, c’était « très difficile. »

« Vous tombez et vous tombez et vous tombez, et puis soudain vous réussissez », dit-elle. « Et quand vous y arrivez, c’est incroyable. »

Une éthique militaire

La Fondation à but non lucratif Erez a été fondée il y a 20 ans par le lieutenant-colonel Simon Pariente, le commandant de l’unité alpine d’élite de l’armée israélienne sur le mont Hermon. C’est la seule organisation en Israël qui forme les handicapés israéliens au ski, dans un programme qui a débuté il y a environ 11 ans.

Les activités de la fondation amènent également quelque 2 500 enfants malades chaque année sur le mont Hermon, et comprennent la recherche et le sauvetage d’Israéliens disparus à l’étranger dans les régions montagneuses, lorsque les polices d’assurance jettent l’éponge (en avril 2015, ils ont envoyé une équipe au Népal pour chercher des randonneurs israéliens, après le séisme meurtrier).

Bien qu’étant une organisation strictement civile et dirigée par quelque 70 bénévoles, la constitution des instructeurs – anciens ou actuels réservistes de l’unité alpine pour la plupart d’entre eux – donne une saveur définitivement militaire et israélienne.

Chaque hiver, l’organisation amène des centaines d’handicapés israéliens au mont Hermon et aux centres de simulation de ski pour la formation. Ceux qui parviennent au bout de ce processus ardu (un nombre considérablement réduit, environ 40), se rendent en Europe, accompagnés par des instructeurs israéliens individuels.

« La deuxième étape de la formation ressemble davantage à du team-building pour [l’unité d’élite de Tsahal] Sayeret Matkal qu’aux activités d’une association », explique le directeur de la fondation, Eyal Yarimi.

Des Israéliens handicapés participent au programme de ski et snowboard de la Fondation Erez (Crédit : Erez Foundation)
Des Israéliens handicapés participent au programme de ski et snowboard de la Fondation Erez (Crédit : Erez Foundation)

Yarimi – qui, au début des activités de l’organisation a enseigné le ski à son ami Gadi Yarkoni qui a perdu la vue lors de son service militaire – parle intensément du professionnalisme, de la discipline et des « codes » qui caractérisent l’organisation. Il souligne que le ski est seulement un outil dont l’objectif final est l’autonomisation, la restauration d’un sens de la possibilité, et, finalement, la réinsertion dans la société.

La préférence est donnée aux soldats et aux victimes du terrorisme qui sont aveugles, paralysés ou amputés et sont classés comme invalides à 100 %, dit-il, mais pas exclusivement (par exemple, une jeune fille de 14 ans qui a perdu son pied dans un accident de voiture il y a plus de dix ans a participé au dernier voyage). L’organisation recherche principalement « la motivation, la passion dans leurs yeux », lorsqu’elle recrute des candidats, dit-il.

« [Lorsque] vous prenez quelqu’un qui est handicapé, amputé d’une jambe, avec des traumatismes, et que vous le laissez attaquer la pente, et qu’il s’en sort – nous voyons des ramifications incroyables dans la vie elle-même, avec tout ce qui a à voir avec l’intégration dans la société, avec l’acceptation du handicap », dit Yarimi.

Il y a des centaines d’histoires comme celles de Bloomberg et des anciens soldats handicapés du voyage, note-t-il. Les diplômés du programme comprennent Noam Gershony, blessé dans une collision d’hélicoptère Apache au cours de la Seconde Guerre du Liban, qui a remporté une médaille d’or aux Jeux paralympiques de tennis.

L’organisation compte sur les dons et les efforts bénévoles de certaines entreprises qui couvrent les coûts de l’équipement, de la formation, des frais de bureau et de la publicité. Pour les voyages en Europe, les élèves couvrent leurs dépenses tandis que l’organisation couvre les coûts de l’équipement.

« Il n’y a pas de salaire, il n’y a pas de bureaux, il n’y a aucun remboursement pour l’essence, rien, » dit Yarimi. « [Juste] un code durci du bénévolat. C’est un code sur lequel nous sommes très stricts, très fiers ».

Les soldats de Golani réunis

Pendant la Seconde Guerre du Liban en 2006, Yehiav Levi, 32 ans, servait dans le 51e Bataillon de la Brigade Golani, aux côtés du Maj. Roi Klein, qui est resté célèbre pour avoir été tué en se jetant sur une grenade pour sauver ses hommes. Quand les troupes ont été prises au piège par le Hezbollah pendant la bataille de Bint Jbeil, Levi a été l’un des trois médecins en mesure de traiter les plus de 30 blessés, après que plusieurs de ses collègues médecins ont été blessés.

Dans la confusion de l’embuscade, et avec ce qu’il décrit comme n’étant pas assez d’équipements médicaux, il a dû « prendre des décisions très difficiles », se souvient Levi. Beaucoup de soldats avaient subi des blessures internes graves ou mortelles, dit-il, ce qui rendait la tâche presque impossible. Plusieurs soldats, dont un bon ami, sont morts dans ses bras.

Près de 10 ans après la guerre, le statisticien – qui s’est marié en 2010 et a deux enfants – reste dans un processus de réhabilitation.

« Chaque génération paie son prix », dit-il. « Je n’ai aucune amertume – c’est un prix que chaque personne sait qu’elle peut payer quand elle est appelée. »

Levi, qui préfère ne pas entrer dans les détails sur l’étendue de ses blessures, dit qu’il a eu l’impression que le ski était comparable à une année de réeducation. Bien qu’il ait skié par lui-même à plusieurs reprises, c’était son premier voyage avec la Fondation Erez, et il dit avec effusion que ça l’a « tout simplement ramené à la vie. »

Comme Levi et la plupart des moniteurs de ski, Ohad Avraham est également un ancien soldat de la Brigade Golani de l’unité de reconnaissance Egoz. En décembre 1997, Avraham a été grièvement blessé au Liban après qu’une bombe a explosé alors que les soldats étaient en route pour une opération. Il a alors dû être amputé de sa jambe à partir du genou et a subi des blessures à la main et à sa deuxième jambe.

Cela « vous donne un sentiment d’un retour à la normale. »

Des Israéliens handicapés participent au programme de ski et snowboard de la Fondation Erez (Crédit : Erez Foundation)
Des Israéliens handicapés participent au programme de ski et snowboard de la Fondation Erez (Crédit : Erez Foundation)

Avant son premier voyage en France, « j’étais franchement nerveux », dit-il. Mais c’est « quasiment du face-à-face, donc vous ne ralentissez pas le groupe. Vous ne retenez que l’instructeur, et il est là pour vous. »

« Disons juste que je ne l’aurais pas fait seul », ajoute-t-il, se référant aux vacances au ski à l’étranger avec des amis.

« Se sentir comme tout le monde »

Après les attaques terroristes et les guerres, les blessés d’Israël retombent largement dans l’anonymat. Et certains d’entre eux finissent ici – sur une montagne, accumulant des moments de triomphe après des années de rééducation.

« Dans la neige, je me sens comme tout le monde »

Certains d’entre eux se remémorent, avec force détails horribles, les circonstances de leurs blessures, font allusion aux difficultés de la réadaptation, à la persistance du traumatisme, à la dépression ; c’est l’autre aspect de cette histoire de ski positive. Mais dans un effort compréhensible pour protéger leur vie privée, ils sont réticents à rendre publiques ces informations, préférant se concentrer uniquement sur leurs expériences du ski.

L’un des instructeurs d’Erez, Tal Rapaport, explique qu’il y a une phrase qui souvent « se répète, à la fin de la journée : ‘Aujourd’hui, je me sentais comme si je n’étais pas handicapé’ »

Des Israéliens handicapés participent au programme de ski et snowboard de la Fondation Erez (Crédit : Erez Foundation)
Des Israéliens handicapés participent au programme de ski et snowboard de la Fondation Erez (Crédit : Erez Foundation)

C’est un sentiment que Bloomberg exprime à voix haute.

« Dans la neige, je me sens comme tout le monde. J’emprunte les mêmes routes. Il n’y a rien qu’ils peuvent faire et moi non », déclare Bloomberg, qui souffre également de douleurs chroniques. « C’est un sentiment incroyable que je ne ressens pas souvent. »

Dans une nouvelle interview avec Times of Israel, une semaine après le voyage, Levi a déclaré que les bienfaits du voyage ne s’étaient pas dissipés.

« Je continue à planer, ça ne s’entend pas ? »

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