Israël aurait interdit à Pékin et à Ankara de répondre à un appel d’offres
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Israël aurait interdit à Pékin et à Ankara de répondre à un appel d’offres

Selon un reportage, la Chine ne sera pas autorisée à y participer en raison de soupçons d'espionnage ; la Turquie, elle, paye ses relations tendues avec Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec le président chinois Xi Jinping, à Pékin, le 21 mars 2017. (Crédit : Haim Zach/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec le président chinois Xi Jinping, à Pékin, le 21 mars 2017. (Crédit : Haim Zach/GPO)

Israël va empêcher la Chine et la Turquie de participer à un appel d’offres concernant un projet d’infrastructure considérable pour un nouvel aéroport international, après des soupçons d’espionnage de la part de la Chine et des tensions avec Istanbul, a rapporté jeudi la Treizième chaîne.

D’après le reportage, il a été décidé que seuls les pays membres de l’OTAN seraient autorisés à y prendre part, excluant ainsi la Chine de la course. Les responsables israéliens ont également convenu de rejeter automatiquement toute offre venue de Turquie.

L’appel d’offres ne concerne pas directement la réalisation du projet mais plutôt ses premières étapes, pour un coût de 150 millions de shekels (environ 40 millions d’euros), avec possibilité de participation future une fois le projet réalisé.

Cette mesure survient après les mises en garde du chef du Shin Bet contre les investissements chinois de poids en Israël qui pourraient, selon lui, mettre en péril la sécurité nationale.

Vue de la baie de Haïfa, le 24 avril 2018. (Yossi Zamir/Flash90)

« L’influence chinoise en Israël est particulièrement dangereuse en terme d’infrastructures stratégiques et d’investissements dans de grandes entreprises, » avait déclaré Nadav Argaman lors d’un discours prononcé derrière des portes closes à l’université de Tel Aviv.

Le chef du Shin Bet avait souligné que des entreprises chinoises avaient déjà pris le contrôle de l’activité d’exploitation du port de Haïfa et de la construction du réseau de tramway de Tel Aviv et tentait d’acquérir d’autres grandes entreprises israéliennes.

Pour Argaman, la Knesset doit voter une loi permettant de surveiller les investissements étrangers en Israël.

La Chine et l’Etat juif ont renforcé leurs liens commerciaux ces dernières années et ont entamé des discussions sur un projet de libre-échange.

Les entreprises de l’Empire du milieu sont parvenues à des incursions majeures dans l’économie israélienne, dont notamment le rachat du géant local de l’agro-alimentaire, Tnuva, en 2014 et des accords pour prendre le contrôle des ports clés de Haïfa et d’Ashdod.

Nadav Argaman, chef du service de sécurité du Shin Bet, assiste à la réunion de la Commission de la défense et des affaires étrangères à la Knesset le 6 novembre 2018. (Hadas Parush/Flash90)

D’après certains médias israéliens, ces inquiétudes d’une présence croissante de la Chine dans des secteurs cruciaux pour la sécurité nationale ont avaient poussé le ministre des Finances à saborder des accords visant à racheter les sociétés d’assurance Clal et Phoenix en 2016 et 2017. Argaman aurait été impliqué dans ces décisions.

Plusieurs analystes et officiels ont exprimé leur grande préoccupation ces dernières semaines au sujet d’un accord qui confiera au Shanghai International Port Group la responsabilité du terminal à conteneurs du port à partir de 2021.

Ils craignent qu’autoriser Pékin de s’implanter dans un lieu d’une telle importance stratégique, à proximité d’une base navale israélienne, ne compromette les moyens de renseignement israéliens et ne conduise même les navires militaires américains à éviter tout arrimage à Haïfa.

Selon une source bien informée, le ministère des Transports a commis une grave erreur en choisissant les Chinois sans consulter le Conseil de sécurité nationale.

Ces dernières semaines, les tensions entre la Turquie et Israël sont montées d’un cran lorsque le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé Israël de tuer des innocents, ce à quoi Benjamin Netanyahu avait rétorqué que la Turquie tuait des Kurdes près de la frontière syrienne. Le chef de la diplomatie turque avait ensuite qualifié le Premier ministre israélien de « tuer des bébés ».

Erdogan, un fervent soutien du groupe terroriste palestinien du Hamas, critique depuis longtemps Israël et assimile régulièrement les actions de l’État juif envers les Palestiniens aux massacres des Juifs par les nazis pendant la Shoah.

Si les relations houleuses entre Israël et la Turquie ne datent pas d’hier, les tensions ont atteint un nouveau sommet en mai après la réponse d’Israël aux violentes manifestations à la frontière gazaouie organisées par le Hamas, au cours desquelles des dizaines d’émeutiers palestiniens avaient été tués.

A l’époque, Erdogan avait tenu Israël pour unique responsable des morts palestiniens, accusant l’État juif d’être un « État terroriste » coupable de « génocide ». Puis, il avait comparé les actions d’Israël à celles des nazis. La Turquie avait ensuite rappelé son ambassadeur de Tel Aviv et expulsé les diplomates israéliens d’Ankara et d’Istanbul.

Israël avait répondu de la même manière, Netanyahu déclarant qu’Erdogan « comprend bien le terrorisme et les massacres ». Israël avait expulsé le consul général de Turquie à Jérusalem. Malgré des rumeurs de discussions en coulisses entre Israéliens et Turcs pour essayer de restaurer les relations diplomatiques, aucun diplomate rappelé n’est encore revenu à son poste.

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