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Hassen Chalghoumi menacé de mort pour avoir appelé au respect de la Shoah

Dans une interview emplie d'émotion, l'imam français a déclaré que sa famille s'était faite agresser et harceler pendant des années en raison de son travail interconfessionnel

Hassen Chalghoumi parle lors d'une interview avec France 2 TV, le 13 janvier 2022. (Capture d'écran/MEMRI)
Hassen Chalghoumi parle lors d'une interview avec France 2 TV, le 13 janvier 2022. (Capture d'écran/MEMRI)

Hassen Chalghoumi, imam de Drancy connu pour son implication dans des initiatives interconfessionnelles, a déclaré que lui et sa famille vivaient sous la menace des islamistes depuis des années, rappelant avec émotion les conséquences de leurs attaques et de leur harcèlement.

Dans une interview pour l’émission Ça commence aujourd’hui diffusée sur la chaîne de télévision France 2 ce mois-ci, Hassen Chalghoumi a déclaré avoir commencé à recevoir des menaces de mort en 2005 après avoir appelé au respect des commémorations de la Shoah.

« J’ai lancé un appel solennel au respect de la mémoire de la Shoah, à réfléchir aussi à ce que les gens avaient fait à leurs semblables, aux conséquences du racisme, de la haine, de l’antisémitisme… Mais, malheureusement, mes propos ont été mal compris. Deux jours plus tard, ils ont saccagé ma maison », a-t-il déclaré.

« J’ai commencé à recevoir des menaces de mort au nom d’une cause qui n’a rien à voir [avec mes paroles], la cause palestinienne, au nom d’une idéologie de haine, peut-être contre la politique israélienne, ou pour un véritable antisémitisme », a déclaré Chalghoumi. « Et puis j’ai reçu des appels et des lettres anonymes. En 2009, ma voiture a été incendiée et ma maison attaquée. »

Bon nombre des menaces de mort que Chalghoumi a reçues l’ont été pour ses liens amicaux avec le CRIF, le groupe qui représente les communautés juives françaises, et pour s’être rendu en Israël à plusieurs reprises.

Lors d’une tournée en Cisjordanie avec des dirigeants d’implantations en 2019, Chalghoumi a déclaré que soutenir le boycott d’Israël était contraire à la loi coranique, et qu’il espérait favoriser le dialogue entre Israéliens et Palestiniens afin qu’aucune « mère – ni Israélienne ni Palestinienne – ne pleure » dans le futur.

Hassen Chalghoumi dénote du discours religieux musulman, notamment pour son soutien à l’interdiction de la burqa en France.

Malgré les menaces, il a affirmé que sa femme l’encourageait à continuer de s’exprimer.

Quant à savoir s’il envisageait d’arrêter pour protéger sa famille, il a répondu par la négative : « Non, même si les conséquences ont atteint ma maison. Je ne peux pas dire que tout cela est à l’extérieur de ma maison, car ce n’est pas le cas. Internet, réseaux sociaux, menaces. Ils ont agressé ma femme dans un marché. Ils ont craché sur elle. Ils lui ont même demandé de divorcer. »

L’imam de Drancy, Hassen Chalghoumi (à gauche), l’écrivain Marek Halter (à droite) et d’autres se préparent à participer à La Marche musulmane contre le terrorisme à Paris, le 8 juillet 2017. (Crédit : AFP Photo/Francois Guillot)

Chalghoumi a déclaré que ses enfants avaient été victimes d’intimidation à l’école et qu’il « devenait difficile » d’aller au cinéma et au restaurant avec eux.

« À un moment donné, tout a changé et il n’y a plus eu d’actes de la vie quotidienne », a-t-il déclaré.

Chalghoumi a remis la faute sur le chef d’un groupe pro-Hamas en France pour certaines des menaces, affirmant que plusieurs groupes terroristes avaient publié des fatwas [édits religieux] appelant à sa mort.

« En 2015, j’avais l’État islamique [contre moi]… En Syrie aussi, ils ont lancé une fatwa contre moi. Le Hezbollah aussi et le Hamas. Tous ces petits groupes ne croient pas à la lumière. Ils devraient savoir que les paroles d’un homme de foi modéré sont pour eux une source d’ennuis. C’est pourquoi ils ont lancé une fatwa contre moi », a-t-il déclaré.

L’an dernier, même une responsable de La République en marche (LREM), Bariza Khiari, s’en était pris à l’imam.

De gauche à droite : L’Imam Hassen Chalghoumi, le chef du conseil régional de Samarie Yossi Dagan et Sheikh Abu-Khalil Tamimi en Cisjordanie, le 13 juin 2019. (Autorisation : Conseil régional de Samarie)

L’imam a déclaré se rendre à la mosquée à différents moments de la journée pour rendre plus difficile la poursuite d’un agresseur potentiel. Il a aussi indiqué porter un gilet pare-balles pour se protéger.

« Il y a 3 000 ou 4 000 fidèles dans la mosquée, je ne peux pas tout contrôler », a-t-il déclaré.

« Mais on ne peut pas le savoir avec certitude : dans la foule, il pourrait y avoir quelqu’un comme [Mohammed] Merah, comme les [frères] Kouachi, ou comme [Amedy] Coulibaly », a-t-il ajouté, citant des terroristes français.

Avec émotion, l’imam a ajouté que sa femme et ses enfants n’utilisaient plus son nom de famille.

« Ils ont un autre nom. Nous sommes toujours des êtres humains… Une de mes filles a été agressée. Elle a pris 30 kilos », s’est-il souvenu d’un ton ému. « Nous sommes forts à l’intérieur, nous n’abandonnerons jamais. Mais quand ça touche ma famille, ça devient difficile. »

Sa famille a quitté la France pour un pays inconnu, mais lui est resté en France le temps de terminer la mission qu’il s’est donnée.

En décembre dernier, pour la deuxième fois, l’imam a fêté Hanoukka à Dubaï.

Outre le saccage de son domicile, sa voiture a été brûlée en 2009 après la publication d’un article dénonçant l’importation du conflit israélo-palestinien en France ; ses proches ont eux aussi été menacés et des membres du collectif Cheikh Yassine, désormais dissous depuis l’assassinat du professeur Samuel Paty l’an dernier, ont réussi à entrer chez lui, quelques années avant que l’État islamique n’émette une fatwa ordonnant son assassinat.

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