Implantations : réactions des élus israéliens au changement de position US
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Implantations : réactions des élus israéliens au changement de position US

Les députés de la droite et du centre ont salué la décision mais la gauche affirme que cela compliquera la solution à deux Etats

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le président américain Donald Trump présente un décret signé reconnaissant la souveraineté d'Israël sur le plateau du Golan, sous le regard du Premier ministre Benjamin Netanyahu dans la salle de réception diplomatique de la Maison Blanche à Washington, le 25 mars 2019. (AP Photo/Susan Walsh)
Le président américain Donald Trump présente un décret signé reconnaissant la souveraineté d'Israël sur le plateau du Golan, sous le regard du Premier ministre Benjamin Netanyahu dans la salle de réception diplomatique de la Maison Blanche à Washington, le 25 mars 2019. (AP Photo/Susan Walsh)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son principal rival politique Benny Gantz ont tous deux salué la décision des Etats-Unis de révoquer une opinion juridique qui considérait les implantations israéliennes comme contraire au droit international.

Dans un entretien téléphonique, Netanyahu a déclaré à Trump que la déclaration du secrétaire d’Etat Mike Pompeo permettait de « corriger une injustice historique ».

Cette décision « est le reflet d’une vérité historique – que les Juifs ne sont pas des colonisateurs étrangers en Judée-Samarie (nom biblique de la Cisjordanie). Nous ne sommes pas en terre étrangère. C’est notre foyer national depuis plus de 3 000 ans. En fait, nous sommes appelés Juifs car nous sommes le peuple de Judée », a-t-il ajouté dans un communiqué.

« Cela n’empêche aucunement les négociations. Au contraire, cela est bénéfique pour la paix parce qu’on ne peut pas bâtir de paix véritable sur des bases mensongères. »

Netanyahu a salué l’annonce, par Pompeo, sur le fait que Washington se tournera vers les tribunaux israéliens pour déterminer la légalité des implantations.

« Le système juridique israélien, qui s’est montré pleinement capable de répondre à des questions liées aux implantations, est l’endroit où ces questions doivent être traitées, à l’inverse des instances internationales partiales qui ne font pas cas de l’Histoire ni des faits », a-t-il dit.

L’entrée de l’implantation de Yitzhar en Cisjordanie. (Crédit : Flash 90)

Un haut-responsable israélien a déclaré aux journalistes sous couvert d’anonymat que Netanyahu avait demandé ce changement de politique « depuis plusieurs mois ».

Le sujet avait été traité par le Conseil de sécurité national et le département du droit international au sein du bureau du procureur général, a-t-il précisé.

Le président de Kakhol lavan Benny Gantz a également salué la décision américaine annoncée par Pompeo.

« Le sort des implantions et des résidents de Judée et de Samarie devrait être déterminé par des accords conformes aux exigences sécuritaires, et qui favorise une paix bénéfique aux deux parties tout en reflétant la réalité sur le terrain », a écrit Gantz dans un tweet.

Moshe Yaalon, qui représente la frange droitiste de Kakhol lavan, a également salué cette décision.

Netanyahu et Gantz ont tous exprimé leur position favorable à la construction dans les implantations, et se sont tous deux dit favorables à l’annexion de la Vallée du Jourdain, un couloir terrestre qui relie la Cisjordanie à la Jordanie.

En pleine impasse politique, Netanyahu s’est servi de l’annonce de Pompeo pour faire campagne contre son rival.

Si la décision américaine reste très largement symbolique, elle pourrait dynamiser Netanyahu, qui lutte pour sa survie politique, après son échec à former un gouvernement à l’issue des dernières élections.

De plus, elle pourrait perturber le plan de paix promis par l’administration américaine, qui ne suscitera probablement pas le consensus international en soutenant une position qui lui est contraire.

Une capture d’écran de la publication de Gantz a été partagée par le porte-parole de Netanyahu qui a surligné les mots « deux parties », semblant se moquer de Gantz, qui montrait la préoccupation du chef de Kakhol lavan pour les Israéliens comme pour les Palestiniens.

Le chef du parti Kakhol lavan, Benny Gantz, s’entretient avec des journalistes près de l’implantation Migdal Oz en Cisjordanie, après la mort de l’étudiant de yeshiva Dvir Yehuda lors d’un attentat terroriste, le 8 août 2019. (Crédit : Gershon Elinson / Flash90)

Netanyahu a également profité de cette opportunité pour attaquer une fois de plus Kakhol lavan et ses projets de former un gouvernement minoritaire avec le soutien de la Liste arabe unie. Le président du Likud a réaffirmé que les députés arabes israéliens soutiennent le terrorisme, dans une vidéo publiée en réaction à l’annonce de Pompeo.

Plusieurs députés de droite, notamment la numéro 2 de HaYamin HaHadash Ayelet Shaked a déclaré que ce changement de politique devait être utilisé comme un tremplin vers l’annexion de la Cisjordanie par Israël.

« Il est temps d’appliquer notre souveraineté sur ces communautés », a déclaré Shaked dans un communiqué. « Le peuple juif a un droit légal et moral pour vivre dans leur foyer national de toujours. »

« Il n’y a aucun doute sur les droits de la nation d’Israël sur la Terre d’Israël », a déclaré le ministère des Affaires étrangères (Likud) dans un communiqué.

Le ministre de la Justice Amir Ohana (Likud) a déclaré que Washington avait « reconnu le lien entre la nation israélienne et la Terre d’Israël, ainsi que le lien étroit entre les deux dirigeants, Netanyahu et Trump ».

Amir Peretz, chef de l’alliance travailliste-Gesher, a déclaré que les Etats-Unis compliquaient la possibilité de parvenir à une solution à deux Etats avec les Palestiniens.

« Des générations d’Israéliens ont payé le prix de ce conflit, qui est un problème stratégique pour Israël, pas pour l’Amérique. L’affirmation que les implantations sont légales donnera à des millions de Palestiniens la légitimité de demander la nationalité et l’égalité des droits. C’est soit deux Etats, soit un seul qui soit non-sioniste et non-Juif. Il n’y a pas de troisième option », a-t-il dit.

Ehud Barak (G), chef du Parti démocratique israélien, en compagnie de Yair Golan, membre du parti, lors d’une visite de l’implantation d’Ariel en Cisjordanie, 16 juillet 2019. (Roy Alima/Flash90)

À gauche de l’échiquier politique, les réactions n’ont pas été très positives.

Le président du Camp démocratique Nitzan Horowitz a décrit l’annonce américaine comme « mauvaise et néfaste », affirmant que les implantations sont « un obstacle central à la paix ».

« Elles sont illégales, quelle que soit la définition du droit internationale et causent du tort aux intérêts israéliens comme aux intérêts palestiniens, évidemment. Les Etats-Unis auraient dû demander la cessation de la construction dans les implantations et la reprise immédiate du processus de paix. Il n’y a pas d’autre solution au conflit, à part la solution à deux Etats », a déclaré Horowitz dans un communiqué.

Ayman Odeh, chef de la Liste arabe unie, une alliance de partis majoritairement arabes à la Knesset, a écrit sur Twitter que le changement de politique israélienne au sujet des implantations de Cisjordanie « ne changeront pas le fait que les implantations ont été construites sur des terres occupées sur lesquelles sera fondé un Etat palestinien indépendant, aux côtés d’Israël ».

Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo en conférence au département d’Etat à Washington DC, le 18 novembre 2019. (Crédit : Andrew Harnik/AP)

Réactions à l’étranger

Le ministre des Affaires étrangères égyptien a condamné la décision de Pompeo et confirmé dans un communiqué que les implantations « sont illégales et contraires au droit international ».

Le ministère des Affaires étrangères jordanien a déclaré après l’annonce que les implantations « sont une violation du droit international » qui « tuent la solution à deux Etats. La position de la Jordanie dans cette condamnation reste inchangée ».

L’Autorité palestinienne a dénoncé lundi la position des Etats-Unis qui ne considèrent plus comme contraires au droit international les implantations israéliennes en Cisjordanie, jugées illégales par l’ONU et une grande partie de la communauté internationale.

Washington n’est « pas qualifié ou autorisé à annuler des dispositions de droit international et n’a pas le droit de légaliser des colonies israéliennes », a déclaré dans un communiqué le porte-parole de la présidence palestinienne, Nabil Abou Roudeina

L’AFP a contribué à cet article.

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