Juifs, chrétiens et musulmans de la Vieille Ville de Jérusalem analysent la victoire de Trump
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Juifs, chrétiens et musulmans de la Vieille Ville de Jérusalem analysent la victoire de Trump

Les habitants sont partagés sur les conséquences de cette victoire et pour les Palestiniens, l’interdiction d’entrée pour les musulmans aux USA n’est que de l’électoralisme

Nidal et son fils dans leur échoppe du Quartier Chrétien dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 9 novembre 2016. (Crédits : Tamar Pilegg/ Times of Israel)
Nidal et son fils dans leur échoppe du Quartier Chrétien dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 9 novembre 2016. (Crédits : Tamar Pilegg/ Times of Israel)

Alors que la victoire aux élections présidentielles de Donald Trump a créé une onde de choc à travers le monde mercredi, les réactions vis-à-vis du nouveau président américain dans la Vieille Ville de Jérusalem étaient aussi diverses que les communautés qui vivent et travaillent dans le quartier historique de la capitale.

Les Musulmans de la Vieille Ville ont pourtant réagi avec indifférence à la victoire de Trump et à son impact potentiel dans la région.

Citant des échecs américains du passé pour trouver un accord de paix entre Israéliens et Palestiniens et mentionnant ce que certains ont décrit comme un préjugé pro-Israël inhérent à Washington, les Musulmans locaux ont semblé tout autant désintéressés et peu impressionnés par les deux candidats.

« Je n’aime ni Trump ni Clinton, ils appartiennent tous les deux à Israël, a déclaré Nidal S. au Times of Israel devant son magasin de t-shirt situé dans le quartier chrétien. « Je dirai qu’ils sont mauvais et même pires ».

« L’Histoire nous a montré qu’aucun président américain n’a été juste dans sa politique du Moyen-Orient dans les 70 dernières années », dit-il. « Les Américains prennent toujours le parti d’Israël », ajoute Nidal S. en haussant les épaules. « Qu’est-ce qu’ils auraient fait pour nous de toute façon, l’un comme l’autre ? »

Le propriétaire d’un magasin de souvenirs sur la chaussée grouillant de touristes approuve.

« Les présidents américains ont toujours parlé de paix, mais l’on n’a encore rien vu venir », déclare Samer (qui a refusé de dévoiler son patronyme) au Times of Israel. Pour lui, les Palestiniens se désintéressent de la politique américaine pour la plupart.

« Mais Trump, au moins, s’il ne t’aime pas, il te le dira en face », ajoute-t-il avec un demi rictus.

Les musulmans du quartier semblent tout autant indifférents à la très controversée proposition de Trump, consistant à interdire au musulmans l’entrée aux États-Unis pour des raisons de sécurité.

Shaban dans sa boutique de souvenirs dans le Quartier Chrétien le 9 novembre 201. (Crédits : Tamar Pileggi/times of Israel)
Shaban dans sa boutique de souvenirs dans le Quartier Chrétien le 9 novembre 201. (Crédits : Tamar Pileggi/times of Israel)

« C’est juste de l’électoralisme, presque tous les candidats deviennent extrémistes quand ils veulent se faire élire », explique Shaban, résident de Hébron, qui a demandé à ce que son patronyme ne soit pas publié. « Lorsque que quelqu’un de nouveau apparaît sur la scène et dit quelque chose de choquant, les gens aiment ça. »

« En tant que Palestiniens, nous ne nous intéressons pas à [cette interdiction]. D’autres Arabes s’y intéressent peut-être, mais pas nous. »

Walid, un Palestinien de Cisjordanie, qui se targue d’être issu d’une famille de Cisjordanie depuis plusieurs générations, a également dépeint ce projet d’interdiction comme une tactique électorale.

« Tout le monde sait que c’est une blague », dit-il. « Crois-moi, quand il arrivera au pouvoir, il ne parlera plus comme ça. »

Walid soulève d’autres propos controversés que Trump a mis en avant durant sa campagne. « Le mur [à la frontière mexicaine] dont il parlait ? Ça n’a aucun sens. »

« Mais il faut attendre et voir s’il va faire ce qu’il a dit. Inshallah, il fera quelque chose de bien pour son peuple, mais seul Dieu le sait. »

Marc Zell, co-président de Republicans Overseas Israel se rend au mur Occidental à Jérusalem le 9 novembre 2016, au lendemain de la victoire de Donald Trump aux présidentielles américaines de 2016. (Crédits : Yonatan Sindel/Flash90)
Marc Zell, co-président de Republicans Overseas Israel se rend au mur Occidental à Jérusalem le 9 novembre 2016, au lendemain de la victoire de Donald Trump aux présidentielles américaines de 2016. (Crédits : Yonatan Sindel/Flash90)

« Je suis vraiment content qu’Hillary n’ait pas été élue », a déclaré au Times of Israël Roddy H, guide touristique dans la Vieille Ville. Je me suis levé ce matin avec de l’espoir et du soulagement ».

« J’ai de l’espoir car Trump est le seul espoir que nous avons, l’alternative était horrible », a-t-il déclaré.

Fraichement arrivé des Etats-Unis en Israël, Roddy a salué la campagne de Trump qui s’en « est pris au monde entier et à tous les médias américains ».

« Maintenant, les Américains l’ont mis en position de régler les problèmes », a-t-il déclaré.

« Ses promesses de soutenir Israël seront vraies, a assuré Roddy, parce que quand il dit quelque chose, il le fait ».

Barak Hananiyeh, un chauffeur de taxi israélien, a salué la victoire de Trump comme un signe positif pour l’Etat juif.

« C’est un monde nouveau aujourd’hui, a-t-il confié au Times of Israël avec enthousiasme à une station de taxi de la Porte de Jaffa. Tout a changé ».

« Il n’est pas issu de la classe politique, passer de l’homme qui n’a jamais été en politique à devenir l’homme le plus puissant du monde, il sait ce qu’il fait ».

« Il va faire du bien pour Israël, a-t-il déclaré. En plus, voilà ce que l’Amérique récolte après l’avoir humilié dans les médias pendant tous ces mois ».

Le président élu Donald Trump pendant son discours de victoire à New York, le 9 novembre 2016. (Crédit : Chip Somodevilla/Getty Images via JTA)
Le président élu Donald Trump pendant son discours de victoire à New York, le 9 novembre 2016. (Crédit : Chip Somodevilla/Getty Images via JTA)

Un commerçant chrétien parmi les Arabes de la Vieille Ville réagit différemment. Il a salué le résultat de l’élection comme un espoir de renouvellement des relations entre Israël et les États-Unis.

« Nous sommes avec Trump », déclare le commerçant qui a souhaité conserver l’anonymat, par peur des représailles qu’il pourrait s’attirer avec ses propos.

« Sous Clinton, rien n’aurait changé dans la politique américaine vis-à-vis d’Israël, mais maintenant, nous avons des raisons de croire en un nouveau départ dans les relations entre Israël et les États-Unis. », dit-il.

« Je suis sûr qu’il y aura du changement aux États-Unis dorénavant, et pas à la façon de M. Obama, qui a promis le changement pendant des années, mais qui n’a rien fait. »

« Nous sommes tellement content que cette guerre de haine soit enfin terminée », dit-il. « Ils n’auraient pas dû s’attaquer tellement. Toute cette campagne était vicieuse, c’était un désastre. »

Bien qu’il n’ait pas voté, le commerçant soixantenaire est resté éveillé toute la nuit pour regarder les résultats de l’élection. « Quand on commence un bon film, il faut le terminer », dit-il avec une étincelle dans les yeux.

Tous les résidents de Jérusalem n’avaient pas d’opinion sur les résultats surprenants de cette élection.

Samer, le propriétaire du petit magasin de falafels sur l’historique Via Dolorosa dans la Vieille Ville, a à peine reconnu le nom du président élu Trump.

« Oh vous voulez dire Trumpet », réplique-t-il en préparant un café arabe sur le feu, au fond de son échoppe.

« Je ne sais rien à propos de Trumpet, ni de ce qu’il fera. Dieu seul sait ce qui va se passer », dit-il. « Mais pour nous, ça ne fait pas vraiment de différence, parce qu’ici, les choses vont probablement rester telles qu’elles sont. »

Des fidèles musulmans visitent la mosquée d'Al-Aqsa sur l'esplanade de la Vieille Ville de Jérusalem, le 7 novembre 2016. (Crédits : Sebi Berens/Flash90)
Des fidèles musulmans visitent la mosquée d’Al-Aqsa sur l’esplanade de la Vieille Ville de Jérusalem, le 7 novembre 2016. (Crédits : Sebi Berens/Flash90)
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