Jérusalem se méfie du nouveau chef pro-Iran de la politique étrangère de l’UE
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Jérusalem se méfie du nouveau chef pro-Iran de la politique étrangère de l’UE

Le successeur de Mogherini, Josep Borrell, a dénoncé l'année dernière "l'arrogance guerrière" de Netanyahu et préconisé la reconnaissance unilatérale de l'État palestinien

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

En ce lundi 3 juin 2019, le ministre espagnol des Affaires étrangères Josep Borrell assiste à une conférence de presse à Rabat, au Maroc. Les dirigeants de l'Union européenne ont nommé mardi 2 juillet 2019, après une longue session de négociations, l'actuel ministre espagnol des Affaires étrangères Josep Borrell au poste de chef de la politique étrangère de l'UE. (AP Photo/Mosa'ab Elshamy, File)
En ce lundi 3 juin 2019, le ministre espagnol des Affaires étrangères Josep Borrell assiste à une conférence de presse à Rabat, au Maroc. Les dirigeants de l'Union européenne ont nommé mardi 2 juillet 2019, après une longue session de négociations, l'actuel ministre espagnol des Affaires étrangères Josep Borrell au poste de chef de la politique étrangère de l'UE. (AP Photo/Mosa'ab Elshamy, File)

Les responsables israéliens suivent avec méfiance la passation de fonctions à l’Union européenne, où quelqu’un qui a récemment lancé l’idée d’une reconnaissance unilatérale de l’État palestinien et qui a exprimé son ferme soutien à l’Iran a été désigné comme prochain responsable de sa politique étrangère.

Le Conseil européen a désigné mardi le ministre espagnol des Affaires étrangères, Josep Borrell Fontelles, membre du Parti socialiste ouvrier espagnol [PSOE] au pouvoir dans le pays, comme premier diplomate de l’UE.

La ministre allemande de la Défense Ursula Von der Leyen, membre du parti de centre-droit de la chancelière Angela Merkel, la CDU, a également été choisie comme nouvelle présidente de la Commission européenne, l’un des principaux organes de décision de l’Union, par une décision surprise.

La Commission a procédé à deux autres nominations importantes, bien qu’elles auront probablement un impact bien moindre sur les relations UE-Israël : Le Premier ministre belge Charles Michel a été désigné à la tête de la Commission elle-même, et Christine Lagarde, actuellement à la tête du Fonds monétaire international, a été nommée à la présidence de la Banque centrale européenne.

Toutes les nominations n’ayant pas encore été confirmées par le Parlement européen, Israël n’a pas fait de commentaires publics à ce sujet. Mais les responsables de Jérusalem voient le remaniement comme un sac fourre-tout, au mieux.

Von der Leyen, une membre éminente du gouvernement résolument pro-israélien de Mme Merkel, est considérée comme favorable à l’État juif. Elle s’est rendue pour la dernière fois à Jérusalem en mai 2015, où le Premier ministre Benjamin Netanyahu l’a accueillie chaleureusement comme « une amie d’Israël ».

Tout en soutenant l’accord nucléaire iranien, qu’Israël rejette mais qui est soutenu par pratiquement tous les gouvernements européens, cette politicienne de 60 ans a joué un rôle déterminant dans les contrats bilatéraux entre l’Allemagne et Israël, notamment la vente de sous-marins et autres navires et l’achat, pour 1,17 milliard de dollars en 2018 de drones construits en Israël.

En revanche, Borrell, un homme d’État expérimenté qui fait de la politique depuis 1993, est considéré comme très critique envers Israël.

« Des temps plus difficiles [sont] à venir entre l’UE et Israël, je le crains », a tweeté Bas Belder, un membre néerlandais du Parlement européen et grand défenseur pro-Israël.

« Ce ne sera pas du gâteau avec lui », a déclaré un diplomate israélien, s’exprimant sous couvert d’anonymat car il n’était pas autorisé à en discuter avec la presse.

Lorsque Borrell a été nommé ministre des Affaires étrangères de l’Espagne l’année dernière, il est rapidement devenu un ardent défenseur de la reconnaissance d’un État palestinien.

« Il est évident que la situation en Palestine ne doit pas continuer telle qu’elle est », a déclaré M. Borrell en septembre 2018. « Si l’UE n’est pas en mesure de parvenir à une décision unanime, alors chacun à sa façon », a-t-il déclaré, indiquant que Madrid envisagerait de reconnaître unilatéralement l’État palestinien.

Borrell, qui devrait succéder à Federica Mogherini en novembre, a réitéré cette position « à maintes reprises, de sorte que sur le plan idéologique, nous savons exactement d’où il vient », a déclaré le responsable israélien.

« Plus récemment, il a été à l’origine du vote de l’Espagne en faveur du rapport du Conseil des droits de l’homme de l’ONU sur la frontière de Gaza », a-t-il ajouté.

Dans un éditorial cinglant du 18 mai 2018, le ministre des Affaires étrangères a condamné Israël pour sa réponse aux émeutes à la frontière de Gaza quatre jours auparavant, qui coïncidait avec le 70e anniversaire de la création de l’État d’Israël et l’ouverture de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem.

Ces célébrations ont été « couvertes de sang car ce lundi noir reflète la déshumanisation des Palestiniens par une grande partie de la classe politique et de la société israéliennes », a-t-il écrit dans Republica.

L’ouverture de l’ambassade a eu lieu le jour le plus meurtrier de la soi-disante Grande Marche du retour, avec des émeutes palestiniennes et au moins un incident au cours duquel des Palestiniens ont ouvert le feu sur la frontière de Gaza à la demande de l’organisation terroriste du Hamas. L’armée israélienne a répondu par des tirs réels, entre autres moyens, tuant 62 Palestiniens ce jour-là et le lendemain. Selon le Hamas, 50 de ses 62 hommes étaient membres du Hamas, et trois autres faisaient partie du groupe terroriste du Jihad islamique palestinien.

Des manifestants palestiniens lors d’affrontements avec les forces israéliennes près de la frontière entre Gaza et Israël, à Rafah, dans la bande de Gaza, le 14 mai 2018 (Abed Rahim Khatib / Flash90)

Dans l’article de Republica, Borrell dénonce les campagnes militaires israéliennes contre le Hamas à Gaza comme de « terribles bombardements » et dénonce « l’arrogance guerrière » de Netanyahu.

Critique virulent du président américain Donald Trump, le nouveau chef de la politique étrangère de l’UE est également critiqué pour ses positions pro-iraniennes. En février, par exemple, il a envoyé sur Twitter un message de félicitations et sans aucune critique à l’occasion du 40e anniversaire de la Révolution islamique.

« L’Iran veut anéantir Israël, ce qui n’est pas nouveau. Il faut vivre avec », a-t-il dit à Politico à l’époque.

Borrell n’est pas un étranger en Israël, où il a rencontré sa première femme, avec qui il a eu deux enfants, alors qu’il travaillait dans un kibboutz.

En 2005, en tant que président du Parlement européen, il a prononcé un discours à la Knesset, rappelant l’époque du kibboutz et le soutien sans faille de l’Europe à Israël.

Je souhaite réaffirmer l’engagement et la responsabilité particulière de l’Europe pour l’existence d’Israël en tant qu’Etat juif et en tant que démocratie vivant en sécurité et en paix avec ses voisins

« Ce n’est pas une terre étrangère pour moi. Il y a 36 ans, en 1969, alors que je venais d’obtenir mon diplôme, je suis venu en Israël pour travailler dans un kibboutz – celui de Galon, sur les traces d’autres jeunes Européens attirés par cette expérience », a-t-il alors rappelé.

« Depuis, je suis revenu plusieurs fois – en tant que ministre, député et simple citoyen qui, comme vous, souhaite voir ce pays enfin en paix. »

Le président du Parlement européen, Josep Borrell, (à droite), en train de serrer la main du ministre israélien des Affaires étrangères Silvan Shalom au début de leur réunion au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem, le 27 juin 2005. (AP Photo/Kevin Frayer)

Au cours de ce discours, il a également reconnu le caractère juif d’Israël, ce que les responsables européens ne disent presque jamais.

« Je souhaite réaffirmer l’engagement et la responsabilité particulière de l’Europe pour l’existence d’Israël en tant qu’Etat juif et en tant que démocratie vivant en sécurité et en paix avec ses voisins », a-t-il déclaré. « Si je devais résumer mon message d’aujourd’hui en une seule idée, je voudrais que ce soit celle-ci : L’Europe et Israël ont besoin l’un de l’autre. Ni l’un ni l’autre n’est concevable sans liens étroits entre les deux. »

Mais, comme beaucoup de politiciens européens qui avaient autrefois de la sympathie pour Israël, « quelque part en cours de route, il est devenu très critique », a dit l’officiel israélien.

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