Un rabbin lauréat du prix d’Israël ne souhaite pas le renvoi de son collègue controversé
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Un rabbin lauréat du prix d’Israël ne souhaite pas le renvoi de son collègue controversé

Eli Sadan refuse de « coopérer avec la dictature » qui souhaite le renvoi de Yigal Levinstein pour ses propos sur les soldates

Le rabbin Eli Sadan au cours d'une manifestation devant le bureau du Premier ministre, à Jérusalem, le 21 février 2016 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le rabbin Eli Sadan au cours d'une manifestation devant le bureau du Premier ministre, à Jérusalem, le 21 février 2016 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Un rabbin reconnu, qui a reçu l’année dernière le Prix d’Israël pour l’œuvre de toute une vie, est devenu le dernier personnage public en date à soutenir son collègue qui a provoqué un scandale la semaine dernière quand un enregistrement de ses commentaires sarcastiques sur les soldates a été rendu public.

Le rabbin Eli Sadan a indiqué à ses étudiants mercredi lors d’une conversation qui a été enregistrée et transmise à la Deuxième chaîne, qui l’a diffusé jeudi, qu’il n’était pas d’accord avec la demande du ministre de la Défense Avigdor Liberman qui souhaiterait que le rabbin Yigal Levinstein soit congédié de son école préparatoire pour l’armée dans l’implantation d’Eli.

Le 8 mars, Levinstein, qui travaille avec Sadan sur le programme préparatoire pour l’armée de Bnei David, a déclaré devant plusieurs centaines de diplômés d’une autre école préparatoire que le service dans l’armée israélienne avait «rendu nos filles folles ».

« Ils les recrutent dans l’armée, où elles entrent en tant que Juives, mais elles ne sont plus juives au moment où elles quittent [l’armée], a-t-il jugé. Pas dans le sens génétique, mais toutes leurs valeurs et leurs priorités ont été bouleversées et nous ne devons pas le permettre. »

Le Rabbin Yigal Levinstein enseignant une leçon (Capture d'écran : YouTube)
Le Rabbin Yigal Levinstein enseignant une leçon (Capture d’écran : YouTube)

Mercredi, le ministre de la Défense Liberman a demandé à Levinstein de démissionner, mettant en garde que si le rabbin refusait, Liberman serait forcé d’utiliser de son autorité pour mettre fin à la reconnaissance par le ministère de la Défense de la yeshiva et faire tout ce qui était en son pouvoir pour arrêter le programme pré-enrôlement.

Actuellement, les élèves de la yeshiva hesder peuvent compter une partie de leur temps dans l’établissement comme une partie du service militaire obligatoire. Sans cette reconnaissance, ils perdraient cette possibilité.

Sadan a révélé dans l’enregistrement que le ministère de la Défense l’avait contacté il y a une semaine pour demander le retrait de Levinstein.

« La semaine dernière, un représentant du ministère de la Défense m’a appelé pour dire : ‘vous avez jusqu’à demain 8 heures et vous devrez me donner une réponse’ », a indiqué Sadan.

« Ma réponse était naturellement que nous ne coopérerions pas avec cette dictature et qu’ils devraient faire ce qu’ils veulent ».

Sadan a poursuivi en s’attaquant au ministre de la Défense, en disant : « nous ne laisserons pas les politiciens jouer avec nous ».

Le ministre de la Défense, Avigdor Liberman, arrivant à la réunion de la commission de la Défense et des Affaires étrangères à la Knesset, le 6 mars 2017 (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)
Le ministre de la Défense, Avigdor Liberman, arrivant à la réunion de la commission de la Défense et des Affaires étrangères à la Knesset, le 6 mars 2017 (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

« Il est clair que toute tentative de renvoyer le rabbin Yigal n’a rien à voir avec la justice ou le désir de vraiment régler les choses dans le pays. »

« Aucun ministre n’oserait jamais dire ce que Liberman vient de déclarer maintenant contre quelqu’un de gauche », a ajouté Sadan.

Il a poursuivi en expliquant que « si vous prenez une personne et que vous la mettez dans une unité mixte avec des hommes et de femmes, où il n’y a aucune possibilité d’observer l’interdiction de se toucher, ou de s’unir, je crois qu’il faut dire : ‘désolé, je ne peux pas servir ici’ », a estimé Sadan.

« Nous n’accepterons pas que quiconque exploite un ordre militaire pour nous forcer à enfreindre une loi [religieuse], grande ou petite. »

Sur l’enrôlement des femmes dans l’armée en général, Sadan a indiqué que « je ne pense pas que le champ de bataille soit un endroit pour une femme. Je ne voudrais pas que les femmes soient impliquées dans une élimination. »

Des Israéliennes servant dans le bataillon Caracal, en novembre 2007. (Crédit : Yoni Markovitzki/unité des porte-paroles de l'armée israélienne/Flash90)
Des Israéliennes servant dans le bataillon Caracal, en novembre 2007. (Crédit : Yoni Markovitzki/unité des porte-paroles de l’armée israélienne/Flash90)

Il a continué : « j’ai bandé des blessures sur le champ de bataille. Je ne voudrais pas une fille près de moi dont je devrais déchirer les vêtements pour lui poser un pansement. »

« Et plus encore, je ne voudrais pas qu’elle doive me porter sur son dos si, Dieu m’en garde, j’en avais besoin. »

Sadan a cependant ajouté qu’il respectait les femmes qui pensaient apporter une contribution majeure en servant dans des unités mixtes telles que le bataillon d’infanterie Caracal.

« Malgré cela, je ne renoncerai pas à mon droit d’expliquer aux Israéliens pourquoi je pense que l’Etat d’Israël ne devrait pas envoyer des filles dans les professions de combat. »

Dans une lettre publiée mercredi, 13 rabbins et une dirigeante d’une école pré-militaire pour femmes, ont interdit aux soldats religieux de servir dans des unités de combat mixtes, appelant également les chefs des armées à faire preuve de sensibilité envers les soldats religieux et à ne pas les pousser dans un « ghetto » au sein de l’armée.

Le jour même où les commentaires de Levinstein ont été publiés, le ministre de l’Education Naftali Bennett (HaBayit HaYehudi) a déclaré que l’académie « continuerait ses activités normalement. Ce qui doit être réglé sera réglé, notamment à l’égard de ces déclarations scandaleuses, mais sans exagération inutile », a-t-il indiqué.

L’an dernier, le rabbin Eli Sadan a reçu le Prix d’Israël pour l’œuvre d’une vie pour ses efforts visant à intégrer les Israéliens religieux dans l’armée.

En le qualifiant de « révolutionnaire sioniste », Bennett avait déclaré que le programme préparatoire pour l’armée de Sadan destiné aux adolescents religieux « a mis en mouvement l’une des plus grandes révolutions de la société israélienne ».

Le ministre de l'Éducation Naftali Bennet à Jérusalem le 27 décembre 2015 (Crédit : Marc Israël Sellem / POOL)
Le ministre de l’Éducation Naftali Bennet à Jérusalem le 27 décembre 2015 (Crédit : Marc Israël Sellem / POOL)

« Le rabbin Sadan a réuni des Juifs séculiers et religieux, reliant la Torah à l’armée et à l’État avec le sionisme et les implantations, a écrit Bennett. Grâce à lui, des milliers de jeunes ont pu apporter des contributions significatives à l’armée israélienne. »

Levinstein avait été condamné l’année dernière après un discours où il avait qualifié les homosexuels de « déviants ». Il a écrit une lettre au ministère de la Défense pour expliquer ce qu’il entendait par là, mais beaucoup de ses activités avec l’armée ont été réduites en raison de ses remarques controversées.

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