Israël et Gaza se préparent aux émeutes du vendredi, entre guerre et calme
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Israël et Gaza se préparent aux émeutes du vendredi, entre guerre et calme

Les chefs du Hamas à Gaza tenteraient de modérer les émeutes frontalières hebdomadaires; Jérusalem dit que le pays renforcera ses ripostes après les tirs de roquette

Des Palestiniens durant une manifestation sur la plage près de la frontière maritime avec la bande de Gaza et Israël, le 8 octobre 2018 (Crédit : Said KHATIB / AFP)
Des Palestiniens durant une manifestation sur la plage près de la frontière maritime avec la bande de Gaza et Israël, le 8 octobre 2018 (Crédit : Said KHATIB / AFP)

Israël et Gaza se préparent à un possible retour à la violence dans la journée de vendredi, craignant que la reprise des manifestations frontalières puisse ramener la perspective d’une guerre après une flambée de violences survenue il y a quelques jours.

Les troupes israéliennes se préparent à faire face au mouvement de protestation qui a lieu chaque semaine à la clôture de sécurité, et qui a déjà entraîné des morts par le passé. Cette journée est considérée comme un test essentiel qui déterminera l’issue de l’éventuelle négociation d’un cessez-le-feu à long terme entre les deux parties, des pourparlers à l’initiative de l’Egypte.

Israël a demandé que cessent ces confrontations hebdomadaires, ainsi que les lancers fréquents de ballons incendiaires sur son territoire.

Daoud Shehab, membre du comité organisateur des marches, a expliqué que les responsables encourageaient les manifestants à rester à distance de la clôture frontalière. Mais il a ajouté ne pas être certain de pouvoir parvenir à « contenir la colère publique ».

« Il y aura des tentatives d’empêcher les manifestants de s’approcher de la frontière. Il peut y avoir également une baisse du nombre de ballons », a-t-il poursuivi. « Nous espérons qu’il n’y aura pas de pertes humaines demain. Nous donnons une chance au travail des Egyptiens ».

Selon des informations, l’Egypte a averti le Hamas qu’une reprise des manifestations entraînerait une réponse israélienne dure.

Jeudi, le cabinet de sécurité israélien a donné pour instruction à l’armée de rester dans l’expectative pour permettre aux efforts de médiation de porter leurs fruits, tout en ordonnant aux militaires de renforcer les attaques de représailles s’il devait y avoir des violences frontalières.

Les ministres ont expliqué que l’armée israélienne devait opter pour une politique de tolérance zéro envers les attaques à la roquette, les ballons incendiaires et les émeutes le long de la frontière israélienne, selon des informations parues dans les médias israéliens.

L’armée pourrait également tenter de réprimer les émeutes frontalières en entrant dans des zones dont elle restait auparavant à distance, selon la Dixième chaîne israélienne.

Les jeeps de l’armée patrouillent sur la frontière avec la bande de Gaza, le 17 octobre 2018 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les gouvernants du Hamas à Gaza ont demandé jeudi aux dirigeants israéliens de ne pas faire d’erreur tout en ordonnant l’ouverture d’une enquête sur le lancement d’un missile, depuis l’enclave côtière, vers la ville israélienne de Beer Sheva, mercredi.

Le Hamas et le groupe terroriste du Jihad islamique ont nié toute responsabilité dans cette attaque survenue au petit matin, qui a détruit une habitation mais qui n’a pas fait de blessés, disant qu’elle avait eu pour objectif de saboter les négociations de paix.

Les résultats d’une attaque à la roquette sur une habitation dans la ville du sud de Beer Sheva, en Israël, le 17 octobre 2018 (Crédit : Armée israélienne)

Israël prétend que les deux groupes sont les seuls capables d’atteindre cette ville du Neguev. Une autre roquette s’est abîmée au large de la côte de Tel Aviv.

Israël a riposté mercredi avec 20 frappes aériennes, menaçant de commettre d’autres attaques en réponse aux violences continues, mais le secteur est depuis resté calme.

Jeudi, une équipe de médiateurs égyptiens a fait la navette entre Israël et le Hamas avec l’espoir d’arriver à un accord de trêve entre les deux parties.

Les quatre responsables des renseignements égyptiens sont entrés à Gaza depuis Israël, jeudi après-midi, puis ils sont retournés en Israël après avoir rencontré Ismail Haniyeh, le leader du Hamas. Le groupe n’a pas inclus le chef des renseignements du Caire, Abbas Kamel, qui a annulé mercredi un voyage programmé à Gaza, en Cisjordanie et en Israël.

Khalil al-Haya, haut responsable du Hamas, a expliqué que les Egyptiens ont discuté d’initiatives de cessez-le-feu, ainsi que de tentatives de réconciliation avec la faction rivale du Hamas, l’Autorité palestinienne (AP). Les pourparlers sont en cours.

Les informations transmises dans les médias arabes ont laissé entendre que si un accord devait se concrétiser, un cessez-le-feu comprendrait au moins une levée partielle des restrictions israéliennes sur le mouvement des biens et des personnes dans la bande de Gaza.

Même avant l’attaque à la roquette, les tensions s’étaient déjà accrues le long de la frontière, avec des appels en Israël à une action militaire pour mettre un terme au lancement de ballons incendiaires incessants et aux émeutes frontalières.

Un Palestinien marche sur des débris suite à une frappe de représailles de l’armée israélienne près de la ville de Rafah, au sud de la bande de Gaza, le 17 octobre 2018 (Crédit : SAID KHATIB / AFP)

La semaine dernière, environ 14 000 Palestiniens se sont rassemblés le long de la frontière, faisant brûler des pneus et jetant des pierres, des grenades et des bombes artisanales sur les soldats de l’autre côté.

Environ 20 Palestiniens ont ouvert des brèches à la frontière pendant les émeutes et sept d’entre eux ont été tués – notamment quatre qui, selon les militaires, étaient entrés en Israël et s’approchaient d’un poste de l’armée. Israël a répondu en interrompant les livraisons de carburant – payé par le Qatar – qui visaient à remédier partiellement à une pénurie d’électricité chronique.

Des pressions de plus en plus importantes ont été exercées sur les politiciens, comme sur l’armée, en faveur d’une offensive plus ample susceptible de mettre fin aux manifestations hebdomadaires, aux ballons incendiaires et aux tirs de roquette occasionnels.

Un policier israélien regarde un incendie déclenché par un ballon transportant un tissu en feu lancé par des Palestiniens de la bande de Gaza dans la réserve naturelle de Karmia, le jeudi 11 octobre 2018 (Crédit : AP/Tsafrir Abayov)

La décision prise par le cabinet de ne pas lancer une opération militaire contre les leaders du Hamas, à Gaza, et les autres groupes terroristes de la bande a été condamnée par les autorités locales, dans le sud d’Israël.

« Nous avions toutes les raisons d’opter pour une riposte sérieuse de manière à ce que le message soit compris », a déploré le chef du conseil régional d’Eshkol, Gadi Yarkoni, à la Dixième chaîne jeudi. « Nous aurions dû profiter de ce qui est arrivé à Beer Sheva pour user de dissuasion, mais ce n’est malheureusement pas arrivé ».

Jeudi, à l’ONU, l’envoyé Nickolay Mladenov a recommandé à tous les amis d’Israël et aux Palestiniens d’amener les deux parties « à reculer face à la guerre », qualifiant Gaza de « poudrière ».

Des camions israéliens transportant du carburant diesel entrent au point de passage de Kerem Shalom, à la frontière entre Israël et Gaza, le jeudi 11 octobre 2018. (AP Photo/Tsafrir Abayov)

« Nous restons au bord d’un nouveau conflit potentiellement dévastateur, un conflit que tout le monde dit ne pas vouloir, mais qui demande bien plus que des mots pour l’éviter », a-t-il dit au Conseil de sécurité dans un point presse vidéo depuis Jérusalem.

« Je crains que ce ne soit plus le moment des mots. Il est temps dorénavant de passer à l’action », a dit Mladenov. « Nous devons voir des actions très claires de la part de toutes les parties qui puissent amener la situation à une désescalade. Le cas échéant, les conséquences seront terribles pour tous ».

Il a ajouté que toutes les parties devaient tenir leur engagement sous les termes d’un cessez-le-feu qui avait mis un terme à la guerre de 2014 – le troisième entre les parties depuis le coup d’état du Hamas.

Des Palestiniens transportent des pneus alors que la fumée s’échappe des pneus en flammes à la frontière entre Israël et la bande de Gaza, à l’est de la ville de Gaza, le 12 octobre 2018. (Crédit : Saïd Khatib/AFP)

Mladenov a expliqué que le Hamas et les autres groupes terroristes devaient immédiatement « cesser toutes les provocations et toutes les attaques », arrêter de tenter d’ouvrir des brèches dans la frontière, d’utiliser des ballons et des cerfs-volants incendiaires et de construire des tunnels d’attaque.

« Israël doit reprendre la livraison des produits essentiels à Gaza et améliorer le mouvement et l’accès des biens et des personnes », a-t-il expliqué. « Et les forces de sécurité israéliennes doivent user d’une retenue maximale dans leur utilisation de balles réelles ».

Depuis le 30 mars, les Palestiniens de la bande de Gaza ont pris part à une série d’émeutes et de manifestations appelées la « Grande marche du retour », au cours desquelles ils ont brûlé des pneus, lancé des pierres le long de la barrière de sécurité, ouvrant parfois le feu sur des soldats, plaçant des explosifs sur la barrière et envoyant des dispositifs aériens incendiaires en direction d’Israël.

Un manifestant palestinien jette une pierre vers les soldats israéliens pendant des affrontements le long de la frontière de Gaza, le 28 septembre 2018 (Crédit : AFP PHOTO / Said KHATIB)

Plusieurs escalades de tensions entre Israël et le Hamas ont fait craindre d’une guerre. Les Palestiniens ont lancé des roquettes et l’armée israélienne a mené des frappes aériennes en représailles.

Près de 155 émeutiers palestiniens ont été tués et des milliers de personnes ont été blessées au cours des affrontements avec l’armée israélienne, selon les chiffres de l’AP. Le Hamas a reconnu que des dizaines de morts faisaient partie de ses rangs. Un soldat israélien a été tué par un sniper palestinien à la frontière.

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