Expulsion des migrants africains : D’anciens diplomates rejoignent l’indignation
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Expulsion des migrants africains : D’anciens diplomates rejoignent l’indignation

Trente-cinq ex-ambassadeurs écrivent une lettre à Netanyahu disant que son plan d'envoyer les demandeurs d'asile dans les pays tiers nuiront à l'image d'Israël

Des élèves et enseignants du Seminar Ha'kibuzim manifestent contre l'expulsion des migrants africains, à Tel Aviv, le  24 janvier 2018. (Crédit : Tomer Neuberg/ FLASH90
Des élèves et enseignants du Seminar Ha'kibuzim manifestent contre l'expulsion des migrants africains, à Tel Aviv, le 24 janvier 2018. (Crédit : Tomer Neuberg/ FLASH90

Des douzaines d’anciens diplomates israéliens ont signé une lettre au cours du week-end recommandant vivement au Premier ministre Benjamin Netanyahu de reprendre en considération l’expulsion de milliers de migrants africains, se joignant à un mouvement de protestation croissant contre ce plan.

Ces anciens ambassadeurs et consuls-généraux, notamment deux ex-dirigeants du ministère des Affaires étrangères, ont averti que faire avancer ce plan controversé saperait le statut israélien en tant que pays respectant l’état de droit et l’éthique.

Le gouvernement de Netanyahu est en train de poursuivre l’expulsion de milliers de migrants africains malgré l’opposition nationale et internationale.

Le mois dernier, la Knesset a approuvé un amendement à la loi dite « des infiltrés » qui ouvre la voie à l’expulsion forcée de migrants et demandeurs d’asile érythréens et soudanais à partir du mois de mars, et l’emprisonnement indéfini de ceux qui refuseront de quitter « volontairement » le territoire.

Des manifestants érythréens scandent « Des réfugiés, pas des infiltrés » devant l’ambassade du Rwanda, à Herzliya, le 22 janvier 2018 (Melanie Lidman / Times of Israël)

Il y a approximativement 38 000 migrants et demandeurs d’asile africains en Israël, selon le ministère de l’Intérieur. Environ 72 % sont Erythréens et 20 % sont Soudanais et la vaste majorité est arrivée entre 2006 et 2012. Un grand nombre habite dans le sud de Tel Aviv et certains habitants et militants leur reprochent le taux de délinquance en hausse et ont fait pression sur le gouvernement en faveur de leur expulsion.

« En tant que représentants officiels d’Israël, nous pouvons toujours dire avec fierté que, même aux instants de critiques extrêmes sur le territoire et à l’étranger, l’Etat d’Israël est basé sur la liberté, la justice et la paix, tel que l’Etat était envisagé par les prophètes d’Israël et comme c’est écrit dans la proclamation d’indépendance », ont écrit les 35 diplomates, selon le site d’information Ynet. « En menant ces expulsions, nous nous éloignons de ces valeurs comme de l’image d’Israël, Etat de droit et d’éthique ».

Colette Avital, in January 2008 when she was a member of the Israeli Knesset.(photo credit: Olivier Fitoussi /Flash90)
Colette Avital, en janvier 2008, alors députée à la Knesset. (Crédit : Olivier Fitoussi /Flash90)

Parmi les signataires, Nissim Ben Sheetrit et Alon Liel, qui ont tous deux été à la tête du ministère des Affaires étrangères et Colette Avital, ancienne parlementaire qui a été consul à New York, entre autres.

Ils ont également évoqué l’histoire des Juifs en tant que réfugiés dans leur appel.

Vendredi, presque 800 religieux juifs américains ont signé une lettre ouverte recommandant vivement au gouvernement israélien de mettre un terme aux expulsions attendues.

Le courrier, initié par des organisations juives – dont le Nouveau fonds israélien, le groupe de soutien aux réfugiés HIAS et le groupe de défense des droits de l’Homme Truah – établissait que « notre propre expérience de l’esclavage et de la libération et notre propre expérience en tant que réfugiés nous oblige à agir avec miséricorde et justice envers ceux qui cherchent un refuge parmi nous ».

La semaine dernière, un groupe de survivants israéliens de la Shoah a également demandé à Netanyahu de ne pas procéder aux expulsions prévues. Ces 36 survivants ont appelé le Premier ministre à « prendre une décision historique » et à renverser le plan controversé, selon le quotidien Haaretz.

« Nous vous le demandons : Arrêtez ce processus ! », dit la lettre. « Vous seulement avez l’autorité nécessaire pour prendre cette décision historique et pour montrer au monde que l’Etat juif ne permettra pas la souffrance et la torture des personnes placées sous sa protection. »

Des pilotes d’El-Al ont également signé une lettre disant qu’ils refuseront d’emmener les expulsés en Afrique.

Netanyahu avait annoncé des accords passés permettant d’envoyer les migrants dans des pays tiers en Afrique. Il avait toutefois refusé de divulguer de quels pays il s’agissait.

Au mois de novembre, la ministre des Affaires étrangères du Rwanda, Louise Mushikiwabo, avait fait savoir que son pays pourrait accueillir environ 10 000 demandeurs d’asile depuis Israël. Israël paierait 5 000 dollars au gouvernement rwandais pour chaque migrant expulsé plus une « subvention de départ » de 3 500 dollars qui serait versée directement à la personne expulsée du territoire.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, avec le président rwandais Paul Kagame au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, le 24 janvier 2018 (Crédit : GPO)

Auparavant, le Rwanda et l’Ouganda avaient accepté environ 4 000 migrants et demandeurs d’asile qui avaient signé un document attestant qu’ils avaient « volontairement quitté » Israël mais, jusqu’à présent, les pays n’ont accepté aucun demandeur d’asile ayant été expulsé contre sa volonté.

La semaine dernière, le président rwandais Paul Kagame et Netanyahu ont convenu que le Rwanda n’accepterait des migrants que sous un mécanisme conforme à la loi internationale, signalant que les expulsés contraints à partir ne seraient pas acceptés.

JTA a contribué à cet article.

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