Des rabbins orthodoxes libéraux interdisent le service militaire dans des unités mixtes
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Parmi les signataires figurent les rabbins Shlomo Riskin et David Stav et la Rabbanit Michal Nagen, ainsi que l’organisation Beit Hillel

Des rabbins orthodoxes libéraux interdisent le service militaire dans des unités mixtes

L'organisation Beit Hillel a aussi signé la lettre qui appelle les dirigeants à "faire preuve de sensibilité à l’égard des soldats religieux" et à ne pas les "ghettoïser" au sein de l’armée

Des Israéliennes servant dans le bataillon Caracal, en novembre 2007. (Crédit : Yoni Markovitzki/unité des porte-paroles de l'armée israélienne/Flash90)
Des Israéliennes servant dans le bataillon Caracal, en novembre 2007. (Crédit : Yoni Markovitzki/unité des porte-paroles de l'armée israélienne/Flash90)

Des dirigeants de la branche libérale de l’orthodoxie israélienne ont interdit à leur fidèles de servir dans des unités mixtes de l’armée, dans une lettre publiée mercredi. Ils ont également appelé les dirigeants de l’armée à faire preuve de sensibilité à l’égard des soldats religieux et à ne pas les « ghettoïser » au sein de l’armée.

Leur décision fait suite aux critiques qu’a essuyé leur confrères Yigal Levinstein, qui dirige une yeshiva sioniste religieuse pré-militaire. Il a récemment taxé les soldates religieuses de « non-juives ».

La lettre, signée par 13 rabbins et la directrice d’une école pré-militaire pour femmes, interdit aux soldats religieux de servir dans des unités combattantes mixtes, comme Caracal par exemple, un bataillon d’infanterie mixte. Parmi les signataires figurent les rabbins Shlomo Riskin et David Stav et la Rabbanit Michal Nagen, ainsi que l’organisation Beit Hillel, un groupe rabbinique moderne orthodoxe qui promeut l’inclusion.

Servir le pays, par le service militaire ou le service national, est une obligation religieuse, disent-ils dans la lettre. Mais la loi juive pose des limites à cette obligation. Ils ont ajouté que l’intégration des jeunes gens et jeunes femmes dans l’armée et nécessaire, et dans la plupart des unités, soldats et soldates peuvent servir ensemble dans le respect de la loi juive. Mais ils tirent le signal d’alarme lorsqu’il s’agit des unités combattantes mixtes.

Le rabbin David Stav (gauche) de Tzohav avec le rabbin Shlomo Riskin d'Efrat, le 2 juillet 2015. (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)
Le rabbin David Stav (gauche) de Tzohav avec le rabbin Shlomo Riskin d’Efrat, le 2 juillet 2015. (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)

Ces dernières années, le nombre de femmes dans les unités combattantes est en nette augmentation. Un programme pilote a été lancé pour former les femmes à l’infanterie et éventuellement les assigner à des unités blindées aux frontières. Cette mesure a soulevé plus d’un sourcil dans la communauté religieuse, dont les membres religieux servent dans des unités combattantes, mais ils considèrent la proximité avec le sexe opposé comme impudique.

Les rabbins et Beit Hillel débattant de la volonté de personnes ayant des déficiences cognitives à célébrer leur bar ou bat Mitzvah ou leur mariage (Crédit : Autorisation de Beit Hillel)
Les rabbins et Beit Hillel débattant de la volonté de personnes ayant des déficiences cognitives à célébrer leur bar ou bat Mitzvah ou leur mariage (Crédit : Autorisation de Beit Hillel)

Les rabbins ont souligné qu’ils n’appelaient pas les hommes et les femmes à servir séparément, et qu’ils ne souhaitent pas que l’armée force les soldats religieux à se « ghettoïser » au sein de l’armée. Mais, disent-ils, les unités dans lesquelles hommes et femmes partagent les mêmes casernes et dans lesquelles il y a un contact physique étroit sont contre la loi juive.

« La plupart des unités mixtes n’imposent pas d’activités physiques communes, et n’imposent pas qu’ils vivent dans les mêmes casernes », écrivent-ils. « C’est pourquoi, nous ne voyons aucun problème halakhique dans la grande majorité des situations. Cependant, il y a certaines unités combattantes de l’armée, par exemple Caracal… pour lesquelles nous n’avons pas encore trouvé le moyen de garantir une séparation. C’est pourquoi, en l’état actuel des choses, il est interdit de servir dans ces unités. »

Ils ont appelé les dirigeants de l’armée israélienne à « faire preuve de sensibilité à l’égard de la communauté religieuse et à lui permettre de respecter ses valeurs et ses croyances sans qu’elle n’ait besoin de se ghettoïser au sein de l’armée ».

Le rabbin Yaakov Medan, le 7 novembre 2012. (Crédit : Oren Nahshon / FLASH90)
Le rabbin Yaakov Medan, le 7 novembre 2012. (Crédit : Oren Nahshon / FLASH90)

Le rabbin Yaakov Medan, l’un des directeurs de la yeshiva Har Etzion à Alon Shvut en Cisjordanie et l’un des signataires de cette lettre, a parlé des changements dans l’idéologie de l’armée, qui, parfois, entre en contradiction avec les valeurs du sionisme religieux.

« Nous aimons l’armée, et elle a une valeur énorme pour nous », a-t-il dit, selon le site d’information religieux Srugim. « Nous voulons nous intégrer dans toutes les unités. Cependant, l’armée, dirigée par le conseiller du chef d’état-major pour la mixité, essaye de nous rééduquer et de nous forcer à intégrer une culture à laquelle nous n’adhérons pas. Et c’est inacceptable. »

Il a dit que la nouvelle direction prise par l’armée pourrait conduire à une baisse du nombre de soldats religieux dans ses rangs.

« Je crois en l’armée. J’ai servi dans l’armée, et j’ai été réserviste jusqu’à l’âge de 59 ans », a-t-il écrit. « Tous mes enfants ont fait l’armée, et mes garçons étaient dans des unités d’élite. Je crois en l’armée. Et je peux vous dire que ces deux dernières années, quelque chose de terrible s’est produit qui fait régresser. »

Medan a accusé le chef d’état-major de n’avoir pas honoré les promesses faites à la communauté religieuse, ce qui complique la tâche des soldats religieux.

« Pendant plusieurs mois, nous nous sommes assis, et nous avons fini par trouver une solution appelée ‘l’intégration adaptée’. C’était notre position finale. Et tout a été défait et maintenant, nous avons des ‘unités mixtes’ », déplore-t-il.

Medan assure qu’au sein de l’armée, certains essayent intentionnellement de marginaliser les soldats religieux.

« Le danger est pour les garçons, mais il est d’autant plus présent pour les fils. Je ne dis pas qu’elles ne doivent pas s’enrôler, mais nous devons nous battre contre ça. »

Le débat sur le service militaire des femmes dans les unités combattantes fait rage depuis des années, mais a été relancé la semaine dernière avec la diffusion d’une vidéo de Levinstein, qui dirige une yeshivat hesder et une école pré-militaire dans l’implantation d’Eli en Cisjordanie. Il a déclaré que les soldates n’étaient pas juives et que le service militaire les rendait « folles ».

L’enregistrement diffusé par la Deuxième chaîne, a déclenché un tollé. Mercredi, le ministre de la Défense Avigdor Liberman a menacé de leur retirer à l’école d’Eli son accréditation si Levinstein ne quittait pas ses fonctions.

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