Gantz ne « croit plus » Netanyahu et dit être la meilleure alternative
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Gantz ne « croit plus » Netanyahu et dit être la meilleure alternative

Pour le chef de Kakhol lavan, le Premier ministre est un "intrigant et un menteur" et son parti gagnera de nombreux sièges en cas d'élections; il exclut une association avec Lapid

Le ministre de la Défense Benny Gantz arrive à la Knesset de Jérusalem, le 2 décembre 2020. (Crédit : Alex Kolomiensky/Pool/AFP)
Le ministre de la Défense Benny Gantz arrive à la Knesset de Jérusalem, le 2 décembre 2020. (Crédit : Alex Kolomiensky/Pool/AFP)

Le ministre de la Défense Benny Gantz a qualifié samedi le Premier ministre Benjamin Netanyahu « d’intrigant » et de « menteur », insistant sur le fait qu’il ne ferait aucun compromis concernant sa demande soumise au Premier ministre d’honorer l’accord conclu sur l’adoption d’un budget courant sur l’année 2021 et ajoutant qu’un échec à le faire entraînerait un nouveau scrutin – ce serait le quatrième en deux ans.

« Soit il y aura un budget et un gouvernement qui fonctionne, ou nous devrons nous diriger vers de nouvelles élections », a-t-il dit à la Douzième chaîne.

Le parti Kakhol lavan de Gantz a aidé à faire adopter, cette semaine, un vote initial de dissolution de la Knesset – ce qui entraînerait de nouvelles élections – après avoir expliqué qu’il ne pouvait plus soutenir le gouvernement en raison de son échec à adopter un budget.

« On va droit à des élections à cause de Netanyahu. Sans lui, cela ferait longtemps qu’il y aurait un budget », a-t-il dit samedi. « On ne dirige pas un Etat avec un budget pour une semaine et Netanyahu a perdu la moitié d’une année ».

Il a ajouté : « Je ne peux plus croire Netanyahu ».

Gantz faisait là référence au désir du Likud d’approuver un budget pour l’année 2020 seulement à la fin du mois, même si l’année est terminée, plutôt que d’honorer l’accord de coalition souscrit entre les deux parties qui prévoyait d’adopter une enveloppe couvrant 2020 et 2021.

Le gouvernement a jusqu’au 23 décembre pour adopter un budget pour l’année 2020 au moins, faute de quoi la Knesset sera dissoute – indépendamment de la législation sur la dissolution du Parlement qui est actuellement examinée à la Knesset. Le Likud et Kakhool lavan avaient conclu un accord de dernière minute, au mois d’août, qui avait permis de reporter l’échéance de l’adoption du budget mais aucun progrès n’a été réalisé depuis.

Sous les dispositions de l’accord de coalition, le parti du Likud de Netanyahu et Kakhol lavan avaient convenu d’approuver un budget couvrant l’année à venir. Le Premier ministre insiste toutefois sur le fait que deux budgets distincts doivent être approuvés pour 2020 et 2021, disant qu’une telle initiative est nécessaire au vu de l’incertitude entraînée par la pandémie.

De son côté, Kakhol lavan note que la pandémie battait déjà son plein lorsque les deux formations avaient scellé leur accord de coalition au mois de mai et estime que Netanyahu tente, en fait, de reporter le budget 2021 en raison d’une faille dans l’accord conclu qui lui permettrait d’entraîner une crise budgétaire, l’année prochaine, qui aurait pour conséquence de dissoudre l’accord de partage du pouvoir signé avec Gantz, qui prévoit que le chef du gouvernement devra céder sa place à ce dernier au mois de novembre 2021 – une perspective à laquelle Netanyahu veut se soustraire.

Le chef de Kakhol lavan, Benny Gantz (à gauche), tournant le dos au Premier ministre Benjamin Netanyahu alors que la Knesset approuve une lecture préliminaire d’un projet de loi visant à dissoudre le Parlement, le 2 décembre 2020. (Crédit : Danny Shem-Tov / Bureau du porte-parole de la Knesset)

Dans un entretien séparé accordé à la Treizième chaîne, Gantz s’en est encore pris à Netanyahu sur la question du budget et sur la gestion de la pandémie du coronavirus, tout en reprochant également au Premier ministre de l’avoir tenu à l’écart, ainsi que le ministre des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi, des récents accords de normalisation conclus avec les Etats arabes.

« J’apporte quelque chose de différent au public israélien. S’il veut des intrigants et des menteurs, alors il doit voter Netanyahu. Je ne suis pas entré en politique pour poignarder les gens dans le dos », a déclaré Gantz, ex-chef d’Etat-major de l’armée israélienne qui s’est lancé dans l’arène politique avant les trois élections non-concluantes et consécutives dont la première avait eu lieu en 2019.

Gantz a aussi été interrogé dans ses entretiens sur ses intentions en cas d’élections, alors que Kakhol lavan est à la traîne dans les sondages.

« Nous serons le parti le plus important, l’axe autour duquel le prochain gouvernement sera formé », a-t-il affirmé à la Douzième chaîne.

Le chef de l’opposition Yair Lapid lors du plénum de la Knesset, le 2 décembre 2020. (Porte-parole de la Knesset/Danny Shem-Tov)

Il a rejeté toute perspective de partenariat avec le chef de Yesh Atid, Yair Lapid, chef de l’opposition qui était numéro deux de Kakhol lavan. Lapid avait quitté l’alliance en raison de la décision de Gantz de rejoindre un gouvernement placé sous l’autorité de Netanyahu.

« Il n’y a aucune possibilité de travailler avec Lapid dans une faction. J’ai besoin de prendre la tête du camp de centre-gauche, Lapid ne peut pas former un gouvernement », a-t-il expliqué.

Il lui a aussi été demandé, sur la Treizième chaîne, s’il pourrait s’associer à l’ancien chef d’Etat-major Gadi Eizenkot, qui réfléchirait, lui aussi, à entrer en politique

« Je parle avec Gadi, c’est un homme de principes et il a une expérience politique et sécuritaire très importante et très riche. Ce qui arrive entre lui et moi restera entre lui et moi », a-t-il répondu.

Selon un reportage diffusé par la Douzième chaîne, Eizenkot ne serait pas certain d’entrer en politique, la chaîne laissant entendre que cette possibilité était, au mieux, à « 50-50 ». Le reportage – qui n’a pas cité ses sources – a déclaré qu’Eizenkot n’établirait pas de partenariat avec Lapid, qui s’oppose aux ultra-orthodoxes ; avec le leader de la formation Yamina, Naftali Bennett qui, selon lui, est trop à droite ou avec Gantz, parce qu’il a considéré le mandat du leader de Kakhol lavan comme une déception.

Eizenkot préfère également se positionner au centre-droit, a dit le reportage.

Un sondage publié mercredi par la Treizième chaîne a indiqué qu’une formation placée sous l’autorité d’Eizenkot arriverait troisième à la Knesset, avec 15 sièges. L’enquête d’opinion prévoit également que Kakhol lavan raflerait dix sièges si Eizenkot ne se présentait pas mais qu’il tomberait à huit sièges s’il le faisait.

Gadi Eisenkot et Benny Gantz au mur Occidental de Jérusalem, lors de la passation au poste de chef d’Etat-major entre les deux hommes, une fonction qu’assumait jusque là Benny Gantz, le 16 février 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les propos de Gantz ont été tenus samedi, avant sa rencontre prévue dimanche avec le ministre des Finances Israel Katz, issu du Likud, qui devrait lui présenter une proposition de budget – une tentative de dernière minute d’éviter le retour aux urnes des Israéliens pour la quatrième fois en l’espace de deux ans.

« Je le dis clairement aujourd’hui : soit il y a immédiatement un budget, ou nous irons aux élections », a dit Gantz dans un message filmé qui a été posté vendredi sur son compte Facebook.

S’il a estimé qu’un scrutin « n’est pas une bonne chose, à l’heure actuelle, pour le pays… c’est largement préférable à une paralysie du gouvernement » et aux politiques déterminant la gestion « de l’une des pires crises sanitaires et économiques que nous avons connue ».

La coalition de Gantz et de Netanyahu traverse une crise presque constante depuis sa formation, au mois de mai.

« Même si je savais avec qui j’entrais dans ce gouvernement, je pensais qu’il y avait des limites qu’il ne franchirait pas », a dit Gantz. « Je crains que Netanyahu ne soit davantage préoccupé par son procès qu’il ne l’est par son pays ».

Netanyahu passe actuellement devant les juges dans trois dossiers pour corruption où il doit répondre de pots-de-vin, de fraude et d’abus de confiance. Il ne cesse de clamer son innocence. Une grande partie des tensions, au sein de la coalition, se sont concentrées sur la certitude de Kakhol lavan que le Premier ministre chercherait à saper le système judiciaire et les institutions démocratiques pour améliorer l’issue de son procès.

A LIRE – Etat d’Israël vs. Netanyahu : détails de l’acte d’accusation du Premier ministre

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