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La décoration par Hollande du prince héritier saoudien fait polémique en France

D'autres décorations de la Légion d'honneur ont par le passé suscité des protestations, notamment celle de Vladimir Poutine en 2006

Jean-Marc Ayrault, à la sortie de l'Elysée le 23 janvier 2014 à Paris (Crédit : AFP/Archives/Alain Jocard)
Jean-Marc Ayrault, à la sortie de l'Elysée le 23 janvier 2014 à Paris (Crédit : AFP/Archives/Alain Jocard)

La décoration par le président François Hollande du prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Nayef faisait polémique lundi dans la classe politique française, malgré la « tradition diplomatique » invoquée par le ministre des Affaires étrangères.

La remise de la Légion d’honneur au responsable saoudien, également ministre de l’Intérieur, s’est déroulée vendredi au Palais de l’Elysée mais la présidence française ne l’a rendue publique que dimanche.

« Le fait que ce soit fait en cachette renforce l’aspect honteux. La Légion d’honneur a valeur d’exemplarité, c’est censé être public. Cela montre que nous sommes otages de nos relations commerciales avec l’Arabie saoudite, comme avec le Qatar », a protesté auprès de l’AFP le porte-parole du parti écologiste EELV, Julien Bayou.

« Si le président de la République fait ça discrètement, c’est peut-être qu’il a honte de son geste, ou peut-être qu’il considère que cette décoration n’est pas méritée », a de son côté ironisé la présidente du Front national (extrême droite), Marine Le Pen.

Marine Le Pen (Crédit : AFP)
Marine Le Pen (Crédit : AFP)

Des critiques se sont également élevées dans les rangs des Républicains (droite), le député Thierry Solère affirmant que la France devrait « être plus ferme » et « exiger un comportement différent » de l’Arabie saoudite.

La décoration a également suscité des critiques sur les réseaux sociaux, alors que depuis le début de l’année le régime saoudien a procédé à 70 exécutions, la dernière ayant eu lieu dimanche avec la décapitation d’un Saoudien condamné à mort pour meurtre.

Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, s’est efforcé de déminer la polémique en invoquant une « tradition diplomatique » et une cérémonie qui n’avait « rien de solennel », même s’il a dit « comprendre » les réactions négatives.

Avec l’Arabie saoudite, « nous discutons de la paix en Syrie, et l’Arabie saoudite a un rôle à jouer. Et d’ailleurs, concernant la reprise des négociations (inter-syriennes), sa position, c’est d’encourager la reprise des négociations, que le cessez-le-feu soit totalement respecté et que l’aide humanitaire arrive, et c’est les encouragements qu’elle donne à l’opposition », a encore argumenté M. Ayrault sur la radio France Inter.

La France entretient des relations très suivies avec ce pays, allié important en Syrie dans la lutte contre le groupe Etat islamique (EI) et avec lequel Paris a conclu d’importants contrats d’armement.

En 2015, 153 personnes ont été exécutées en Arabie saoudite, selon un décompte de l’AFP basé sur des chiffres officiels, un niveau inégalé depuis 20 ans dans ce royaume ultra-conservateur régi par une interprétation rigoriste de la loi islamique.

La Légion d’honneur, « plus haute distinction française », a vocation à « récompenser les citoyens les plus méritants dans tous les domaines d’activité », selon le site officiel dédié à la Légion. Chaque année environ 3 000 personnes sont distinguées, dont quelque 400 étrangers.

D’autres décorations de la Légion d’honneur ont par le passé suscité des protestations, notamment celle de Vladimir Poutine en 2006 ou encore celle du patron du contre-espionnage marocain Abdellatif Hammouchi en 2015.

Le président russe Vladimir Poutine assiste à une réunion avec le roi de Jordanie Abdullah II à la résidence d'Etat Bocharov Ruchei à Sotchi le 24 novembre 2015 (Crédit : AFP / POOL / MAXIM SHIPENKOV)
Le président russe Vladimir Poutine assiste à une réunion avec le roi de Jordanie Abdullah II à la résidence d’Etat Bocharov Ruchei à Sotchi le 24 novembre 2015 (Crédit : AFP / POOL / MAXIM SHIPENKOV)

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