Israël envoie un diplomate à un sommet anti-Iran organisé au Bahreïn
Rechercher

Israël envoie un diplomate à un sommet anti-Iran organisé au Bahreïn

Un haut-responsable du ministère des Affaires étrangères, chargé de la sécurité régionale et du contre-terrorisme, fera ce déplacement officiel rare, lundi, pour une réunion

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le prince héritier Bahreïni Salman bin Hamad bin Isa Al Khalifa arrive au sommet de Manama,le 25 juin 2019. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)
Le prince héritier Bahreïni Salman bin Hamad bin Isa Al Khalifa arrive au sommet de Manama,le 25 juin 2019. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)

Un diplomate israélien devrait participer à une conférence de sécurité organisée lundi au Bahreïn, a déclaré une source du pays du Golfe au Times of Israël, dans ce qui est le dernier signe en date d’un réchauffement des relations entre certains membres du monde arabe et Israël.

Un responsable du ministère des Affaires étrangères travaillant sur la sécurité régionale et le contre-terrorisme, dont le nom n’a pas été dévoilé par le censeur militaire israélien pour des raisons de sécurité, représentera Israël au Groupe de Travail sur la Sécurité maritime et de l’aviation.

Démarrant lundi, l’événement sur deux jours devrait principalement traiter des efforts pour contrer l’agression régionale grandissante de la République islamique. Des délégués doivent discuter de la protection des navires dans le Golfe persique contre des attaques iraniennes, mais aussi des mesures à prendre pour éviter la contrebande d’armes et d’armes de destruction massive et la protection de l’aviation civile.

La réunion, co-organisée par le Bahreïn, les Etats-Unis et la Pologne, s’inscrit dans ce que l’on a appelé le Processus de Varsovie, lancée par le ministère pour promouvoir un futur de paix et de sécurité au Moyen-Orient qui a eu lieu dans la capitale polonaise plus tôt cette année. Cette conférence, co-sponsorisée par la Pologne et les Etats-Unis, était à l’origine présentée comme ayant pour objectif de contrer l’Iran, mais la conférence a ensuite été réorientée, avec un ton moins conflictuel pour traiter de l’objectif vague de chercher la stabilité au Moyen-Orient.

Le ministère des Affaires étrangères n’a pas nié qu’il envoyait un représentant à Manama pour la conférence sur la sécurité maritime et de l’aviation. Dans un communiqué sec adressé au Times of Israël, le ministère a déclaré : « Israël participe au processus post-Varsovie. »

Cette conférence de deux jours au Bahreïn ne sera pas la première fois où des responsables israéliens et arabes prennent place les uns à côté des autres dans le contexte du processus de Varsovie. Le 8 octobre, un représentant israélien avait siégé avec des homologues du Bahreïn, d’Arabie saoudite, des Emirats arabes unis et autres Etats arabes à l’occasion d’une conférence sur la cybersécurité à Séoul.

Trois jours plus tard, Benjamin Krasna, le vice-ambassadeur israélien aux Etats-Unis, avait pris part au groupe de travail de Varsovie sur les droits de l’Homme à Washington, une session à laquelle avaient participé de nombreux pays arabes.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’était rendu au mois de février à la toute première conférence de Varsovie en présence de hauts-dignitaires du monde arabe.

Au cours du sommet, il s’était assis aux côtés du ministre yéménite des Affaires étrangères. Et pendant une réunion à huis-clos organisée en marge de l’événement, à laquelle Netanyahu avait pris part, les ministres arabes des Affaires étrangères avaient ouvertement débattu de l’idée que la menace iranienne représentait désormais une inquiétude plus pressante pour la région que ce n’était le cas du conflit israélo-palestinien.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche, au premier plan) avec d’autres dirigeants à la conférence de Paix et de Sécurité au Moyen-Orient à Varsovie, le 14 février 2019. (Amos Ben Gershom/GPO)

Les responsables israéliens et américains avaient salué l’événement comme une avancée majeure.

« Aujourd’hui, je crois que nous entrons dans une nouvelle ère avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, de l’Etat d’Israël, aux côtés des leaders du Bahreïn, d’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis et qui, ensemble, partagent le même pain et qui plus tard, au cours de cette conférence, partageront des points de vue honnêtes sur les défis que la région se doit d’affronter », avait déclaré le vice-président américain Mike Pence lors du sommet.

« La Pologne et les Etats-Unis saluent le symbole extérieur que représente cette rencontre, un symbole de coopération et le signe de l’espoir d’un avenir plus brillant qui attend les nations de tout le Moyen-Orient », avait continué Pence.

Comme la majorité des Etats arabes, le Bahreïn n’entretient pas de relations diplomatiques avec Israël même s’il y a eu une ouverture entre les deux pays, ces dernières années, dans le contexte d’une antipathie partagée à l’encontre de l’Iran.

Au mois de juin, le Bahreïn avait accueilli une conférence organisée par les Etats-Unis où l’équipe chargée de la paix au sein de l’administration du président Donald Trump a présenté le volet économique du plan très attendu de résolution du conflit israélo-palestinien.

Dans cette photo du 25 juin 2019, le Conseiller à la Maison-Blanche Jared Kushner s’exprime devant l’assemblée pour l’ouverture de la session de l’atelier « Paix et prospérité » à Manama, au Bahreïn. (Agence de presse Bahrein via AP)

Alors qu’aucun responsable israélien n’avait assisté à cet événement, un certain nombre d’hommes d’affaires et de journalistes du pays y avaient été invités.

“Israël est un pays de la région… Et Israël restera là, bien sûr », avait par ailleurs déclaré le ministre barheïni des Affaires étrangères Khalid bin Ahmed Al-Khalifa au Times of Israel à ce moment-là au cours d’un entretien sans précédent.

Le ministre des Affaires étrangères israélien Yisrael Katz et son homologue bahreïni Khalid bin Ahmed Al-Khalifa, à droite, posent pour une photo au département d’Etat à Washington, le 17 juillet 2019. (Autorisation)

Au mois de juillet, le ministre des Affaires étrangères Yisrael Katz avait rencontré Al-Khalifa pour une brève discussion sur l’Iran à Washington et les deux hommes avaient posé pour une photographie rare, marquant ce qui était, pour Jérusalem, un renforcement des liens avec cette nation du Golfe.

La conférence de lundi sur la navigation aérienne et maritime est survenue dans un contexte de tensions accrues dans le Golfe entre les Etats-Unis et l’Iran depuis l’abandon par Trump, au mois de mai de l’année dernière, de l’accord majeur conclu en 2015 entre la République islamique et les puissances majeures concernant le programme nucléaire iranien et la réimposition de sanctions écrasantes à Téhéran dans une campagne de « pressions maximales ».

Ces tensions ont encore connu un nouveau pic, au mois de mai de cette année, quand l’Iran a commencé à réviser à la baisse ses propres engagements dans le cadre de l’accord et que les Etats-Unis ont déployé des forces militaires dans la région.

Depuis, des navires ont été attaqués, des drones abattus et des pétroliers saisis.

Des attaques jumelles qui ont eu lieu ces dernières semaines sur les infrastructures pétrolières saoudiennes, qui ont réduit de moitié la production du royaume, ont été attribuées par Washington et l’Europe à l’Iran. Des accusations démenties par Téhéran, mais un incident revendiqué par les rebelles appuyés par l’Iran en lutte contre une coalition dirigée par les Saoudiens au Yémen.

L’AFP et l’équipe du Times of Israel ont contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...