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Implantations : un groupe de soutien pour les parents religieux d’enfants LGBT

Poursuivant les efforts entamés deux ans plus tôt avec la formation d'un club pionnier pour les jeunes LGBT, la municipalité d'Efrat propose désormais de l'aide à leurs familles

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Un adolescent israélien enveloppé dans un drapeau gay près de l'implantation d'Efrat, le 3 juin 2018 (Crédit : Jacob Magid/Times of Israel)
Un adolescent israélien enveloppé dans un drapeau gay près de l'implantation d'Efrat, le 3 juin 2018 (Crédit : Jacob Magid/Times of Israel)

Le conseil régional du Gush Etzion et le conseil local voisin d’Efrat Local en Cisjordanie parrainent un nouveau groupe de soutien destiné aux parents de jeunes LGBT, rejoignant ainsi la poignée d’autres municipalités religieuses ayant pris des initiatives similaires, et devenant la première de l’autre côté de la Ligne verte à le faire.

Vendredi dernier, le maire d’Efrat Oded Revivi a publié un prospectus de l’initiative sur Facebook, indiquant, « Nous ne perdrons pas nos enfants ».

Le groupe de soutien sera dirigé par Tehila, qui, d’après son site web, « propose de l’aide aux parents d’enfants appartenant à la communauté gay, apportée par d’autres parents ».

Les militants de Tehila Nava Abramovitz et Israel Leibovitch ont indiqué au Times of Israel que le nouveau groupe du Gush Etzion, au sud-est de Jérusalem, venait s’ajouter à une vingtaine d’autres initiatives similaires dans le pays. Néanmoins, seules quelques-unes sont spécifiquement destinées aux parents religieux.

Le maire d’Efrat, Oded Revivi. (Crédit : Avi Hyman Communications)

Le nouvel espace de parole organisera des rencontres dès le début du mois prochain, dans des endroits « stériles » afin de protéger la vie privée de ceux qui souhaitent y participer. Tehila s’attend à recevoir entre 10 et 12 parents à chaque séance mensuelle.

Les deux militants expliquent qu’un groupe similaire existe déjà à Jérusalem, dont ils sont tous les deux originaires, mais qui s’adresse celui-ci aux familles séculières comme religieuses. Ils précisent que leur nouveau groupe répondait spécifiquement aux besoins des parents croyants et pratiquants qui se posent souvent des questions sur la manière dont faire face aux défis halachiques (la loi religieuse) qui émergent du fait d’avoir un enfant LGBT.

« Il n’y a rien de tel dans les implantations », explique Israel Leibovitch.

Les militants de Tehila remercient Oded Revivi pour « son aide très chaleureuse » nécessaire pour que l’initiative décolle.

Pourquoi Efrat a été en mesure de jouer un rôle crucial ? Nava Abramovitz répond que c’est parce que la municipalité compte un maire « qui en comprend la nécessité et est prêt à faire tout son possible pour sauver des vies ».

Jusqu’à dimanche soir, quatre couples de parents avaient déjà contacté Tehila, faisant part de leur envie de rejoindre le groupe de soutien.

Des Israéliens écoutent le Rabbi Rafi Ostroff (assis à gauche sur le canapé) et Jonathan Maman (a droite) lors d’un événement consacré à la jeunesse LGBT dans la communauté religieuse, dans l’avant-poste de Sde Boaz. (Crédit : Jacob Magid/Times of Israel)

Oded Revivi a expliqué au Times of Israel qu’il avait proposé son aide dans la promotion de l’initiative et l’accueil de réunions après avoir été contacté par Tehila. La publication Facebook du maire a récolté 486 mentions « J’aime » et plus de 75 commentaires d’encouragement. Un utilisateur du réseau social a attaqué l’idée, avant de finalement s’excuser et de retirer ses commentaires.

« Les sages nous enseignent, ‘Celui qui sauve une vie sauve le monde' », indique Oded Revivi, citant un passage du Talmud. « C’est de là que nous comprenons que nous sommes obligés d’aider nos amis de la communauté LGBT ainsi que leurs parents pour faire face aux difficultés ».

« Je recommande à quiconque d’essayer de voir comment ils peuvent venir en aide à leur voisin, [qui ne nécessite] pas forcément de croire que l’on puisse faire de notre prochain une copie de nous-mêmes. Cela ne se produit pas en politique, cela ne se produit pas dans la religion, et cela ne se produit pas avec l’identité sexuelle de quelqu’un », conclut le maire.

Depuis plusieurs années, le conseil régional du Gush Etzion, et davantage le conseil local d’Efrat, sont la figure de proue d’un mouvement, au sein des implantations et dans l’ensemble du camp religieux nationaliste conservateur, qui appelle à une plus grande ouverture et à une plus grande acceptation des LGBT dans leurs communautés.

Des participants religieux à la Gay Pride de Jérusalem le 18 septembre 2014 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

En juin 2018, la municipalité organisait un événement inaugural au-delà de la Ligne verte, lors duquel plus de 100 résidents ont été accueillis par Oded Revivi, et le responsable du conseil religieux du Gush Etzion, un éminent psychiatre religieux, et des membres de la communauté religieuse LGBT. L’événement était articulé autour d’un thème mis en exergue dans les propos tenus par le maire dimanche — accepter la jeunesse LGBT pour ce qu’elle est, car cela pourrait sinon nuire à la santé mentale de ces enfants.

Plusieurs autres événements intimistes ont vu le jour l’été passé dans tout le Gush Etzion pour les résidents d’implantations locaux, qui tendent un peu plus la main aux LGBT.

Mais ces efforts ont également connu quelques accrocs. L’un d’entre eux prévu à Neve Daniel a dû être délocalisé de l’implantation après avoir été interdit par le rabbin de la ville.

En mai de cette année, on apprenait le suicide de Netta Hadid, une transgenre de 23 ans originaire de l’implantation d’Alon Shvut dans le Gush Etzion.

Vue de maisons dans l’implantation d’Efrat, le 27 novembre 2018. (Gershon Elinson/Flash90)

Néanmoins, après l’événement de juin 2018 à Efrat, un groupe de soutien a vu le jour pour venir en aide aux jeunes LGBT du « Gush » [bloc en hébreu], surnom du bloc d’implantations situées dans la banlieue sud de Jérusalem.

Le groupe LGBT du Gush est passé à 20 membres, âgés de 18 à 23 ans, et se rencontre deux fois par mois. Les mineurs doivent néanmoins se tourner vers d’autres groupes ou ressources à Jérusalem, car celui-ci est seulement en mesure de répondre aux besoins des adultes.

Même avant le lancement du nouvel espace de soutien pour les parents, un nombre croissant de résidents de la région ont exprimé leur opposition à ceux qui s’avèrent moins tolérants à l’égard des LGBT de leur communauté.

Lorsqu’un éminent rabbin religieux nationaliste, Yigal Levinstein — qui avait suscité la controverse en 2016 en qualifiant les gays de « déviants » — fut invité à intervenir dans une synagogue d’Efrat plus tôt cette année, un groupe d’habitants locaux manifesta devant l’édifice, et Oded Revivi avait publié un communiqué qui prenait ses distances avec la municipalité au sujet de l’événement.

Avec ce nouveau groupe de soutien, Oded Revivi dit espérer que sa municipalité autorisera les parents ayant un fils ou une fille LGBT « de se sentir soulagé, car quelqu’un fait enfin attention à eux ».

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