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La Pologne admet avoir acheté le logiciel espion Pegasus, pour combattre le crime

"Il serait mauvais que les services polonais ne disposent pas de ce type d'outil", a déclaré Jaroslaw Kaczynski

Jaroslaw Kaczynski, leader du parti au pouvoir Droit et Justice (PiS), réagit après les premiers sondages de sortie des urnes lors de la soirée électorale du parti à Varsovie, Pologne, le 13 octobre 2019 (Crédit : Wojtek RADWANSKI/AFP)
Jaroslaw Kaczynski, leader du parti au pouvoir Droit et Justice (PiS), réagit après les premiers sondages de sortie des urnes lors de la soirée électorale du parti à Varsovie, Pologne, le 13 octobre 2019 (Crédit : Wojtek RADWANSKI/AFP)

Le puissant chef du parti nationaliste au pouvoir en Pologne a admis que son pays avait acheté le logiciel d’espionnage de la firme israélienne privée NSO, Pegasus, mais a rejeté les accusations selon lesquelles il était utilisé contre l’opposition politique, dans des extraits d’un entretien publiés vendredi.

Des accusations concernant l’utilisation du logiciel Pegasus ont secoué la Pologne ces dernières semaines dans un scandale qui a suscité des comparaisons avec l’enquête sur le scandale Watergate qui a conduit à la démission du président américain Richard Nixon en 1974.

Une fois installé dans un téléphone mobile, Pegasus permet d’accéder aux messageries et données de l’utilisateur, mais également d’activer l’appareil à distance pour capter le son ou l’image.

« Il serait mauvais que les services polonais ne disposent pas de ce type d’outil », a déclaré Jaroslaw Kaczynski, président de Droit et Justice (PiS) et vice-Premier ministre, à l’hebdomadaire Sieci.

Un logo orne un mur sur une succursale de la société israélienne NSO Group, près de la ville de Sapir, dans le sud d’Israël, le 24 août 2021. (Crédit : AP/Sebastian Scheiner)

Interrogé sur les accusations selon lesquelles le gouvernement aurait utilisé le logiciel pour espionner l’opposition, M. Kaczynski a répondu que ce programme était « utilisé par les services de lutte contre la criminalité et la corruption dans de nombreux pays ».

Dans l’interview, qui doit être publiée dans son intégralité lundi, il a souligné que toute utilisation de ces méthodes était « toujours sous le contrôle d’un tribunal et du bureau du procureur ». Il a aussi rejeté les accusations de l’opposition, estimant qu’elles faisaient « beaucoup de bruit pour rien ».

Citizen Lab, un laboratoire de surveillance de la cyber-sécurité dont le siège est au Canada, a confirmé l’utilisation de Pegasus contre trois personnes en Pologne, dont Krzysztof Brejza, sénateur de la principale formation d’opposition, Plate-forme civique (PO), alors qu’il coordonnait sa campagne lors des élections législatives en 2019.

John Scott-Railton, chercheur principal à Citizen Lab, a affirmé que les utilisations détectées de Pegasus n’étaient que « la pointe de l’iceberg » et que son utilisation indiquait « un glissement autoritaire » en Pologne.

Amnesty International logo
Logo d’Amnesty International. (Crédit : domaine public)

Selon M. Brejza, le piratage de son téléphone a influencé le résultat du scrutin, remporté par PiS.

M. Kaczynski a rejeté ses accusations déclarant que l’opposition « a perdu parce qu’elle a perdu ».

« Aucun Pegasus, aucun service, aucune information obtenue secrètement, de quelque nature que ce soit, n’a joué le moindre rôle dans la campagne électorale de 2019 », a-t-il affirmé.

Ces accusations « sont choquantes mais pas surprenantes. Elles suscitent de graves inquiétudes non seulement chez les responsables politiques mais aussi dans l’ensemble de la société civile polonaise », a réagi de son côté Amnesty International dans un communiqué vendredi.

L’ONG a appelé à « un moratoire mondial sur l’exportation, la vente, le transfert et l’utilisation d’équipements de surveillance, jusqu’à ce qu’un cadre réglementaire solide et conforme aux droits humains soit mis en place ».

Contacté par l’AFP, l’israélien NSO Group, propriétaire de Pegasus, a déclaré qu’il n’était vendu qu’ « à des organes de forces de l’ordre légitimes qui utilisent ces systèmes dans le cadre de mandats contre les criminels, les terroristes et la corruption ».

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