Israël condamne l’adoption de la loi polonaise sur l’Holocauste
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Israël condamne l’adoption de la loi polonaise sur l’Holocauste

Le ministère des Affaires étrangères "considère avec la plus grande gravité toute tentative de contester la vérité historique", mais ne rappelle pas son ambassadrice à Varsovie

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

A Auschwitz-Birkenau, en mai 1944, les Juifs hongrois arrivent dans des wagons à bestiaux et se préparent pour la "sélection" dirigée par les SS. (Auschwitz Album)
A Auschwitz-Birkenau, en mai 1944, les Juifs hongrois arrivent dans des wagons à bestiaux et se préparent pour la "sélection" dirigée par les SS. (Auschwitz Album)

Jeudi, Israël a condamné l’adoption par le Parlement polonais d’une loi qui érigerait en infraction pénale ceux qui accusent la nation polonaise ou l’État polonais de complicité dans l’Holocauste, mais n’a pris aucune mesure concrète.

« L’État d’Israël s’oppose catégoriquement à la décision du Sénat polonais. Israël considère avec la plus grande gravité toute tentative de contester la vérité historique. Aucune loi ne changera les faits », a déclaré le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.

Un responsable diplomatique a ajouté qu’Israël est « profondément déçu » par le vote, surtout compte tenu des relations bilatérales fortes entre Jérusalem et Varsovie.

L’adoption de la loi au Sénat mercredi soir a été « contraire à l’esprit de la conversation » qu’a eu le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec son homologue polonais, Mateusz Morawiecki, le dimanche, a ajouté le fonctionnaire.

Bon nombre d’Israéliens espéraient une réaction plus forte.

S’adressant à la radio israélienne, le vice-ministre des Affaires étrangères, Michael Oren, a qualifié de « tiède » la réaction de son ministère face à l’adoption du projet de loi.

« Je soutiens toujours le ministère des Affaires étrangères, mais il n’est pas allé assez loin », a-t-il dit. « Nous devons agir », a-t-il poursuivi en demandant le rappel de l’ambassadrice comme mesure minimale. « Cela fait partie d’un phénomène plus vaste. Ce qui commence par le déni de l’Holocauste se termine par le déni de notre droit à la défense ».

« Il y a des lignes rouges », a-t-il prévenu.

D’autres responsables israéliens exhortent également Netanyahu à rappeler l’ambassadrice d’Israël en Pologne, Anna Azari.

« La loi votée par le gouvernement polonais est sévère et constitue un rejet de sa propre responsabilité et un déni de la participation de la Pologne à l’Holocauste contre les Juifs », a déclaré le ministre des Transports et du Renseignement Israel Katz.

« Dans le choix entre les considérations politiques et morales, il doit y avoir une décision claire – perpétuer la mémoire des victimes de l’Holocauste plutôt que toute autre considération. »

Samedi, le Sejm, la chambre basse du Parlement polonais, a voté en faveur du projet de loi. Un jour plus tard, Morawiecki et Netanyahu ont convenu d’ « ouvrir immédiatement un dialogue entre les équipes des deux pays, afin d’essayer de parvenir à un accord sur la législation », lisait-on dans une déclaration du bureau de Netanyahu.

Mais deux heures après que le cabinet du Premier ministre a publié sa déclaration, la porte-parole du gouvernement polonais Joanna Kopcińska a écrit sur Twitter que « la conversation ne concernera pas les décisions souveraines du Parlement polonais ».

Vue sur la Diète de la république de Pologne – chambre basse du Parlement polonais. (Crédit : Wikimediacommons/CC BY )

Le projet de loi, qui a été adopté par le Sénat avec 57 voix pour et 23 voix contre, avec deux abstentions, doit encore être confirmé par le président polonais Andrzej Duda avant qu’il ne devienne loi.

Il stipule que « Quiconque prétend, publiquement et contrairement aux faits, que la nation polonaise ou la République de Pologne est responsable ou coresponsable des crimes nazis commis par le Troisième Reich… ou pour d’autres crimes qui constituent des crimes contre la paix, des crimes contre l’humanité ou des crimes de guerre, ou qui miniminisent de manière flagrante la responsabilité des véritables auteurs de ces crimes – sont passibles d’une amende ou d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à trois ans. »

D’autres députés israéliens ont pris leurs propres mesures législatives pour contrer le projet de loi polonais. Un projet de loi fournirait une protection juridique aux Israéliens incriminés par la Pologne pour des déclarations sur la complicité polonaise dans l’Holocauste.

Un autre vise à élargir les lois israéliennes actuelles sur le déni de l’Holocauste pour y inclure une peine de cinq ans d’emprisonnement pour quiconque nie ou minimise le rôle joué par les collaborateurs nazis, y compris les Polonais, dans les crimes commis dans l’Holocauste.

Alicja Mularska (2G), fille du défunt couple polonais Jan Dziadosz et Sabina Perzyna, se tient debout avec sa famille après avoir reçu le prix du Juste des Nations au nom de ses parents lors d’une cérémonie posthume en leur honneur et celui de leur fils Aleksandr Dziadosz à Yad Vashem le 30 janvier 2018. (AFP PHOTO / THOMAS COEXISTENT)

Yad Vashem, le Centre officiel israélien de commémoration de l’Holocauste, a également dénoncé la loi comme étant « problématique », affirmant qu’elle était « susceptible de brouiller les vérités historiques en raison des limites qu’elle impose aux expressions concernant la complicité de segments de la population polonaise dans les crimes commis contre les Juifs par son propre peuple, directement ou indirectement, sur le sol polonais pendant l’Holocauste ».

Il est faux de parler de « camps de la mort polonais », car ce sont des Allemands qui ont construit et exploité les camps d’extermination nazis dans la Pologne occupée. Cependant, la bonne façon de lutter contre les fausses déclarations historiques n’est pas de « criminaliser ces déclarations, mais de renforcer les activités éducatives », a déclaré Yad Vashem dans un communiqué.

« Yad Vashem continuera de soutenir la recherche visant à révéler la vérité complexe des relations entre la Pologne et les Juifs pendant l’Holocauste et à promouvoir des activités éducatives et commémoratives dans cet esprit. »

Halina Birenbaum, une survivante de l’Holocauste et auteur israélienne acclamée, a qualifié la nouvelle loi de « folie », en disant à la Radio de l’Armée israélienne qu’elle était « ridicule et disproportionnée par rapport à ce qui est réellement arrivé aux Juifs là-bas ».

Mme Birenbaum, membre du Comité international d’Auschwitz, a dit craindre que le gouvernement polonais « ne m’arrête pour ce que je dis maintenant ».

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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