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La propriété des « Tournesols » de Van Gogh, vendue face aux persécutions, en question

Une plainte a été déposée contre une holding japonaise qui détient l’œuvre, vendue par un banquier juif dans des conditions troubles en 1934

"Les Tournesols", huile sur toile de Vincent Van Gogh (1889). (Crédit : Sompo Japan Museum of Art, Tokyo)
"Les Tournesols", huile sur toile de Vincent Van Gogh (1889). (Crédit : Sompo Japan Museum of Art, Tokyo)

Trois héritiers du banquier juif Paul von Mendelssohn-Bartholdy (1875-1935) ont déposé plainte le mois dernier contre une holding japonaise qui détient une peinture des « Tournesols » de Van Gogh, en en revendiquant la propriété. Selon eux, leur aïeul, confronté aux persécutions nazies, a été contraint de vendre le tableau.

Von Mendelssohn-Bartholdy avait acquis la toile, peinte entre 1887 et 1889, en 1910, avant de la revendre en 1934 au galeriste juif parisien Paul Rosenberg (grand-père de la journaliste Anne Sinclair), qui l’a revendue l’année suivante à Edith Beatty, épouse du magnat de l’industrie minière Alfred Beatty.

La holding japonaise Sompo (nommée à l’époque Yasuda Fire & Marine Insurance) l’a rachetée en 1987 chez Christie’s, et l’expose depuis dans son propre musée, à Tokyo. La peinture avait coûté à l’époque 40 millions de dollars, ce qui en a fait brièvement l’œuvre la plus chère au monde. Van Gogh a peint sept tableaux pour sa série « Les Tournesols » – il n’en reste plus que six aujourd’hui alors que l’une d’elles, « Vase avec 5 tournesols », a été détruite le 6 août 1945 dans un incendie à Yokohama déclenché par un bombardement américain.

La plainte des trois héritiers, longue de 98 pages, a été déposée pour « restitution et enrichissement » au tribunal du district nord de l’Illinois (États-Unis). Elle accuse la société japonaise d’avoir ignoré le contexte historique qui entourait l’achat du tableau, et demande 750 millions de dollars de dommages et intérêts ou la restitution de l’œuvre.

Alors que la peinture a été cédée après l’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir, en 1933, les héritiers affirment que l’œuvre a fait l’objet d’une vente forcée. Selon eux, sa provenance indiquée dans le catalogue de vente de Christie’s en 1987 aurait dû dissuader les acheteurs, et mener à la place à une enquête plus approfondie. Ils expliquent dans leur plainte qu’elle a été cédée dans « un marché saturé de nombreuses œuvres d’art modernes similaires que l’intensification des persécutions nazies avait arrachées à d’autres collectionneurs juifs ».

Dans leur dossier, se trouve un mail du responsable du musée de l’entreprise, datant de 2001, écrit au Van Gogh Museum (qui fait autorité dans l’authenticité des tableaux de l’artiste) à l’occasion d’un prêt de l’œuvre pour une exposition à l’Art Institute of Chicago. Selon ce document, le musée lui-même doutait de la provenance exacte du tableau. « Nous sommes profondément préoccupés par la provenance de nos tableaux de Van Gogh et Gauguin. Nous pensons que nos deux œuvres n’ont rien à voir avec l’art pillé par les nazis, mais nous n’en sommes pas sûrs à 100 % », écrivait le responsable. Le Van Gogh Museum lui a répondu que sa provenance semblait être « claire ».

Aujourd’hui, Sompo Holdings nie les allégations lancées par les héritiers, selon lesquelles le banquier juif a été contraint de vendre des œuvres d’art, et défend sa propriété des « Tournesols ».

Dans un communiqué transmis à l’AFP ce mardi, la société japonaise a affirmé qu’elle « rejetait catégoriquement les allégations d’actes répréhensibles cités dans la plainte » et a ajouté qu’elle avait l’intention de défendre « vigoureusement ses droits de propriété » sur la peinture.

Ce n’est pas la seule œuvre d’art que les trois héritiers souhaitent récupérer, et ils ont intenté des poursuites similaires ailleurs dans le monde. En 2020, la National Gallery of Art de Washington a rendu un dessin de Picasso à la famille.

Au plus fort de la bulle économique au Japon dans les années 1980 et 1990, de riches hommes d’affaires se sont précipités pour investir dans des œuvres d’art.

Le magnat du papier Ryoei Saito a lui aussi acheté un Van Gogh – « Portrait du Dr Gachet » – en 1990 pour 82,5 millions de dollars.

L’homme a suscité l’indignation lorsqu’il a déclaré qu’il ferait mettre ses toiles coûteuses dans son cercueil, et qu’il serait incinéré avec à sa mort. Il s’est ensuite rétracté.

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