Israël en guerre - Jour 236

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« Ils ont fait tout ça avec tellement de facilité » : Des ex-otages racontent des détails glaçants du 7 octobre et de leur captivité

Chen Goldstein-Almog a évoqué le meurtre de sa fille après la découverte, par les terroristes, de son uniforme militaire dans l'habitation familiale de Kfar Aza ; les otages relâchées ont évoqué leur crainte permanente d'abus sexuels lorsqu'elles étaient à Gaza

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Malki Shem-Tov , à gauche, père d'otage ; les otages libérés Luis Har, Merav Tal, et Chen Goldstein-Almog et Moshe Or, frère d'otage, devant un panel du Bureau de presse gouvernemental, le 6 mai 2024. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)
Malki Shem-Tov , à gauche, père d'otage ; les otages libérés Luis Har, Merav Tal, et Chen Goldstein-Almog et Moshe Or, frère d'otage, devant un panel du Bureau de presse gouvernemental, le 6 mai 2024. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Les terroristes du Hamas avaient pris d’assaut la maison de Chen Goldstein-Almog au kibboutz Kfar Aza, le 7 octobre, exécutant froidement son époux et sa fille de 20 ans avant de l’embarquer, avec ses autres enfants, à bord d’une voiture en direction de Gaza.

Goldstein-Almog et d’autres captifs libérés ont pris la parole en personne lors de la projection d’un film de témoignages, une projection qui avait été préparée par le Service de presse du gouvernement et qui a eu lieu dans les bureaux de ce dernier, lundi, à Jérusalem, en présence de journalistes et de diplomates.

Elle a décrit ce moment où les terroristes ont envahi son habitation, hurlant « Juifs, Juifs » en arabe.

Le mari de Goldstein-Almog, Nadav, avait tenté de protéger sa famille terrifiée et il avait été rapidement abattu d’une balle dans la poitrine. Son épouse et ses enfants avaient été obligés de contourner son corps sans vie pour suivre les hommes armés qui les faisaient sortir de la pièce blindée où ils s’étaient réfugiés, dans la maison.

Quelques minutes plus tard, ils avaient tué l’aînée de la famille, Yam, d’une balle dans le visage lorsqu’ils avaient découvert son uniforme de l’armée dans une autre pièce.

« Cela a eu lieu entre 11 heures 25 et 11 heures 52 du matin », a dit Chen Goldstein-Almog, ne parvenant pas à retenir ses larmes en évoquant le moment où elle avait vu sa fille, Yam, rendre son dernier soupir, son sang s’écoulant de sa blessure.

Nadav Goldstein et sa fille, Yam Almog-Goldstein. (Autorisation)

« Ils ont fait tout ça avec tellement de facilité, avec tellement de calme », a continué Goldstein-Almog. « A 11 heures 52, il y a une photo de ma voiture en route pour Gaza. Sept minutes plus tard, nous nous trouvions à Gaza ».

Une fois dans la bande – où Goldstein-Almog et ses trois enfants sont restés en captivité pendant 51 jours – il a été évident pour elle que le Hamas préparait son assaut depuis des années, a-t-elle ajouté, disant qu’elle avait tiré cette conclusion des discussions qu’elle avait pu avoir avec ses geôliers.

« Ils prévoient de recommencer », a-t-elle averti. « Ils nous ont dit de ne pas retourner à Kfar Aza, d’aller à Tel Aviv ou à Akko. Ils nous ont dit qu’il y avait eu 3 000 terroristes la dernière fois et que la prochaine fois, ils seraient 20 000 : ‘Il nous faudra quelques années pour nous rétablir mais nous reviendrons’, m’ont-ils dit. Ils n’ont rien à perdre ».

Assise à côté de Goldstein-Almog, Meirav Tal, une otage qui a elle aussi été libérée. Elle a raconté avoir retrouvé brièvement à Gaza le fils de 13 ans de son conjoint, Yagil Yaakov, qui avait été lui aussi emmené en captivité.

L’adolescent a poussé un cri strident en la voyant la première fois dans un dispensaire médical de Gaza et tous les deux ont passé plusieurs heures « à nous regarder l’un l’autre, comme si nous étions dans un rêve », a-t-elle indiqué. Tous deux ont été ultérieurement relâchés séparément dans le cadre de l’accord de trêve contre otages conclu au mois de novembre.

Meirav Tal embrassant des membres de sa famille après avoir été libérée des geôles du Hamas à l’hôpital Ichilov, à Tel Aviv, le 28 novembre 2023. (Crédit : Autorisation)

Et Luis Har, qui avait été secouru de Gaza avec le frère de sa conjointe, Fernando Marman, par les soldats israéliens, au mois de février, a raconté être sorti, avec son compagnon d’infortune, par une petite fenêtre de la cuisine de l’appartement où il était gardé en captivité par ses ravisseurs et avoir refermé la fenêtre derrière eux de manière à ce que leur absence ne soit pas immédiatement remarquée.

Sur les images diffusées lundi par le service de presse du gouvernement, les témoignages d’anciens otages et de survivants de l’attaque contre les communautés frontalières qui avait été lancée par le Hamas, le 7 octobre – avec également des séquences qui avaient été filmées par les terroristes eux-mêmes lors de l’assaut.

Dans le film, Doron Katz-Asher, une ex-captive, raconte avoir été blessée par balle alors qu’elle était emmenée en tracteur vers l’enclave côtière. Elle évoque aussi la mort de sa mère, Efrat Katz, tuée devant ses yeux – disant qu’elle n’a réalisé avoir assisté à sa mort que bien plus tard.

Keren Munder une ancienne otage, parle, dans ce documentaire, de sa détention dans les tunnels avec d’autres otages, racontant l’enfer de la fièvre, des cauchemars et ses poux – tandis que son fils, Ohad, 9 ans, se souvient qu’il était entouré en permanence par des terroristes armés. La mère et son fils avaient été libérés lors de la trêve qui avait eu lieu à la fin du mois de novembre.

Des manifestants réclament la libération des otages détenus dans la bande de Gaza et protestent contre le gouvernement devant la base de Hakirya à Tel Aviv, le 4 mai 2024. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Sur la scène de la salle, la difficulté, pour les ex-otages, de raconter ce qu’ils ont vécu, avec un traumatisme encore vif, était évidente.

Tal, dont le conjoint, Yair Yaakov, était otage présumé à Gaza avant qu’il ne soit découvert, au mois de février, qu’il avait été tué le 7 octobre, a raconté sa captivité aux côtés d’Ada Sagi, 75 ans, qui était, comme elle, du kibboutz Nir Oz. Une fois arrivées à Gaza, les deux femmes avaient reçu pour instruction de complètement se déshabiller, leurs ravisseurs ayant supposé qu’ils trouveraient une puce implantée par l’armée dans leur corps, sous la peau.

Tal avait demandé avec insistance, tremblante de peur, à être inspectée par une femme – une demande qui avait finalement été accordée. Elles avaient ensuite revêtu des tenues traditionnelles musulmanes et elles avaient été photographiées en compagnie des nombreux curieux venus les voir dans l’appartement où elles étaient gardées prisonnières.

Craignant une agression sexuelle, Tal, 53 ans, n’avait cessé de dire à ses ravisseurs qu’elle était une vieille femme.

« Dans la vie normale, on veut rester jeune mais là-bas, je n’avais aucun problème à avoir même cent ans », a-t-elle raconté. « J’ai éprouvé beaucoup de peur pendant ces 45 jours ».

Toutes les otages qui ont été libérées ont parlé des menaces à caractère sexuel proférées par leurs ravisseurs.

Har avait été gardé en captivité avec sa conjointe, Clara, et la fratrie et la nièce de cette dernière, Mia Leimberg. Har a indiqué que tous s’étaient inquiétés pour Mia, âgée de 17 ans, l’un de leurs geôliers ne cessant de faire allusion à un éventuel mariage. Ils avaient finalement demandé à la jeune fille de faire semblant de dormir sous la couverture lorsque l’homme se trouvait dans la pièce.

Mia Leimberg et son chien Bella, le 3 décembre 2023. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Sans mentionner de noms spécifiques, Goldstein-Almog a raconté ses rencontres émues avec les autres otages pendant toute sa captivité – notamment avec un couple de personnes âgées de Kfar Aza et un jeune homme, ainsi qu’avec plusieurs soldates. Deux de ces dernières avaient commencé à travailler dans une unité de surveillance quelques jours seulement avant le 7 octobre, a-t-elle ajouté.

« Chaque rencontre avec les otages reste émouvante », a continué Goldstein-Almog. « Tout le monde raconte son histoire difficile d’enlèvement ».

Plus difficile encore : la situation de ceux qui se trouvent encore entre les mains du Hamas. Goldstein-Almog a évoqué le souvenir de jeunes femmes qui tentaient de soigner elles-mêmes leurs blessures dans les tunnels, ôtant des éclats d’obus de leurs membres – des femmes parfois obligées à se livrer à des actes sexuels avec leurs ravisseurs.

« Et elles sont encore là-bas, elles sont encore là-bas », a-t-elle ajouté, secouant la tête. « Je pensais qu’elles sortiraient après nous. J’espère qu’elles sont toujours ensemble ».

Des familles et sympathisants des otages détenus dans la bande de Gaza levant leurs mains, peintes en rouge pour symboliser le sang, pour appeler à la libération des captifs et marquer les 200 jours depuis l’assaut barbare du groupe terroriste palestinien du Hamas sur le sud d’Israël le 7 octobre, à Tel Aviv, Israël, le 23 avril 2024. (Crédit : Ohad Zwigenberg/AP)

Orit Sulitzeanu, responsable de l’Association des centres d’aide aux victimes de viols en Israël, a pris la tête des initiatives visant à recueillir les témoignages portant sur les violences sexuelles subies par les captives à Gaza.

C’est compliqué de recueillir les témoignages de viol des survivantes parce qu’elles « ne souhaitent pas en parler », a dit Sulitzeanu, qui s’est exprimée lors de la projection. « Elles veulent gérer ce qui s’est passé en privé ».

Il y a des éléments de preuve, a-t-elle ajouté, mais il n’y a pas d’ADN, aucun set d’agression sexuelle n’ayant été utilisé à ce moment-là dans la mesure où les lieux étaient un théâtre de guerre.

« Ainsi, aujourd’hui, Israël fait partie de la famille des nations où des femmes ont été utilisées comme armes de guerre », a continué Sulitzeanu, « et des récits vont continuer à émerger petit à petit ».

Tous les responsables de la catastrophe du 7 octobre devront rendre des comptes mais seulement après la guerre, a affirmé Tal. Pour le moment, a-t-elle dit, il reste impossible pour elle de reprendre une vie normale.

« La routine n’est pas la routine », a-t-elle indiqué. « Il y a beaucoup de flashbacks, de cauchemars, de mauvais rêves. Nous allons en thérapie, voir des psychiatres et nos vies ont complètement changé ».

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