Rechercher

Israël aurait fourni des renseignements aux USA pour tuer le chef de Daesh

Jérusalem, qui connaissait al-Qurayshi parce qu'il était responsable, dans le passé, du "dossier israélien" au sein de l'État islamique, aurait aidé les États-Unis dans l'opération

Une maison détruite après un raid de l'armée américaine dans le village syrien d'Atmeh, dans la province d'Idlib, le 3 février 2022. (Crédit : AP Photo/Ghaith Alsayed)
Une maison détruite après un raid de l'armée américaine dans le village syrien d'Atmeh, dans la province d'Idlib, le 3 février 2022. (Crédit : AP Photo/Ghaith Alsayed)

Israël aurait fourni des renseignements qui ont été utilisés par les États-Unis dans leur opération menée jeudi en tout début de matinée visant à éliminer le chef de l’organisation État islamique, Abu Ibrahim al-Hashimi al-Qurayshi, dans le nord de la Syrie.

La Treizième chaîne a ainsi cité des sources étrangères qui ont affirmé que l’État juif avait aidé à fournir des renseignements pour localiser al-Qurayshi, à partir de sources, en Syrie, des informations qui auront finalement permis aux Américains de passer à l’acte.

« Sans ces renseignements sur l’endroit où il se trouvait, il n’y aurait manifestement jamais eu de possibilité de conduire un tel raid », a confié l’une de ces sources à la Treizième chaîne.

La chaîne Kan a annoncé que les États-Unis avaient prévenu Israël de manière anticipée, probablement parce que Jérusalem connaissait bien al-Qurayshi qui avait été en charge du « dossier israélien » au sein de l’EI avant de devenir le leader du groupe terroriste au mois d’octobre 2019, après la mort de son prédécesseur lors d’une opération américaine similaire.

Israël ne s’est pas contenté d’un rôle d’observateur dans la guerre mondiale contre le groupe État islamique. Gadi Eisenkot, ancien chef d’État-major de Tsahal, avait confié au quotidien Maariv, au début du mois, que les forces israéliennes avaient tué des centaines d’agents de l’État islamique à travers tout le Moyen-Orient.

Ce raid a eu lieu avant l’aube dans la province d’Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie, prenant donc pour cible al-Qurayshi, qui était devenu chef du groupe terroriste sunnite le 31 octobre 2019, quelques jours après la mort de son prédécesseur Abu Bakr al-Baghdadi, tué dans une opération américaine alors qu’il se trouvait dans le même secteur. Biden a fait savoir qu’al-Qurayshi était mort, tout comme al-Baghdadi, suite à l’explosion d’une bombe qu’il avait lui-même activé et qui l’a tué aux côtés des membres de sa famille – femmes et enfants notamment – à l’approche des forces américaines.

Le raid a été salué par le Premier ministre Naftali Bennett et par le ministre de la Défense Benny Gantz.

« Le monde est un monde plus sûr maintenant que le leader de l’État islamique a été éliminé », a écrit Bennett sur Twitter.

« Je salue notre formidable allié, les États-Unis, et les courageux soldats américains qui ont mené cette opération audacieuse. Nous devons continuer le combat global contre le terrorisme – avec force et avec détermination », a-t-il ajouté, ne mentionnant pas par son nom le combat contre l’Iran mais y faisant apparemment allusion.

Gantz a également salué l’opération en s’exprimant devant les journalistes à l’issue de sa visite à Bahreïn, affirmant que l’attaque n’avait pas seulement envoyé un message au groupe terroriste, mais également au reste du monde – le message de la volonté et de la capacité des États-Unis à mener des opérations audacieuses.

« C’est un message important adressé au Moyen-Orient. Le message est qu’il existe une détermination opérationnelle et stratégique de la plus grande importance. Le modus-operandi américain est de mener, par principe, de grosses opérations – et les États-Unis en ont la capacité », a déclaré Gantz.

« Je pense que c’est très important, c’est un message important au monde – celui que quand l’Amérique veut faire quelque chose, elle peut le faire », a-t-il ajouté, dans une allusion apparente à une éventuelle frappe israélienne ou israélo-américaine contre le programme nucléaire iranien.

Le deuxième leader de l’État islamique, Abu Ibrahim al-Hashimi al-Qurayshi. (Autorisation)

Alors qu’il lui était demandé si l’État juif avait été averti de manière anticipée par Washington de sa décision de tuer al-Qurayshi ou si le pays avait été impliqué dans l’opération, Gantz a refusé de commenter. « Je ne vais pas entrer dans le détail de nos conversations avec les Américains. En fin de compte, c’est une opération américaine, une opération indépendante et importante avec des actions qui se sont déroulées sur le terrain. »

Le raid a eu lieu alors que l’État islamique a tenté de revenir sur le devant de la scène avec une série d’attaques dans la région, et notamment une tentative, à la fin du mois dernier, de prendre d’assaut une prison où sont détenus au moins 3 000 membres de l’EI dans le nord-est de la Syrie.

Les forces spéciales américaines ont atterri en hélicoptère et ont attaqué une habitation dans un secteur de la Syrie détenu par les rebelles, affrontant pendant deux heures des hommes armés, ont raconté des témoins. Les résidents ont évoqué des coups de feu nourris et des explosions dans la ville d’Atmeh, à proximité de la frontière turque, une zone où se trouvent de nombreux camps pour les déplacés de la guerre civile qui a ravagé le pays.

Les premiers secours ont fait savoir que treize personnes avaient été tuées, notamment six enfants et quatre femmes. Le Pentagone a indiqué qu’aucun soldat américain n’avait été blessé dans l’opération.

Biden, aux côtés de la vice-présidente Kamala Harris et d’éminents conseillers à la sécurité, a suivi l’opération en direct depuis la Maison Blanche, selon un responsables.

Un enfant montre une douille devant une maison détruite après une opération de l’armée américaine dans le village syrien d’Atmeh, dans la province d’Idlib, le 3 février 2022. (Crédit : AP Photo/Ghaith Alsayed)

Ce raid est un succès militaire pour les Américains et un moment important après plusieurs revers essuyés par les États-Unis, avec notamment le retrait chaotique d’Afghanistan, des revers qui avaient amené les alliés et les opposants à estimer que la puissance américaine dans le monde s’était affaiblie.

Le premier étage de la maison qui abritait le chef de l’EI, une habitation entourée d’oliviers et située dans des champs à l’extérieur d’Atmeh, a été détruit et des taches de sang sont très visibles à l’intérieur de l’habitation.

Al-Qurayshi s’était fait très discret depuis qu’il avait pris la direction de l’État islamique. Il n’apparaissait pas en public et ne diffusait que rarement des enregistrements audio. Il est difficile de dire quelles étaient son influence et son implication quotidienne dans les activités du groupe, et d’estimer en cela l’impact qu’aura sa mort sur l’organisation.

Son élimination est néanmoins un coup significatif porté au moment où l’État islamique tente de se réaffirmer en Syrie et en Irak.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...