Iran: sommé de s’expliquer sur l’économie, Rouhani ne convainc pas le Parlement
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Iran: sommé de s’expliquer sur l’économie, Rouhani ne convainc pas le Parlement

"Les gens n'ont pas peur des Etats-Unis. Ils ont peur de notre désunion. Si les gens voient qu'on est unis, ils réaliseront que leurs problèmes seront résolus," a dit le président

Le président Hassan Rouhani s'exprime devant le parlement à Téhéran, le 28 août 2018. (Crédit : AFP / ATTA KENARE)
Le président Hassan Rouhani s'exprime devant le parlement à Téhéran, le 28 août 2018. (Crédit : AFP / ATTA KENARE)

Les députés iraniens ont signifié mardi leur profonde insatisfaction à Hassan Rouhani face aux difficultés économiques et sociales du pays, malgré les tentatives d’explications du président, convoqué de manière inédite devant le Parlement à Téhéran.

Il s’agissait de la première convocation de M. Rouhani devant les députés pour s’expliquer, dans un contexte rendu encore plus électrique par le retrait des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien et le rétablissement de sanctions.

Cette audition, qui a duré près de deux heures, fait également suite au limogeage, après un vote de défiance du Parlement, des ministres du Travail – le 8 août – et de l’Economie, ce dimanche.

Malgré les tentatives d’explications du président, interrogé notamment sur le chômage tenace, l’inflation et l’effondrement de la monnaie, les élus ont exprimé leur profonde insatisfaction sur quatre des cinq dossiers soumis à un vote.

Les députés ont maintenant la possibilité de soumettre ces dossiers à la justice dans les prochains jours, s’ils considèrent que le président a manqué à ses obligations légales.

Les membres du parlement iranien pendant une allocution du président Hassan Rouhani à Téhéran, le 28 août 2018. (Crédit : AFP / ATTA KENARE)

M. Rouhani, qui continue de bénéficier du soutien du guide suprême Ali Khamenei, s’est retrouvé dans une situation délicate, tentant de reconnaître les problèmes auxquels sont confrontés les Iraniens, sans pour autant admettre l’existence d’une véritable crise.

« Pas de crise »

« On ne devrait pas dire que nous faisons face à une crise. Il n’y a pas de crise. Si on dit cela, ça va se transformer en un problème de société et ça sera véritablement une menace », a argué le président, critiqué à la fois par les conservateurs et les réformateurs.

M. Rouhani, au pouvoir depuis cinq ans, n’a pas présenté de nouvelles propositions pour sortir le pays du marasme, assurant que l’unité est la solution.

« Vous pouvez parler de l’emploi, des devises, de la récession, de la contrebande. Je crois que le problème est la vision que notre peuple a de son avenir », a-t-il affirmé.

Le président Hassan Rouhani s’exprime devant le parlement à Téhéran, le 28 août 2018. (Crédit : AFP / ATTA KENARE)

« Les gens n’ont pas peur des Etats-Unis. Ils ont peur de notre désunion. Si les gens voient qu’on est unis, ils réaliseront que leurs problèmes seront résolus ».

Le retrait des Etats-Unis de l’accord nucléaire de 2015 et le récent rétablissement de sanctions début août ont renforcé les difficultés du président, réélu l’année dernière sur un programme misant sur l’ouverture.

Par crainte des sanctions américaines, un grand nombre de groupes internationaux ont déjà annoncé leur retrait d’Iran, alors qu’une deuxième vague de sanctions ciblera en novembre le secteur de l’énergie, vital pour l’économie.

Téhéran a entamé lundi une procédure devant la Cour internationale de justice (CIJ), principal organe judiciaire de l’ONU, demandant la suspension des sanctions américaines et dénonçant « l’étranglement » de son économie par Washington.

« Montagne d’espérances »

« Nous n’autoriserons pas une bande d’anti-Iraniens rassemblés à la Maison Blanche à conspirer contre nous », a lancé M. Rouhani devant les députés.

Mais la plupart des Iraniens accusent leur gouvernement de ne pas avoir su tirer les opportunités de l’accord nucléaire et de ne pas avoir tenu ses promesses.

Le président américain Donald Trump signe un document rétablissant les sanctions contre l’Iran après avoir annoncé le retrait américain de l’accord nucléaire iranien, dans la salle d’accueil diplomatique de la Maison Blanche à Washington le 8 mai 2018. (AFP / Saul Loeb)

« Vous avez crée une montagne d’espérances appelée JCPOA », a déclaré Mojtaba Zolnour, député de la ville de Qom, utilisant l’acronyme de l’accord nucléaire.

« Un seul coup de pied de Trump aura suffi à ce que tout s’effondre et vous vous retrouvez sans alternative », a-t-il accusé.

Le Parlement a légalement le pouvoir de destituer M. Rouhani. Mais le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a affirmé que lui retirer sa confiance reviendrait « à jouer le jeu de l’ennemi ».

Ceci pourrait expliquer la modération affichée par certains députés, dont le conservateur Hossein Naghavi-Hosseini : « Nous soutiendrons notre gouvernement pour assurer la protection de la République islamique », a-t-il avancé.

Lors du vote, les députés n’ont néanmoins validé qu’une seule des réponses du président, sur le dossier des sanctions bancaires, reconnaissant que ce sujet n’était pas de sa compétence.

Même après la signature de l’accord nucléaire, de nombreuses banques étrangères avaient refusé de collaborer avec l’Iran, de peur que le manque de transparence de son secteur financier puisse poser des problèmes légaux.

Le vice-président du Parlement, Ali Motahari, a expliqué à l’agence Isna que la décision des députés de voter sur les réponses d’un président convoqué au Parlement était survenue après l’audition de Mahmoud Ahmadinejad en 2012, seul précédent en la matière.

Trop « étranges » selon M. Motahari, les explications du prédécesseur de M. Rouhani, dont le style populiste avait écorné l’image de l’Iran sur la scène internationale, semblaient alors mériter un vote du Parlement.

M. Rouhani a perdu le soutien de certains de ses alliés réformateurs, qui avait vu en lui le meilleur candidat après les manifestations de masse de 2009 contre la réélection de l’ultra-conservateur Mahmoud Ahmadinejad.

« Qu’avons nous fait à cette nation? Nous l’avons rendue misérable », a déploré le député réformateur Elias Hazrati, qui s’est désolidarisé du gouvernement en votant pour le limogeage du ministre de l’Economie dimanche.

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