Friedman : Jérusalem sous Israël est un « modèle de coexistence dans le monde »
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Friedman : Jérusalem sous Israël est un « modèle de coexistence dans le monde »

La reconnaissance de la Ville sainte comme capitale d'Israël par Trump a eu pour objectif "de tendre un rameau d'olivier à toutes les religions majeures," selon l'envoyé américain

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

L'ambassadeur des États-Unis en Israël, David Friedman, s'exprime lors de la 6e conférence du Forum mondial sur la lutte contre l'antisémitisme au Centre des congrès de Jérusalem, le 19 mars 2017. (Yonatan Sindel / Flash90)
L'ambassadeur des États-Unis en Israël, David Friedman, s'exprime lors de la 6e conférence du Forum mondial sur la lutte contre l'antisémitisme au Centre des congrès de Jérusalem, le 19 mars 2017. (Yonatan Sindel / Flash90)

Jérusalem sous souveraineté israélienne est un « modèle de coexistence » pour les trois plus importantes religions monothéistes, a déclaré lundi l’ambassadeur américain en Israël David Friedman.

Lors d’un débat organisé dans la capitale, l’envoyé a également déclaré que la coopération en termes de renseignement entre les deux pays avait sauvé des vies américaines. En même temps, il a exprimé son inquiétude face à un lien qui ne cesse de se fragiliser entre les jeunes Américains et l’Etat juif.

« Quand vous pensez aux conflits qui ont fait rage au cours des siècles et que vous regardez maintenant Jérusalem sous la souveraineté du gouvernement israélien, avec cette capacité à maintenir l’ouverture – et ainsi, d’un lieu d’affrontements, Jérusalem est devenu en fait un modèle de coexistence dans le monde », a indiqué Friedman lors d’un événement célébrant le 70ème anniversaire d’Israël organisé à l’écomusée Menachem Begin.

Ses commentaires ont été faits moins d’un mois avant le transfert officiel de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, une initiative saluée par Israël, à laquelle s’oppose une importante partie de la communauté internationale et qui a particulièrement suscité la fureur d’une grande part du monde musulman.

Les Palestiniens revendiquent Jérusalem-Est, qu’Israël a capturé à la Jordanie en 1967 puis annexé, comme capitale de l’état qu’ils tentent d’établir.

Des fidèles juifs prient devant le mur Occidental dans la Vieille Ville de Jérusalem pendant la bénédiction sacerdotale traditionnelle lors de la fête de la Pâque, le 2 avril 2018 (Hadas Parush/Flash90).

La reconnaissance de Jérusalem par le président américain Donald Trump comme capitale israélienne au mois de décembre et la décision du transfert de l’ambassade qui a suivi ont entraîné une colère profonde du côté des Palestiniens qui ont rompu leur coopération avec les responsables de l’administration américaine et qui ont accusé Friedman et l’envoyé pour la paix Jason Greenblatt d’adopter le discours du gouvernement israélien et d’en devenir les porte-paroles.

« La majorité des gens pensent que Jérusalem est un lieu de conflit », a estimé Friedman lors de cette cérémonie à laquelle ont assisté de nombreux ambassadeurs étrangers stationnés à Tel Aviv.

« La Vieille Ville de Jérusalem fait en tout un kilomètre-carré et pourtant elle accueille les lieux les plus saints de deux des trois religions majeures et un site très important pour la troisième », a-t-il continué.

« Et Jérusalem, au cours des 51 dernières années maintenant, est devenu une ville qu’elle n’avait jamais été auparavant. C’est une ville où ceux qui souhaitent se recueillir au Kotel [mur Occidental], à la mosquée al-Aqsa ou à l’église du Saint Sépulcre peuvent le faire en jouissant d’une pleine liberté de culte et, la majorité du temps, sans devoir redouter de violences. Et c’est un modèle qui est donné à apprécier au monde. On ne l’apprécie pas suffisamment ».

L’année dernière, une tentative israélienne de placer des caméras de sécurité à proximité d’Al-Aqsa après le meurtre de deux policiers lors d’un attentat terroriste sur le site avait entraîné des journées entières de manifestations violentes à Jérusalem-Est, en Cisjordanie et à Gaza ainsi que dans le reste du monde musulman.

Les policiers israéliens se couvrent alors que des manifestants palestiniens leur jettent des pierres sur le mont du Temple de Jérusalem durant des affrontements pour la troisième journée consécutive, le 28 juin 2016 (Crédit : AFP PHOTO/AHMAD GHARABLI)

Lorsque Trump a reconnu Jérusalem en tant que capitale israélienne et annoncé la relocalisation planifiée de l’ambassade là-bas, le 6 décembre, il n’avait pas l’intention « d’enflammer ceux qui ont été déçus par sa décision », a dit son envoyé. Le président voulait plutôt « tendre un rameau d’olivier à toutes les religions majeures et à tous les fidèles, pour qu’ils voient Jérusalem comme l’opportunité, le pinacle de l’opportunité, pour que les gens vivent en paix ».

Les propos de Friedman ont été immédiatement critiqués par un ancien négociateur américain.

« Il est étonnant que les Israéliens et les Palestiniens soient parvenus, pour de nombreuses raisons, à ne pas faire exploser la ville. Mais un modèle de coexistence ? », a écrit Aaron David Miller, un ancien négociateur pour la paix ayant officié sous plusieurs administrations américaines. « Si l’histoire enseigne quelque chose, c’est que la ville ne peut être partagée mais possédée au nom d’un dieu, d’une tribu, d’une nation ».

Une cérémonie officielle d’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem aura lieu le 14 mai – date civile du 70ème anniversaire de l’Etat juif.

« Initialement, l’ambassade par intérim à Arnona contiendra des espaces de bureau pour l’ambassadeur [Friedman] et un personnel réduit. A la fin de l’année prochaine, nous achèverons la construction d’un espace supplémentaire au sein du complexe d’Arnona qui offrira à l’envoyé et à son équipe des capacités supplémentaires », a expliqué un responsable de l’ambassade au Times of Israel la semaine dernière.

Friedman, propriétaire d’un domicile à Jérusalem, « continuera à diviser son temps entre sa résidence officielle à Herzliya et une résidence à Jérusalem au cours des phases initiales du déménagement de l’ambassade, un processus qui durera plusieurs années », a ajouté le responsable.

Le consulat américain dans le quartier Arnona de Jérusalem, le 24 février 2018 (Yonatan Sindel/Flash90)

Au cours de la discussion de lundi, Friedman a salué les liens robustes entre Jérusalem et Washington, indiquant que les services israéliens de renseignement ont aidé à empêcher des attentats qui auraient tué des citoyens américains.

« Les Etats-Unis bénéficient de manière tangible de cette relation avec Israël. Il y a des choses que je ne peux dire lors de ce forum mais il y a des gens, aux Etats-Unis, qui vont bien aujourd’hui, qui sont vivants, grâce à la coopération qu’Israël a offert aux Etats-Unis », a-t-il dit.

Friedman, qui a rappelé qu’il avait fêté sa bar mitzvah au mur Occidental peu après la guerre des Six jours en 1967, a déclaré que sa première inquiétude, lorsqu’il songeait à la relation israélo-américaine à l’avenir, était que « les gens dans mon pays, en particulier les enfants, et en particulier encore les enfants juifs, puissent trouver un moyen de se lier davantage avec Israël. Parce que je crains que nous risquions de ne pas construire le même genre de connexion que moi et mon épouse entretenons, ou que mes enfants ont. Et c’est une honte ».

Interrogé sur les accomplissements israéliens dans le secteur de la technologie, Friedman a plaisanté, notant qu’il avait dû renoncer à des investissements privés dans le pays lorsque Trump l’avait nommé au poste d’ambassadeur.

« L’une de mes plus grandes déceptions en tant qu’ambassadeur a été qu’il a fallu que j’abandonne tous mes investissements dans les entreprises israéliennes », a-t-il dit. « J’ai dû les vendre et j’ai dû vendre certains d’entre eux trop tôt, parce que le département d’Etat m’a dit que je ne pouvais plus être à la tête d’affaires en Israël ».

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