En pleine guerre, le pouvoir iranien resserre son étau sur la population
"Il n’y a pas d’embouteillages, sauf ceux provoqués par les Gardiens de la Révolution avec leurs postes de contrôle à chaque coin de rue", témoigne un habitant de 30 ans
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Si la guerre a vidé les rues de Téhéran, les embouteillages traditionnels ont été remplacés par les ralentissements provoqués par les nombreux barrages dressés par les forces de sécurité, qui cherchent à empêcher toute manifestation contre la République islamique.
Le long des grands axes, des hommes armés en civil ainsi que d’autres en treillis et gilets pare-balles contrôlent aléatoirement les voitures à des barrages. Des véhicules blindés sont positionnés à proximité, selon des habitants contactés par l’AFP depuis Paris.
« Les Gardiens de la Révolution occupent presque toutes les artères principales avec du personnel armé et des mitrailleuses lourdes pour effrayer la population », témoigne un habitant de 30 ans.
« Il n’y a pas d’embouteillages, sauf ceux provoqués par les Gardiens de la Révolution avec leurs postes de contrôle à chaque coin de rue », a-t-il ajouté.
Les forces de sécurité ont été déployées en nombre samedi, premier jour de la guerre marqué par d’intenses bombardements américano-israéliens ayant provoqué la mort du guide suprême, Ali Khamenei, et de nombreux hauts responsables de la République islamique.
Un ingénieur vivant à Téhéran a indiqué qu’il devait désormais passer par quatre à cinq points de contrôle pour se rendre dans sa ville natale de Karaj, située à environ 40 kilomètres du centre de la capitale.
« Les forces de sécurité sillonnent les rues à leur guise, instillant la peur et l’intimidation, contrôlant les téléphones et fouillant les gens », a-t-il dit.
« Partout dans les rues »
Mercredi, Pierre Razoux, directeur de recherche à la Fondation méditerranéenne d’études stratégiques, a déclaré devant le Sénat français que la République islamique avait mis en place un redoutable appareil sécuritaire comptant quelque 850 000 « agents de répression ».
Il est composé des Bassij, une « force de mobilisation » composée de volontaires qui seraient 600 000, et des unités de sécurité intérieure, qui compteraient 250 000 hommes.
La tension est même palpable sur l’île de Kish, dans le Golfe, où l’atmosphère est habituellement plus décontractée qu’à Téhéran.
« À partir de 18 heures, une sorte de contrôle militaire se met en place. Les voitures sont arrêtées et fouillées, et parfois même les téléphones portables sont contrôlés », a témoigné un habitant. « C’est pourquoi beaucoup de gens n’osent presque plus sortir. Même pendant la journée, ils ne sortent que s’ils doivent absolument acheter de la nourriture. »
Pour Amir, un habitant de Téhéran, l’omniprésence d’agents de sécurité en civil et armés « fait que nous ne pouvons pas manifester pour le moment ».
Des organisations de défense des droits humains ont averti que la répression pourrait s’intensifier pendant la guerre.
« La principale menace existentielle pour la République islamique, ce ne sont pas les frappes aériennes, ce sont les Iraniens qui descendent dans la rue », a déclaré à l’AFP Mahmood Amiry-Moghaddam, directeur de l’ONG Iran Human Rights, basée en Norvège.
« Son objectif numéro un est de se protéger elle-même. Il existe donc un risque que nous assistions à un nouveau massacre, à des arrestations massives », selon lui.
Il faisait ainsi référence au vaste mouvement de contestation qui a secoué le pays en janvier, avant d’être écrasé dans le sang par les autorités.
Comme en janvier, les autorités ont coupé l’accès à Internet depuis samedi, plongeant à nouveau le pays dans un blackout informationnel.
Un habitant de la grande ville de Shiraz, dans le sud du pays, a indiqué que les célébrations spontanées ayant suivi l’annonce de la mort de Khamenei avaient été dispersées par les forces gouvernementales. Le lendemain soir, d’autres habitants sont descendus dans la rue dans le cadre d’un rassemblement autorisé par le pouvoir pour rendre hommage au guide suprême.
La télévision d’État a diffusé de nombreuses images de manifestations similaires, où des foules agitent des drapeaux iraniens et pleurent les dirigeants morts en « martyrs ».
« Nous restons chez nous et nous espérons rester en vie pour pouvoir danser le jour où nous serons libres », confie Elnaz, 39 ans, à Téhéran.
Le 1ᵉʳ mars, le président américain Donald Trump avait encouragé « tous les patriotes iraniens en quête de liberté » à « être courageux » et « héroïques » pour faire tomber le pouvoir.
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