Kushner défend un plan de paix rompant avec « les habitudes »
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Kushner défend un plan de paix rompant avec « les habitudes »

L'artisan du plan de l'administration Trump a aussi reproché à Mahmoud Abbas de ne pas avoir la volonté de parvenir à la paix

Le conseiller du président américain Donald Trump, Jared Kushner, lors d'une interview à la Maison Blanche à Washington, le 29 janvier 2020. (Crédit : SAUL LOEB / AFP)
Le conseiller du président américain Donald Trump, Jared Kushner, lors d'une interview à la Maison Blanche à Washington, le 29 janvier 2020. (Crédit : SAUL LOEB / AFP)

Jared Kushner, gendre du président américain et artisan du plan de paix américain pour le Proche-Orient, a défendu jeudi devant le Conseil de sécurité de l’ONU la nécessité de rompre avec « les habitudes » pour « le plus difficile problème au monde ».

« Les gens veulent voir des idées nouvelles et des progrès. Nous avons eu des discussions très constructives avec chacun » des pays présents « et nous voulons travailler ensemble avec le Conseil et d’autres pays pour obtenir des progrès », a-t-il déclaré après sa réunion lors d’un entretien avec six médias, dont l’AFP.

« Ce que nous faisons est juste de lutter contre les habitudes (…) Les gens sont dans les habitudes depuis si longtemps, ou disent les mêmes choses, publient les mêmes communiqués », a-t-il déploré.

Pendant plus de deux heures, Jared Kushner a présenté le plan de paix américain, avec cartes et graphiques, montrant que les développements parallèles des implantations israéliennes et des aspirations palestiniennes allaient arriver à un point de non-retour pour la création d’un Etat palestinien.

Plusieurs pays, dont le Royaume-Uni ou la Belgique, ont jugé à l’issue de la rencontre que la réunion avait été « très intéressante ». Selon un diplomate, certains des membres du Conseil présents à la réunion se sont même fait dédicacer par Jared Kushner le plan américain qui leur a été remis sous forme de gros livre.

Selon le conseiller américain, la publication récente du plan a provoqué « une tonne de fissures » dans l’approche de plusieurs Etats. Il a notamment cité l’Union européenne, qui « n’a pas été en mesure d’avoir une déclaration consensuelle » sur le plan selon lui.

Jared Kushner (droite) aux côtés du président américain Donald Trump lors d’une conférence de presse dans le Rose Garden de la Maison Blanche, le 1 octobre 2018. (Chip Somodevilla/Getty Images via JTA)

Il a aussi indiqué avoir vu du côté des pays membres de la Ligue arabe des « déclarations neutres » ou « en soutien », et « très peu de déclarations négatives ».

« Nous sommes capables de convaincre de plus en plus de gens que c’est le chemin à suivre. Les gens sont fatigués de ce conflit et réalisent que c’est dans leur intérêt national de trouver une solution », a-t-il aussi dit.

Le projet américain retient une « solution à deux Etats » et propose de créer une capitale d’un Etat palestinien à Abu Dis, un faubourg de Jérusalem, alors que les Palestiniens veulent faire de l’ensemble de Jérusalem-Est la capitale de leur Etat.

Il intègre aussi une annexion des implantations israéliennes, ainsi que de la vallée du Jourdain en Cisjordanie, avec des frontières en rupture avec les lignes tracées à l’époque.

A la question de savoir si Israël pourrait se montrer flexible sur la question de Jérusalem-Est, Jared Kushner a répondu : « C’est une question pour les deux parties. C’est ce à quoi nous sommes arrivés pour qu’Israël accepte un début de négociations (…) Le seul moyen de savoir à quelle flexibilité Israël est prêt est pour les Palestiniens de s’asseoir à une table et d’essayer de négocier ».

Le plan américain « pourrait représenter la dernière chance » pour les Palestiniens d’avoir un Etat, a aussi estimé Jared Kushner, en soulignant qu’Israël avait accepté cette perspective.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (droite) et le Secrétaire général de l’Organisation de Libération de la Palestine Saeb Erekat (centre) observent le Secrétaire général de la Ligue arabe Ahmed Aboul Gheit (gauche) lire un communiqué lors d’une réunion d’urgence la la Ligue arabe pour discuter du plan de paix pour le Moyen Orient dévoilé par l’administration Trump, au quartier général de la ligue dans la capitale égyptienne du Caire, le 1 février 2020. (Khaled DESOUKI / AFP)

« C’est pourquoi il est important d’aller de l’avant avec un accord de reconnaissance » d’un Etat palestinien « en échange d’un gel » des implantations, a-t-il insisté.

« Il est très très difficile d’avoir un Etat contigu où vous pouvez conduire d’une extrémité à l’autre », a-t-il aussi fait valoir, se targuant d’être « pragmatique ». Il a précisé qu’une commission allait être prochainement créée avec Israël pour avoir une carte plus détaillée de la possibilité d’avoir un Etat palestinien « sans check-points au milieu ».

En estimant que le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas avait « une responsabilité » dans les violences de ces derniers jours en Israël, le conseiller américain a souligné dans le même temps que la porte restait ouverte.

« Si les Palestiniens veulent négocier » le plan, « alors qu’ils viennent à la table et négocient ». « S’ils viennent à la table, alors il y aura peut-être de la flexibilité du gouvernement israélien », a-t-il dit.

Interrogé sur la perspective d’un vote mardi à l’ONU d’un projet de résolution d’inspiration palestinienne condamnant le plan américain, Jared Kushner a indiqué s’attendre « aux mêmes arguments lassants » que dans le passé.

« Ils feraient mieux de prendre les lignes (du plan américain) les unes après les autres et dire celles avec lesquelles ils sont d’accord et celles qu’ils rejettent ».

Manifestation contre une proposition de paix négociée par les Etats-Unis, dans le village de Bilin en Cisjordanie, près de Ramallah, le 7 février 2020. (Crédit : ABBAS MOMANI / AFP)

« Si vous voulez un Etat, vous devez montrer que vous êtes prêts à un Etat qui fonctionne. Les gens qui sont prêts à avoir un Etat ne vont pas dehors en réclamant des journées de colère et en poussant leur peuple à la violence lorsqu’ils n’ont pas ce qu’ils veulent ».

Jared Kushner a notamment reproché à Mahmoud Abbas de ne pas avoir la volonté de parvenir à la paix. « Quand nous nous sommes rencontrés – je l’ai rencontré personnellement quatre fois -, je n’ai jamais eu l’impression qu’il était prêt à entrer dans les détails, soit parce que ce n’est pas son truc, soit parce qu’il ne sait pas ce qu’il veut accomplir », a-t-il dit.

« Il aime les grands principes mais on ne résout pas les problèmes avec des grands principes », a-t-il asséné.

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