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« La rafle des notables », tragédie méconnue racontée par Anne Sinclair

Diffusé mercredi à 22h40 sur France 2, le documentaire "La rafle des notables" est basé sur le livre éponyme qu'elle avait publié en 2020

"La Rafle des notables", bande-annonce. (Capture d'écran)
"La Rafle des notables", bande-annonce. (Capture d'écran)

Ils étaient magistrats, politiciens, commerçants et français, mais ce statut privilégié ne les a pas protégés des nazis, car ils étaient juifs : basé sur un livre d’Anne Sinclair, un documentaire diffusé mercredi raconte la « rafle des notables » de 1941/42, restée méconnue du grand public.

La majorité de ces hommes, raflés le 12 décembre 1941 à Paris, a ensuite fait partie du premier convoi de déportation de juifs de France. On commémorera dimanche le 80e anniversaire de ce convoi, parti de Drancy pour Auschwitz le 27 mars 1942, avant la rafle du Vél d’Hiv de juillet suivant.

Entretemps, ces notables ont été internés dans le camp de Royallieu, à Compiègne (Oise).

« On les laissait mourir à petit feu » dans ce « camp nazi à une heure de Paris », dit à l’AFP la journaliste Anne Sinclair.

Diffusé mercredi à 22h40 sur France 2, le documentaire « La rafle des notables » est basé sur le livre éponyme qu’elle a publié en 2020.

Car parmi ces notables au destin tragique se trouvait son grand-père paternel, Léonce Schwartz, un négociant en dentelles. S’il a échappé à la déportation, il est mort en mai 1945, usé par son internement.

« Au départ, cette histoire était une quête personnelle, que j’ai voulu élargir à une rafle très méconnue du grand public. Cela me fait un plaisir fou que ça puisse toucher un public plus large » grâce au documentaire, poursuit Anne Sinclair, qui en dit le texte et est présente à l’image.

Les cibles de cette rafle étaient 743 Juifs français bien installés dans la société.

« Il y avait un ancien ministre, Pierre Masse, des présidents de cour de cassation, de grands avocats, le frère de Léon Blum (ancien président du Conseil, ndlr), le mari de (l’écrivaine) Colette, Maurice Goudeket », énumère Anne Sinclair.

Choc des cultures

Mais pour parvenir à 1 000 prisonniers, on y ajouta 300 juifs étrangers socialement moins favorisés. Et leur internement commun à Compiègne donna lieu à un choc des cultures.

« C’est l’une des spécificités de ce camp très particulier », souligne Anne Sinclair.

En effet, les juifs français totalement assimilés ne comprenaient pas ce qui leur arrivait: « Ils se disaient ‘On a fait la guerre de 14, on a toujours été Français depuis des générations, qu’est-ce qu’on fait là ?' »

« Ils n’avaient pas les clés de lecture qu’avaient les Juifs venus de Pologne, de Roumanie ou de Hongrie, qui avaient subi des pogroms et connaissaient déjà les ravages du nazisme », selon Mme Sinclair.

Dans un précédent ouvrage, 21 rue La Boétie (2012), elle avait déjà raconté l’histoire de son autre branche familiale : la spoliation des biens de son grand-père maternel, le marchand d’art Paul Rosenberg, qui a fui aux Etats-Unis en 1940 pour échapper aux nazis.

« C’est une période qui me hante: on a du mal à comprendre comment, il n’y a pas si longtemps, un peuple a décidé d’exterminer industriellement et méthodiquement un autre », explique-t-elle.

Sur la forme, le documentaire a dû composer avec l’absence quasi-totale d’images d’archives de ce « Camp de la mort lente », du titre d’un livre de Jean-Jacques Bernard, le fils du dramaturge Tristan Bernard, qui y fut lui-même interné.

« L’absence d’images doit-elle conduire à l’absence de récit et à l’impossibilité de transmettre ? Le dispositif de réalisation devait démontrer l’inverse », a commenté le réalisateur, Gabriel Le Bomin, qui s’est notamment appuyé sur des séquences animées pour combler cette absence.

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