Israël avait envisagé en 2012 de rendre public un “projet” de frappe contre l’Iran depuis une base saoudienne
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Israël avait envisagé en 2012 de rendre public un “projet” de frappe contre l’Iran depuis une base saoudienne

La dernière publication de WikiLeaks indique que les efforts israéliens pour contrer le programme nucléaire iranien comprenaient la propagation de rumeurs d’une attaque militaire imminente

Deux F-15 de l'armée de l'air israélienne lors d'un exercice Red Flag. Illustration. (Crédit : TSGT Kevin J. Gruenwald/USAF/Wikipedia)
Deux F-15 de l'armée de l'air israélienne lors d'un exercice Red Flag. Illustration. (Crédit : TSGT Kevin J. Gruenwald/USAF/Wikipedia)

Israël a envisagé en 2012 de rendre public la possibilité qu’il utilise une base militaire en Arabie saoudite comme tremplin pour une frappe aérienne contre l’Iran, dans le cadre de ses efforts pour contrer le programme nucléaire de la République islamique, selon la dernière série d’e-mails publiés samedi par WikiLeaks.

Un échange de juillet 2012 entre un ancien conseiller d’Hillary Clinton, alors secrétaire d’Etat des Etats-Unis, citait des sources israéliennes déclarant que bien qu’Israël ne soit pas préparé à une guerre totale contre l’Iran, des rumeurs d’une frappe israélienne pourrait « convaincre le monde qu’ils sont sérieux. »

« A présent, considérant qu’Israël n’est pas prêt pour une guerre totale contre l’Iran, ils pourraient bien continuer de menacer d’agir, donnant l’impression qu’ils sont sérieux sur la poursuite de leurs efforts anti-nucléaire iranien agressifs », a écrit Sidney Blumenthal dans un e-mail daté du 24 juillet.

« Une manière de faire cela, c’est de mettre à jour les systèmes militaires, de s’assurer une base aérienne en Arabie saoudite, qui suggèrerait un fondement pour une éventuelle attaque, puis ‘faire fuiter’ l’information dans les médias, disant qu’il y a des projets imminents pour mener un raid aérien et faire tout ce qui est possible pour persuader le monde qu’ils sont sérieux », a été cité la source israélienne, dont le nom n’a pas été donné.

L’e-mail citait également nombre de sources militaires et de renseignements turcs et européens qui exprimaient des préoccupations sur la possibilité que des actions militaires israéliennes en Iran enflamment instantanément tout le Moyen Orient, notamment par des représailles contre l’Etat juif de la part de ses voisins arabes.

Sidney Blumenthal (Crédit : capture d'écran YouTube)
Sidney Blumenthal (Crédit : capture d’écran YouTube)

D’importants commandants de l’armée turque avaient prévenu qu’une guerre régionale commencerait « avant que les premiers avions israéliens sortis pour des frappes aériennes ne soient revenus à la base », et estimé que les combattants du Hezbollah en Syrie et au Liban avaient accès à plus de 200 000 roquettes et missiles sol – sol.

« Leurs analystes militaires [turcs] pensent aussi qu’une agression d’une telle force pourrait dépasser les défenses d’Israël », avaient déclaré les sources militaires citées dans l’e-mail.

La transcription montre que les services de renseignements d’Europe occidentale étaient également préoccupés par une potentielle frappe israélienne, et avaient prévenu leurs chefs d’Etat respectifs que dans un tel cas, Israël serait accusé d’être responsable des conséquences, et serait la cible de milliers de missiles et de roquettes lancés depuis l’Iran, le Liban, la Syrie, et la bande de Gaza.

« Une telle attaque pourrait entraîner une détérioration supplémentaire de l’économie mondiale, dont Israël serait là aussi tenu pour responsable », pouvait-on lire dans les rapports de renseignements remis aux dirigeants européens par leurs agences respectives, selon l’e-mail.

Des sources au sein des renseignements européens ont également déclaré que les sanctions économiques internationales imposées à l’Iran pour son programme nucléaire « nuisaient réellement à l’économie iranienne », et avaient commencé à entraîner de l’hostilité contre le parti au pouvoir, mené à l’époque par Mahmoud Ahmadinejad, tenant d’une ligne dure.

Le réacteur nucléaire d'Arak en Iran, en 2012. (Crédit : Nanking2012/CC BY/WikiCommons)
Le réacteur nucléaire d’Arak en Iran, en 2012. (Crédit : Nanking2012/CC BY/WikiCommons)

Des sources iraniennes avaient prévenu les responsables américains qu’une frappe israélienne sur l’Iran compromettrait le mécontentement croissant contre les dirigeants iraniens, et permettrait d’unir la population contre Israël, les Etats-Unis, et l’Europe de l’Ouest.

A ce sujet, il est écrit dans l’e-mail de Blumenthal que les responsables militaires européens ont « régulièrement » cité les paroles du Premier ministre Benjamin Netanyahu, quand il avait déclaré que « l’Iran en particulier est sensible à la pression économique. La République islamique exportatrice de pétrole est quasiment une économie de monoculture, et l’imposition d’un blocus rigoureux sur les ventes de pétrole iranien entraînera sans doute à Téhéran une réévaluation rapide de l’utilité de tactiques terroristes, même indirectes. »

Les responsables européens « restent en contact étroit avec leurs homologues israéliens, alors qu’ils tentent de manipuler les évènements tout en évitant un conflit général à ce moment », a déclaré Blumenthal au sujet des efforts pour éviter une attaque israélienne.

La dernière publication des e-mails de Clinton a également révélé les transcriptions de plusieurs discours rémunérés donnés à Goldman Sachs en 2013, dans lesquels la candidate démocrate à l’élection présidentielle américaine a déclaré que les Etats-Unis devraient bombarder les installations nucléaires iraniennes qui se rapprochaient du développement d’une arme nucléaire, tout en affirmant qu’Israël ne possédait pas les capacités militaires pour arrêter seul Téhéran.

Cinq mois avant l’accord intermédiaire mettant en place le cadre de l’accord nucléaire signé entre l’Iran et les grandes puissances mondiales deux ans après, Clinton avait déclaré que si Téhéran se dépêchait d’obtenir la bombe, les Etats-Unis devraient intervenir, mais sans déployer personne au sol.

Hillary Clinton, alors secrétaire d'Etat, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de la 67e Assemblée générale des Nations unies à New York, le 27 septembre 2012. (Crédit : Avi Ohayon/GPO/Flash90)
Hillary Clinton, alors secrétaire d’Etat, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de la 67e Assemblée générale des Nations unies à New York, le 27 septembre 2012. (Crédit : Avi Ohayon/GPO/Flash90)

« Nous devons bombarder les installations. Ils agissent comme s’il n’y avait pas de conséquences, prévus ou imprévues, avait déclaré Clinton, alors secrétaire d’Etat. Bien sûr qu’il y en aura, et vous traitez déjà avec un régime qui est le principal financeur et fournisseur du terrorisme mondial aujourd’hui. »

Pendant le même évènement, Clinton avait indiqué qu’Israël n’avait pas la force pour frapper les installations nucléaires iraniennes et faire régresser avec succès leurs activités.

« Les Israéliens, comme vous le savez, ont étudié de très près cela pendant des années. L’estimation israélienne est que si nous repoussons leur programme, même pour un an ou deux, cela vaut le coup d’y aller, et quelle que soit leur réaction, elle sera résorbable, avait-elle déclaré. Cela a été la position de ce récent gouvernement, du gouvernement précédent. Mais ils ne peuvent pas entraîner beaucoup de dégâts eux-mêmes. »

Cette même série d’e-mails de Clinton publiés par WikiLeaks révélait aussi l’approche israélienne de la guerre civile syrienne, et ses préoccupations d’un changement de dirigeant à Damas.

Dans le message de 2012 de Blumenthal, des responsables des renseignements et militaires israéliens ont déclaré que Netanyahu était inquiet que les violences dans la Syrie voisine n’entraînent l’éviction du président Bashar el-Assad et son remplacement par un islamiste radical.

Benny Gantz, alors chef d'Etat-major, inspecte une section de la frontière israélo-syrienne qui n'est pas encore protégée par la barrière de sécurité, le 21 mai 2013. (Crédit : unité des porte-paroles de l'armée israélienne/Tal Manor/Flash 90)
Benny Gantz, alors chef d’Etat-major, inspecte une section de la frontière israélo-syrienne qui n’est pas encore protégée par la barrière de sécurité, le 21 mai 2013. (Crédit : unité des porte-paroles de l’armée israélienne/Tal Manor/Flash 90)

« Les dirigeants israéliens mettent à présent au point des plans d’urgence pour traiter d’une structure régionale où de nouveaux régimes révolutionnaires ont pris le pouvoir dans différents pays, contrôlés par les Frères musulmans, et potentiellement par des groupes plus problématiques comme Al-Qaïda, qui n’augurent rien de bon pour les Israéliens », selon la source citée dans l’e-mail.

Les transcriptions qui ont été rendues publiques des discours de Clinton et des e-mails de son équipe ont été publiées samedi par WikiLeaks, dans le cadre d’une série d’e-mails piratés du compte de son directeur de campagne, John Podesta.

Cette publication est la tentative la plus récente de l’organisation de se mêler de la campagne présidentielle de cette année aux Etats-Unis.

Des responsables américains ont accusé WikiLeaks de travailler avec des agents russes pour ébranler la candidature de Clinton, et renforcer son opposant républicain, Donald Trump. Jusqu’à présent, le groupe a dévoilé 11 000 e-mails piratés et prévoit d’en publier 50 000 de plus avant l’élection, le 8 novembre prochain.

La campagne Clinton n’a ni démenti ni confirmé l’authenticité des transcriptions de ses très onéreux discours à Wall Street. Elle n’a pas non plus remis en cause l’un des e-mails déjà rendu publics par l’organisation.

Eric Cortolessa a contribué à cet article.

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