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La loi sur le recrutement militaire des Haredim adoptée en première lecture

La Haute-cour avait demandé à ce que des règles encadrant le service des ultra-orthodoxes soient éclaircies rapidement ; une solution plus détaillée est en cours de préparation

Le Premier ministre Naftali Bennett, à droite, et le ministre des Affaires étrangères, Yair Lapid, avec le ministre de la Défense, Benny Gantz à gauche au cours du vote consacré à la loi sur le recrutement militaire ultra-orthodoxe à la Knesset, le 31 janvier 2022. (Crédit : Flash90)
Le Premier ministre Naftali Bennett, à droite, et le ministre des Affaires étrangères, Yair Lapid, avec le ministre de la Défense, Benny Gantz à gauche au cours du vote consacré à la loi sur le recrutement militaire ultra-orthodoxe à la Knesset, le 31 janvier 2022. (Crédit : Flash90)

Un projet de loi, qui offrirait un abaissement de l’âge auquel les membres de la communauté ultra-orthodoxe en Israël peuvent réclamer une exemption de service militaire et de service national, a été approuvé en première lecture lundi à la Knesset, deux semaines après l’échec de la coalition à rassembler suffisamment de soutien pour un texte similaire – il y avait alors eu autant de voix « Pour » que de voix « Contre ».

La législation, qui a été approuvée par 51 votes contre 48 et qui doit dorénavant être adoptée au cours de deux lectures supplémentaires avant d’être inscrite dans la loi, semble largement répondre à une exigence qui avait été formulée par Haute-cour de justice – une sorte de pis-aller dans l’attente d’une solution plus détaillée qui puisse être apportée à cette question très sensible.

Selon le texte actuel, l’âge d’une possible exemption de service militaire passerait de 24 ans, comme c’est le cas aujourd’hui, à 21 ans pour les ultra-orthodoxes. De nombreux jeunes haredim, dans les yeshivot, continueraient leurs études religieuses plus longtemps qu’ils ne le feraient normalement afin d’éviter d’être enrôlés dans l’armée en réclamant des sursis pour cause d’études jusqu’à ce qu’ils soient suffisamment âgés pour demander à être définitivement dispensés du service au sein de Tsahal. En abaissant l’âge, le gouvernement espère encourager les jeunes ultra-orthodoxes à quitter les yeshivot et à entrer plus tôt sur le marché du travail.

La population haredi s’oppose dans sa grande majorité à toute sorte de service obligatoire, civil ou militaire, le considérant comme une intrusion de forces extérieures dans la communauté qui serait susceptible d’éloigner ses membres. Certains extrémistes ultra-orthodoxes n’ont pas hésité à utiliser la violence lors de manifestations contre le service militaire.

Il y a deux semaines, une tentative visant à faire adopter le projet de loi à la Knesset avait échoué quand la députée Ghaida Rinawie Zoabi (Meretz), s’était prononcée en sa défaveur pour protester contre les politiques gouvernementales mises en œuvre à l’encontre des Bédouins du Neguev – entraînant une égalité des votes, avec 54 « Pour » et 54 « Contre ».

Cette fois-ci, la législatrice a aligné son vote sur celui de la coalition, disant avoir trouvé des accords avec cette dernière et avoir obtenu la promesse que le texte ne servirait pas de base à une éventuelle loi sur le recrutement militaire en direction de la communauté arabe – dont de nombreux membres boudent, eux aussi, le service au sein de Tsahal.

Photo d’illustration : Des ultra-orthodoxes marchent aux côtés de soldats israéliens à Jérusalem, le 5 décembre 2019. (Crédit : Olivier Fitoussi/ Flash90)

Paradoxalement, même si la loi rendrait la vie plus facile aux étudiants de yeshiva, elle a entraîné l’opposition féroce des députés ultra-orthodoxes qui dénoncent une tentative d’amener les Haredim à renoncer à leurs études religieuses et au mode de vie communautaire.

Un grand nombre d’entre eux ont hué le Premier ministre Naftali Bennett et d’autres membres du gouvernement à l’issue du vote, hurlant notamment : « Vous devriez avoir honte ! »

« Vous avez transformé les étudiants en criminels ! », s’est insurgé le législateur Yaakiv Asher (Yahadout HaTorah). « On sait ce qu’est la vérité, ce recrutement n’est pas nécessaire, les militaires disposent d’ores et déjà de milliers de soldats dont ils n’ont pas besoin. Ce qui est le plus absurde, c’est que les mêmes qui ont pu éventuellement juger que ces jeunes qui étudient la Torah sont des criminels potentiels sont les députés arabes ».

Le chef de Yahadout HaTorah, Moshe Gafni, a déclaré que ce vote marquait « l’une des plus grandes bassesses de la politique israélienne », ajoutant que le texte était « lamentable, humiliant, anti-Juif, anti-Torah. Et maintenant, vous présentez une autre législation sur le service national, en voulant intégrer les Haredim dans les appareils de l’État. Mais nous ne nous intégrerons pas, nous voulons rester le plus loin possible de vous, vous êtes des esprits sans idéologie ».

« Des droits qui ne sont pas assortis de devoirs, cela n’existe pas. Nous sommes tous responsables de la destinée du pays », a riposté le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid qui prône depuis très longtemps l’adoption d’un texte régulant le recrutement des ultra-orthodoxes au sein de l’armée ou dans des programmes de bénévolat civil.

« Ce n’est pas une loi parfaite – mais elle amènera un plus grand nombre d’ultra-orthodoxes à être recrutés dans l’armée, à rejoindre des services nationaux, à entrer sur le marché du travail et à tenir un rôle dans l’économie israélienne », a ajouté Lapid dans une déclaration.

Le leader du parti Raam, Mansour Abbas, à gauche, et Yaakov Asher, de Yahadout HaTorah, pendant le vote sur le recrutement des ultra-orthodoxes dans l’armée à la Knesset de Jérusalem, le 31 janvier 2022. (Crédit : Flash90)

Pour sa part, le ministre de la Défense Benny Gantz (Kakhol lavan) a affirmé que l’approbation de la loi serait « la première étape vers un plan de service que j’ai l’intention de présenter et qui répondra aux besoins sécuritaires et sociaux de l’État d’Israël pour les années à venir ».

Bennett a, lui aussi, salué ce texte, disant que les ultra-orthodoxes qui entrent sur le marché de l’emploi bénéficiaient à la société israélienne toute entière.

« L’abaissement de l’âge de l’exemption à 21 ans permettra aux jeunes Haredim d’acquérir une profession à un âge raisonnable, d’avoir un travail de qualité et de répondre aux besoins de leurs familles », a-t-il ajouté.

Des soldats du bataillon ultra-orthodoxe Netzah Yehuda de l’armée israélienne sont assis dans un champ sur la base militaire de Peles, dans la vallée du Jourdain. (Yaakov Naumi/Flash90)

Pendant des décennies, les Israéliens ultra-orthodoxes ont bénéficié d’une exemption quasiment générale de service militaire pour pouvoir continuer leurs études. Mais, en 2012, la Haute cour a abrogé la loi qui permettait cet arrangement, estimant qu’elle était discriminatoire.

Un nouveau texte avait alors été préparé mais il avait été également rejeté par le tribunal en 2017, qui avait demandé au gouvernement d’adopter une nouvelle législation sur le sujet – les étudiants haredim, le cas échéant, étant tenus de s’enrôler, avait-il menacé.

Au cours des cinq dernières années, le ministre de la Défense a réclamé – et obtenu – des délais, le gouvernement se trouvant dans l’incapacité de préparer et de faire adopter une nouvelle loi qui pourrait satisfaire les partenaires ultra-orthodoxes de l’ex-Premier ministre de l’époque, Benjamin Netanyahu, et qui ne heurterait pas non plus la Loi sur les discriminations mise en place dans le pays. Le prochain délai accordé expirera en date du 1er juin 2022.

Le ministre de la Défense Benny Gantz lors du vote sur le projet de loi de recrutement dans l’armée des ultra-orthodoxes à la Knesset, le 17 janvier 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Une commission comprenant des représentants du Premier ministre, du ministre de la Défense et du ministre des Affaires étrangères doit être établie pour examiner les projets de loi actuels et pour définir une nouvelle ébauche « conforme aux besoins sécuritaires, économiques et à ceux de la société israélienne ».

Elle soumettra ses recommandations d’ici novembre prochain, a indiqué l’année dernière le bureau du Premier ministre.

Gantz avait antérieurement demandé que cet abaissement de l’âge d’exemption soit accompagné d’un plan qu’il soutient lui-même et qui étendrait l’obligation du service national aux ultra-orthodoxes et aux Arabes israéliens, qui en sont dispensés par la loi.

Selon le plan de Gantz, tous les Israéliens, à terme, seront tenus d’effectuer une forme ou une autre de service national après le lycée. Chaque année, le nombre de personnes dans l’obligation de faire leur service national augmentera de 5 000 et ainsi, dans six ou huit ans, il concernera toutes les personnes éligibles.

Emanuel Fabian et Judah Ari Gross ont contribué à cet article.

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