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Jean-Marine Le Pen critique la prestation de sa fille au débat – et il n’est pas le seul

Des frontistes, le président français, la presse, le gouverneur de la banque de France, Martine Aubry et Macron lui-même qui souligne l'importance de débattre avec le FN

Jean Marie Le Pen et sa fille Marine (Crédit : Miguel Medina/AFP)
Jean Marie Le Pen et sa fille Marine (Crédit : Miguel Medina/AFP)

Le père de la candidate d’extrême droite à la présidentielle, Jean-Marie Le Pen, a jugé que sa fille, avec laquelle il est brouillé, avait « manqué de hauteur » mercredi soir lors du débat télévisé l’opposant au centriste Emmanuel Macron.

« J’espère toujours que mon champion va gagner nettement », a confié le père de Marine Le Pen, qui soutient la candidature de sa fille malgré leurs relations tendues. Celle-ci l’a notamment écarté du parti Front national qu’il avait co-fondé en 1972.

Mais « si j’étais l’arbitre, je dirais que c’était un match nul », a ajouté le tribun d’extrême droite à propos de ce débat cahotique et brutal entre les deux candidats, à quelques jours du second tour dimanche.

« Je pense que c’est son entourage qui l’a conseillée de cette sorte, espérant peut-être un effondrement ou un écroulement psychologique d’un homme qui n’apparaît pas forcément comme étant très solide », a-t-il estimé sur la radio RTL.

« C’était peut-être à l’avantage de M. Macron, mais ça n’était pas celui de Marine Le Pen qui peut-être a manqué de hauteur », a-t-il ajouté.

Jean-Marie Le Pen avait créé la surprise en accédant au second tour de la présidentielle de 2002. Mais son adversaire d’alors, le président Jacques Chirac, avait refusé de débattre avec lui, pour ne pas « cautionner la banalisation de la haine et de l’intolérance ».

Pancarte contre Marine Le Pen, vainqueur des dernières élections européennes (Crédit :  AFP/JEAN-PHILIPPE KSIAZEK)
Pancarte contre Marine Le Pen, vainqueur des dernières élections européennes (Crédit : AFP/JEAN-PHILIPPE KSIAZEK)

Hollande: le débat a révélé le projet « non seulement incohérent mais dangereux » de Le Pen

François Hollande a estimé jeudi que « les masques sont tombés », lors du débat télévisé de l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle mercredi soir, révélant à ses yeux le projet « non seulement incohérent mais dangereux » de la candidate du Front national, Marine Le Pen.

« Le débat a été pénible à suivre, mais il a été utile parce qu’il est apparu ce que l’on savait déjà, c’est que le projet de Mme Le Pen était non seulement incohérent mais dangereux », a déclaré le chef de l’État sortant devant la presse, lors d’une visite à Alençon (Orne).

« Quitter l’euro, quitter l’Europe, elle n’a pas été capable d’en dire les conséquences et elles sont terribles », a-t-il mis en garde, appelant « les Français à venir voter » dimanche pour le second tour de la présidentielle.

« Supprimer la monnaie unique pour la remplacer par une monnaie dont on ne sait pas très bien ce qu’elle serait, ce serait appauvrir les Français, ruiner les épargnants et mettre le pays, et notamment l’État, face à une dette qu’il ne pourrait pas honorer », a-t-il encore plaidé.

« Donc, je pense que de ce point de vue, les masques sont tombés », même si le débat a été « ardu, tant il y avait de l’invective et de l’insulte », a jugé M. Hollande. « Les Français sont maintenant éclairés » et « savent ce à quoi ils peuvent s’attendre », selon lui.

Le président François Hollande en conférence de presse, à Paris le 3 février 2014  (Crédit : AFP/Archives/Patrick Kovarik)
Le président François Hollande en conférence de presse, à Paris le 3 février 2014
(Crédit : AFP/Archives/Patrick Kovarik)

Pour le président sortant, si son successeur devait être le candidat d’En Marche! et ancien ministre de l’Économie Emmanuel Macron, la République préservera « ses valeurs et ses principes » et l’Europe « continuera ».

S’il s’agissait de Mme Le Pen, ce serait au contraire selon lui « la fin d’une construction (européenne) qui a fait avancer le continent et l’a préservé de bien des insécurités, et ce sera surtout pour la France un déclassement ».

Le débat, a-t-il insisté, « a permis de clarifier ce que Mme Le Pen ne voulait pas montrer, c’est-à-dire un projet qui était dangereux et qui était non seulement dangereux pour la France mais aussi, d’abord, pour les Français eux-mêmes ».

La double circulation de monnaies serait un « danger »

Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a prévenu jeudi que la double circulation en France de l’euro et du franc comme le propose Marine Le Pen serait « un danger » et pénaliserait « les plus modestes ».

« On entend notamment avancer certaines hypothèses de double monnaie avec le retour à une monnaie nationale en parallèle d’une monnaie européenne », a affirmé M. Villeroy de Galhau, lors d’une conférence à la Banque de France (BdF), dans une allusion à peine voilée à la proposition du Front national.

« Je me dois de dire que de telles hypothèses mettraient en danger la confiance dans la monnaie », a affirmé le gouverneur, dans une rare intervention dans le débat politique français, à trois jours seulement du second tour de la présidentielle.

Villeroy de Galhau (Crédit : Banque de France/CC BY SA 4.0)
Villeroy de Galhau (Crédit : Banque de France/CC BY SA 4.0)

M. Villeroy de Galhau, qui a d’abord rappelé l’indépendance de la Banque de France, s’est employé à démontrer que cette double circulation de monnaies se ferait au détriment de la devise nationale.

« Cette double circulation n’existe dans aucun pays avancé », a-t-il assuré. « Ailleurs, là où il y a, ou bien là où il y a eu, deux monnaies qui circulent et avec lesquelles on peut payer, l’une inspire moins confiance que l’autre », a-t-il expliqué, avant de lancer un avertissement.

« En général, c’est la monnaie nationale qui en souffre, la seule qui soit accessible aux ménages et notamment aux plus modestes ainsi qu’aux PME », a affirmé le gouverneur, soulignant le risque que la monnaie nationale perde vite de la valeur « avec des prix qui augmentent beaucoup trop et un impact négatif sur le pouvoir d’achat ».

Mme Le Pen veut réinstaurer une monnaie nationale comme monnaie du quotidien des Français et négocier parallèlement la transformation de l’euro en « monnaie commune » pour les échanges internationaux.

Cette monnaie commune s’apparenterait à l’ECU, l’ancêtre de l’euro, créé en 1979 dans le cadre du système monétaire européen (SME), qui était un panier de monnaies, destiné à stabiliser les taux de change entre les différentes monnaies européennes.

Une idée qui ne convient pas non plus à M. Villeroy de Galhau, qui a rappelé que ce système n’existait plus depuis 18 ans. « A supposer que ce soit possible, revenir à l’ECU présenterait de graves inconvénients par rapport à l’euro d’aujourd’hui », a-t-il prévenu.

« Jusqu’à l’introduction de l’euro, la France, de fait, ne participait pas à la décision sur les niveaux des taux d’intérêts et devait suivre la politique monétaire allemande », a-t-il assuré.

« Le franc, pour sa part, était à la merci d’attaques spéculatives des marchés financiers, épuisant nos réserves de change comme nous l’avons connu en 1992-1993 », a rappelé le gouverneur. « C’est précisément pour régler ces problèmes que nous avons fait l’euro », a-t-il insisté.

Martine Aubry envoie un courrier aux Lillois pour les enjoindre à voter Macron

La maire de Lille Martine Aubry va envoyer un courrier aux Lillois les incitant à voter pour Emmanuel Macron afin d’éviter que « les valeurs qui font la France » soient « piétinées » par le Front national, a-t-elle publié sur Twitter mercredi.

Ce courrier, tiré à 60.000 exemplaires, sera distribué dans les boîtes aux lettres jeudi et vendredi par des militants PS bénévoles, et est financé par le comité de Ville du Parti socialiste pour un coût de 950 euros, correspondant aux frais d’impression, a précisé une source proche du dossier à l’AFP.

« Nous voici devant un moment décisif pour notre pays et pour la République. Dans ce moment d’une exceptionnelle gravité, j’ai souhaité m’adresser directement à vous », écrit la maire de Lille au début de ce courrier.

« Marine Le Pen essaie de montrer une image plus assagie (…). Mais le Front national n’a pas changé, il continue de se nourrir des peurs et du désarroi », avance Martine Aubry.

« Si l’extrême droite devait arriver au pouvoir, les valeurs qui font la France – la liberté, l’égalité et la fraternité – seraient piétinées par des projets xénophobes et réactionnaires », ajoute-t-elle.

Martine Aubry (Crédit : CC BY SA 3.0)
Martine Aubry (Crédit : CC BY SA 3.0)

« Face à elle, nous ne devons rien céder, ne jamais transiger, faire preuve de clairvoyance, d’esprit républicain et de responsabilité (…). Le 7 mai, nous devons faire barrage au Front national en allant voter pour Emmanuel Macron », demande Martine Aubry.

« On ne prend aucun risque et on ne renvoie pas dos à dos (…) celui qui est un républicain et celle qui est une ennemie de la République », insiste-t-elle.

Objet de critiques de socialistes pour avoir appelé dès le soir du premier tour à « faire barrage au Front national » sans citer le nom d’Emmanuel Macron, Mme Aubry avait déclaré vendredi dernier sur RTL qu’elle voterait « bien sûr » pour celui-ci, précisant toutefois que cela ne serait « pas un blanc-seing ».

La prestation de Marine Le Pen jugée sévèrement dans les rangs du FN

Une débatteuse « très mauvaise », « incompréhensible » sur l’euro, qui « jouait la mariole » avec force « attaques ad hominem » contre Emmanuel Macron : en privé, plusieurs soutiens de Marine Le Pen ne cachaient pas leur déception jeudi.

Devant les micros, les commentaires sont positifs. « Je pense qu’elle a dominé ce débat parce qu’elle l’a acculé à se montrer tel qu’il est véritablement », a jugé le vice-président du FN Florian Philippot. « Elle est allée démasquer Emmanuel Macron », lequel « répondait par des attaques personnelles », a abondé son homologue Louis Aliot, compagnon de la candidate.

La principale intéressée assume cette tonalité, qui a « bousculé un peu les codes » mais était, selon elle, nécessaire pour « réveiller les Français ». Et la candidate du FN de moquer vendredi lors d’un déplacement en Bretagne, la « réaction de classe » des « élites », ces « marquis poudrés », jugeant avoir fait « exactement ce que le peuple français attendait ».

Mais, fait assez inhabituel, son avis est loin d’être unanimement partagé dans ses propres rangs. « On est tombés dans le piège de Macron. Marine Le Pen s’est ruée dedans », a jugé un frontiste du Sud-Est. « Ses attaques ad hominem, on ne fait pas ça, on était dans l’inutile. Elle avait un petit ton exaspérant. Elle jouait la mariole, la maligne, les gens n’aiment pas ça. »

« Elle a été bonne sur les fondamentaux évidemment – sécurité, immigration – mais le débat présidentiel n’est pas un débat comme un autre et Marine a été trop dans l’attaque », opine un patron de fédération.

D’autres soutiens sont encore plus sévères. « Très mauvaise », juge carrément un ténor du parti. « Les plus déterminés de ses supporters l’ont trouvée lamentable », glisse un ex-conseiller.

Non membre, mais élu avec le soutien du Front national, le maire de Béziers Robert Ménard assume le ton du débat, mais relève des « approximations » sur la sortie de l’euro, à laquelle il est opposé. « Voilà. MLP catastrophique sur l’euro. Voilà », a tweeté pendant les échanges l’ancien patron du FNJ Julien Rochedy. « Sur l’euro, elle était incompréhensible. C’est pas au niveau, elle n’a répondu à rien », juge un frontiste.

Marine Le Pen a été accueillie jeudi en début d’après-midi par des jets d’oeufs lancés par un groupe d’opposants scandant des slogans hostiles alors qu’elle arrivait pour visiter une entreprise de transport, à Dol-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine), ont constaté des journalistes de l’AFP.

A son arrivée, une cinquantaine d’opposants ont crié « Dehors les fachos », ou « Vous n’avez rien à faire ici, Madame », « FN dehors », tout en lançant des oeufs en direction de la candidate FN au moment où elle sortait de sa voiture. Protégée par son service d’ordre, Mme Le Pen a immédiatement pénétré dans les locaux de l’entreprise de transports Guisnel.

La Bourse de Paris prend un nouvel élan, rassurée par le débat présidentiel

La Bourse de Paris a pris un nouvel élan jeudi (+1,35%), au lendemain du débat présidentiel, le marché remisant ses craintes quant à l’issue du scrutin français pour se focaliser sur une salve d’indicateurs.

L’indice CAC 40 a gagné 71,42 points à 5.372,42 points, retrouvant ses niveaux les plus hauts depuis mi-janvier 2008, dans un volume d’échanges élevé de 5,58 milliards d’euros. La veille, il avait fini presque stable (-0,06%).

La cote parisienne a ouvert en petite hausse, poursuivant sa progression tout au long de la séance.

« Il y a une nouvelle impulsion, avec clairement une détente du risque sur les marchés actions », explique à l’AFP Alexandre Baradez, un analyste de IG France.

« C’est arrivé après le débat entre les candidats à la présidentielle hier, car les sondages réalisés juste après donnaient une très claire avance pour le candidat d’En Marche! Emmanuel Macron par rapport à la candidate du Front national Marine Le Pen », relève M. Baradez.

Le marché privilégie en effet le candidat pro-européen et libéral face à la candidate protectionniste et hostile à l’Union européenne du FN.

Dans ces conditions, « le risque politique pour ce dimanche soir s’éloigne, même si le risque zéro n’est jamais totalement absent », ajoute M. Baradez.

« On part vers une période politique qui pourrait être plus stable à moyen terme », poursuit l’analyste, sur fond de fondamentaux économiques en amélioration.

Le débat Macron-Le Pen d’une brutalité inédite, selon la presse

Emmanuel Macron et Marine Le Pen se sont affrontés mercredi soir « au cours d’un débat d’entre deux tours d’une brutalité inédite qui a souvent manqué de hauteur et sans parvenir à instaurer un dialogue à la hauteur de l’enjeu », résume en Une Le Figaro.

« Il est malaisé de qualifier de ‘débat’ le pugilat d’hier soir », assène Paul-Henri du Limbert, l’éditorialiste du Figaro.

Un « débat brutal, violent de bout en bout », reconnaît Le monde sur son site internet. « Jamais un débat de l’entre-deux-tour n’aura été aussi vif », écrit en Une Le Parisien, pour qui « pour le fond des programmes, on reste sur sa faim ».

« Il y a beaucoup à dire sur les projets d’Emmanuel Macron mais pas comme cela. Pas avec une grosse artillerie qui tire au hasard toujours le même boulet », s’emporte Laurent Joffrin, dans Libération.

Le thème du combat de boxe inspire les éditorialistes.

Les deux candidats se sont rendus « coup pour coup sur le ring explosif du débat présidentiel », relève Philippe Palat, du Midi Libre. Et pour lui, c’est : « sans doute l’une des confrontations télévisées les plus brutales, les plus chaotiques ».

Xavier Brouet, du Républicain Lorrain, a vu lui aussi un « rude combat » dans lequel « ne manquait que les gants de boxe ».

Macron : « Il faut débattre » avec le FN « même si on se salit un peu »

Emmanuel Macron a estimé jeudi qu’il fallait bien « débattre » avec le Front national, « même si on se salit un peu ».

« J’ai beaucoup pensé à Jacques Chirac et à la campagne de 2002 (…) je crois qu’il faut débattre avec le Front national », a déclaré le candidat En marche! alors qu’il était interrogé sur le sujet sur France Inter.

« On n’arrive pas à tordre le cou à tous les mensonges mais on en tue quelques uns », a-t-il continué, estimant « qu’il est indispensable d’aller sur le terrain de bataille même si on se salit un peu » car « nos concitoyens ont mis Marine Le Pen au second tour ».

« Quand vous vous faites insulter pendant toute une soirée, vous en sortez rarement grandi », a-t-il aussi affirmé.

« Je le subis depuis des mois sur internet sans avoir la possibilité de répondre parfaitement (…) je voulais être face à cela », a-t-il aussi dit.

Marine Le Pen et Emmanuel Macron, le 4 mai 2017 (Crédit : Capture d’écran France TVInfo)
Marine Le Pen et Emmanuel Macron, le 4 mai 2017 (Crédit : Capture d’écran France TVInfo)

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