L’imam Chalghoumi s’exprime sur les menaces dont il fait l’objet
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L’imam Chalghoumi s’exprime sur les menaces dont il fait l’objet

Le responsable religieux, qui a célébré Hanoukka il y a quelques jours à Dubaï, s'est dit "honoré" d'être surnommé "l’imam juif" par ses opposants antisémites

L’imam Hassen Chalghoumi, le 1er octobre 2020. (Crédit : AP Photo/Francois Mori)
L’imam Hassen Chalghoumi, le 1er octobre 2020. (Crédit : AP Photo/Francois Mori)

Hassen Chalghoumi, imam de Drancy, en banlieue parisienne, a participé il y a quelques jours à des célébrations de Hanoukka à Dubaï.

Lors de ce voyage, il a notamment rencontré le grand rabbin séfarade d’Israël, Yitzhak Yossef, ainsi que le rabbin Levi Duchman, qui dirige le Centre communautaire juif de Dubaï, et Solly Wolf, président de la communauté juive des Émirats.

Ils ont allumé ensemble les bougies de Hanoukka – un moment « fort et plein d’émotion », a décrit l’imam de 48 ans sur Facebook.

Peu avant son voyage, dans une interview avec Paris Match, il s’était exprimé sur les attaques dont il fait l’objet depuis des années.

J'ai rencontré aujourd'hui à Dubai le Grand Rabbin Séfarade d'Israel Yitzhak Yossef qui ma remercier et ma aussi sa…

Posted by Imam Hassen Chalghoumi on Sunday, December 20, 2020

« En 2010, devant la mosquée de Drancy, le collectif Cheikh Yacine distribuait des tracts tous les jours », a-t-il déploré. « Ils me diabolisaient comme ‘le pion de Sarkozy’, comme un ‘vendu à Israël et au CRIF’, et je ne sais quoi encore. Sur les tracts, ils m’accusaient de donner l’argent de la quête au CRIF, qui le reversait à l’armée israélienne. C’est n’importe quoi. Et les jeunes le croyaient ! »

Il a également rappelé, parmi d’autres menaces, que sa maison a été saccagée en 2005 après qu’il a prononcé un discours au mémorial de la Shoah ; que sa voiture a été brûlée en 2009 après la publication d’un article dénonçant l’importation du conflit israélo-palestinien en France ; que ses proches ont eux aussi été menacés et que des membres du collectif Cheikh Yassine, désormais dissous depuis l’assassinat du professeur Samuel Paty, ont réussi à entrer chez lui, quelques années avant que l’Etat islamique n’émette une fatwa ordonnant son assassinat.

« En 2013, ils nous ont agressés en Tunisie, ont insulté ma femme et lui ont craché dessus. En 2014, je n’ai pas eu le choix. J’ai dû trouver une solution pour les membres de [sa famille] mettre à l’abri à l’étranger et sous un autre nom. Je passe quatre à cinq mois sans les voir et les appelle au téléphone tous les jours. Je me déplace tout le temps et je vis en exil permanent. C’est le prix pour défendre la liberté », dit-il.

L’imam Hassen Chalghoumi s’exprime à la Conférence européenne des imams contre la radicalisation, à Paris, le 18 février 2020. (Crédit : AP Photo/Francois Mori)

Il s’est également exprimé sur l’antisémitisme en France : « Lorsqu’ils me nomment ‘l’imam juif’, c’est un honneur pour moi. Ma fille dit ‘mon papa est l’imam de tout le monde’. Cette haine est animée à 90 % par de l’antisémitisme. Il existe en France un antisémitisme incroyable. Lorsque je parle des islamistes dans mes prêches, 80 % des fidèles sont d’accord avec moi. Mais si je parle des Juifs, 80 % sont contre moi. Il y a un travail énorme à faire. Regardez Hyper Casher, Merah ou Mehdi Nemmouche. Ils ont attaqué directement les Juifs… »

L’imam explique cet antisémitisme par la force politique des Frères musulmans, qui ont « fait de la cause palestinienne la colonne vertébrale de leur action ».

Il s’inquiète ainsi de la place qu’occupe le conflit israélo-palestinien dans la société française, et notamment au sein de la communauté musulmane : « J’étais invité il y a trois ans dans une église à Dijon, avec un rabbin, dans un contexte inter-religieux. Je me suis retrouvé à l’issue de la rencontre face à des drapeaux palestiniens. En 2019, je suis allé en Israël et en Palestine avec 35 jeunes de France et cinq de Molenbeek en Belgique. À notre retour, j’étais face à une manifestation pro-palestinienne à l’aéroport, contre ‘Chalghoumi le collabo’, ‘le vendu’. Il faut mettre fin à cette haine en France. »

Le mois dernier, trois enquêtes ont été confiées à la Brigade de répression de la délinquance aux personnes suite aux menaces dont fait l’objet l’imam.

« L’une porte sur des faits d’apologie du terrorisme et de menace de mort, une autre sur des faits de provocation à la commission d’atteinte à l’intégrité physique ou à la vie et la dernière sur des faits de menaces de mort », a précisé le parquet.

L’imam français Hassen Chalghoumi et Reuven Rivlin, président de l’Etat d’Israël. (Crédit photo : Facebook / Hassen Chalghoumi)

La représentativité d’Hassen Chalghoumi est souvent contestée dans la communauté musulmane, notamment en raison de ses prises de position contre l’intégrisme et ses rapports d’amitié avec la communauté juive, qui lui valent critiques et menaces, largement relayées sur internet.

Selon son avocat Me David-Olivier Kaminski, l’imam fait l’objet d’une menace « complètement exacerbée » depuis la décapitation mi-octobre de Samuel Paty.

Récemment, même une responsable de LREM s’en est pris à l’imam Chalghoumi.

Bariza Khiari, ex-vice-présidente du Sénat et ex « madame islam d’Emmanuel Macron », a ainsi signé et relayé une pétition virulente contre lui.

Contactée par Marianne, Bariza Khiari, 74 ans, née en Algérie, avait expliqué : « On n’en peut plus de voir ce type sur tous les plateaux, on n’en peut plus ! C’est un repoussoir ! Ras-le-bol ! On ne voit plus que lui ! On ne manque pourtant pas de jeunes islamologues éclairés ! »

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