La famille d’une Israélienne disparue à Paris déplore la lenteur des recherches
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La famille d’une Israélienne disparue à Paris déplore la lenteur des recherches

Des proches de Lutfia Zbad, qui souffre de schizophrénie, affirment que les autorités françaises et israéliennes n'en font pas assez pour la retrouver

Lutfiya Zbad, âgée de 52 ans, a disparu dans Paris, le 8 octobre 2019. (Crédit: Rasem Zbad)
Lutfiya Zbad, âgée de 52 ans, a disparu dans Paris, le 8 octobre 2019. (Crédit: Rasem Zbad)

La famille d’une femme israélienne, souffrant d’un trouble mental et disparue à Paris depuis plus de deux mois, a demandé aux autorités françaises et israéliennes de renforcer leurs efforts pour la retrouver.

Lutfia Zbad, une mère divorcée de trois enfants âgée de 52 ans, a disparu le 8 octobre alors qu’elle voyageait avec sa fille dans la capitale française. Des officiels du consulat israélien travaillant avec la police française n’ont pas réussi à la localiser, et une équipe israélienne de recherche a cessé ses activités à Paris.

Originaire de la ville arabe de Baqa al-Gharbiya dans le nord d’Israël, elle se trouvait avec sa fille Yasmin à proximité d’un McDonalds dans la célèbre avenue parisienne des Champs-Elysées quand elle a soudainement disparu, a expliqué mardi son frère Rasem, âgé de 56 ans.

« Après que ma sœur, ma nièce et leur groupe touristique ont quitté le restaurant, tout le monde sauf ma sœur a traversé la rue, a déclaré Rasem, qui avait parlé avec Yasmin des circonstances de la disparition. Ma nièce a ensuite tourné la tête pour la trouver et l’a vue en train de regarder des boutiques à proximité ».

« Quelques secondes plus tard, des gens du groupe ont appelé ma nièce qui a quitté ma sœur des yeux », a-t-il ajouté. « Quand elle s’est retournée pour la retrouver, elle avait disparu ».

Bahaa, fils de Lutfia Zbad âgé de 27 ans, a expliqué que sa mère souffrait de schizophrénie, une pathologie mentale qui empêche de distinguer la réalité de la fiction.

Lutfia Zbad, âgée de 52 ans, a disparu à Paris le 8 octobre 2019. (Crédit: Rasem Zbad)

Rasem a décrit sa sœur comme étant souvent distraite et distante. Il a précisé qu’elle n’avait pas son passeport ou un téléphone portable avec elle quand elle a disparu. Il a expliqué que la famille s’efforçait de la surveiller, à tour de rôle, autant que possible.

Lutfiya Zbad, femme au foyer, avait déjà disparu au moins une fois. En mai, sa famille avait perdu sa trace pendant près d’une journée avant de la retrouver dans la ville côtière de Hadera, à environ 10 kilomètres de sa ville d’origine.

Rasem a dit qu’il avait supplié la population française de l’aider à retrouver sa sœur, qui visitait l’Europe pour la première fois et qui ne connaissait personne là-bas.

« Nous espérons que toute personne l’ayant rencontrée nous informera, a dit Rasem, qui s’est envolé pour Paris en octobre afin de participer aux recherches. Nous avons passé des photos de Lutfia à des chauffeurs de taxis et à des mosquées, mais nous avons vraiment besoin de l’aide de tout le monde ».

Il a dit qu’il n’avait aucune piste sur l’endroit où elle aurait pu aller, ajoutant qu’elle ne parle pas français et qu’elle ne dispose que de vagues notions d’anglais.

Le ministère des Affaires étrangères a déclaré que le consul général d’Israël et l’attaché à la police à Paris travaillent en étroite collaboration avec le chef de l’unité de la police française chargée des disparitions afin de retrouver Lutfia Zbad.

Le ministère a également déclaré qu’une délégation d’officiels de l’ambassade israélienne, accompagnée d’une équipe de recherche israélienne de la compagnie Magnus, a mené des recherches dans la zone où Zbad avait disparu. Le ministère a précisé que la police française avait diffusé sa photo dans des postes de police, des casernes de pompiers et des hôpitaux. Le Times of Israël est dans l’attente d’un commentaire de la police française.

Guy Atzmon, le chef de Magnus, a déclaré qu’une de ses équipes avait tenté de retrouver l’Israélienne pendant plusieurs semaines et avait récemment cessé ses recherches sur le terrain à Paris. Il a également expliqué que les pistes que Magnus avaient suivies sur les possibles localisations de Zbad n’avaient finalement rien donné.

« Elle a bien été repérée à un endroit. Mais le temps que nous arrivions sur place, elle était déjà repartie », a-t-il dit.

Il a fait savoir que Magnus avait été contacté par Shirbit, l’assurance de voyage de l’intéressée, afin de la chercher et avait collaboré avec l’ambassade israélienne à Paris. On confie souvent à l’entreprise la mission de trouver et de secourir des Israéliens disparus ou bloqués dans des zones à risque, comme lors de catastrophes naturelles.

Bahaa a néanmoins fait part de son mécontentement sur le travail des officiels israéliens et français pour retrouver sa mère.

« Si les deux pays avaient fait tout ce qu’ils pouvaient, ils l’auraient retrouvée maintenant », a-t-il dénoncé. Ils doivent chercher partout et utiliser toutes les ressources à leur disposition. Sans vouloir leur manquer de respect, ils n’ont pas fait cela ».

Les policiers bloquent l’accès aux Champs Elysées à Paris après une attaque terroriste, le 20 avril 2017 (Crédit : AFP / Ludovic Marin)

Rasem a également appelé les autorités à intensifier leurs efforts pour retrouver sa sœur, en comparant son cas à celui de Naama Issachar, une touriste israélo-américaine qui a été condamnée à plus de sept ans de prison en Russie après qu’une petite quantité de cannabis a été retrouvée dans son bagage lors d’une escale à Moscou.

« [Le Premier ministre Benjamin] Netanyahu a personnellement contacté Poutine au sujet de Naama Issachar. Alors pourquoi ne pas contacter les autorités en France au sujet de Lutfia ? », a-t-il déclaré.

Des officiels israéliens ont affirmé qu’Issachar était détenue pour des raisons politiques. Mardi, Netanyahu, qui a évoqué l’affaire avec le président russe Vladimir Poutine, a promis de la faire renter à la maison.

Le ministère des Affaires étrangères a dit travailler dur pour localiser Lutfia Zbad.

« Nous rejetons les allégations de la famille », a déclaré le ministère. « Le consul général israélien à Paris est en contact étroit avec la fille de Mme Zbad et l’enquêteur en chef de la police française qui traite le dossier. Le ministère des Affaires étrangères travaille sans relâche pour aider tout Israélien dans une situation difficile ».

Alors que le cas d’Issachar est devenu célèbre, l’affaire de Zbad n’a reçu qu’une couverture médiatique occasionnelle en Israël et en France.

L’élu de la Liste arabe unie Ahmad Tibi a imputé au racisme le manque d’attention porté à la disparition de Zbad.

Le député Ahmad Tibi de la Liste arabe unie, lors d’une audience à la Cour suprême de Jérusalem sur les requêtes visant à disqualifier son parti pour les élections de septembre 2019, le 22 août 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

« Elle n’a pas reçu une couverture médiatique suffisante. Je pense honnêtement que si elle avait été une Israélienne juive, les médias auraient couvert son cas de manière bien plus importante », a-t-il déclaré au Times of Israël.

Le député a dit qu’il avait été en contact avec des membres de la communauté palestinienne en France qui ont distribué sa photo et des informations sur elle aux mosquées.

Il a également fait savoir qu’il avait récemment communiqué avec le directeur général du ministère des Affaires étrangères Yuval Rotem et le ministre des Affaires étrangères Israël Katz sur « la nécessité d’engager des efforts supplémentaires pour retrouver Lutfia ».

Son frère se dit toujours optimiste, mais impatient.

« J’ai encore de grands espoirs que nous la retrouverons, a-t-il dit. Je voudrais seulement que cela puisse avoir lieu dès que possible. Ses enfants et sa famille attendent son retour à la maison ».

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